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» – Eh bien, madame, à défaut de ces talents brillants, j’emploierai les talents utiles; je travaillerai à ces choses qui rapportent peu, mais dont l’humble produit est au moins certain; la pauvreté et les privations ne me font pas peur, et je les subirai, puisqu’il le faut.

» – Rêve, rêve que tout cela, Fernande. Vous avez lu ces choses-là dans les livres, et vous croyez qu’elles existent dans le monde. Vous copierez de la musique, vous broderez, vous ferez de la tapisserie! Pauvre Fernande! Mais c’est la misère ce que vous projetez, et la misère vous tuera. La misère, c’est la pente glissante qui mène au vice. Dans la misère, les facultés s’énervent, les résolutions fortes se détendent; on ne voit plus rien alors que sous l’aspect du besoin. Tenez, mon enfant, ne faisons pas un roman de la vie, qui a ses exigences matérielles; les vertus ne sont faciles qu’à l’abri du danger, et croyez-moi, Fernande, il est toujours sage d’éviter le combat.

» Mon cœur se serra par une impression indéfinissable; il me sembla que la froide réalité se rapprochait de moi et m’enveloppait comme les parois d’un tombeau.

» – Mon Dieu, m’écriai-je alors avec un accent qui devait exprimer toute l’anxiété du doute, mon Dieu, que faire?

» – De deux maux choisir le moindre, ajouta madame de Vercel.

» – Mais lequel est le moindre de ces maux? Do

» – Votre tuteur, ma chère enfant! hélas! votre tuteur est plus à plaindre que vous.

» – Je ne vous comprends pas, madame. Parlez, au nom du ciel, parlez.

» – J’hésite à tout vous dire.

» – Mais enfin qu’y a-t-il donc?

» – Il y a que M. de C… est malheureux.

» – Malheureux! ce n’est pas pour moi, j’espère. Ma situation, toute triste qu’elle est, ne le touche en rien; elle ne peut qu’exciter sa pitié.

» – Vous avez tort de penser cela. Il s’est fait une habitude de vous voir; il s’est laissé aller étourdiment au charme de votre société; il n’a pas prévu qu’il arriverait un moment où la séparation serait terrible.

s – La séparation!… ainsi je dois vous quitter, quitter mon tuteur?

» – Non… oui… Je ne sais, il n’en sait rien lui-même; il lui est impossible de prendre un parti. Vous pouvez rester, et vous ne le pouvez pas. Je vous assure que la situation est véritablement alarmante. Quand j’ai parlé de votre départ, il a baissé la tête, et des larmes ont coulé de ses yeux.

» – Des larmes!

» – Oui, lui, le vieux soldat, l’homme qui a traversé les champs de bataille où gisaient ses meilleurs amis sans verser une larme, oui, il a pleuré comme un enfant, et cela à l’idée de se séparer de vous. Un instant il a regretté d’avoir payé les dettes de votre père. Cette somme était presque une indépendance pour vous.

» – Oh! non, non, la mémoire de mon père avant tout, grand Dieu! mais je ne comprends pas quel intérêt si puissant le comte prend à une pauvre orpheline qu’il a vue, il y a six mois, presque pour la première fois.

» – Quel intérêt! Vous ne comprenez pas? Vous ne comprenez pas qu’il vous aime, qu’il vous aime d’amour, que c’est une passion insurmontable, qu’il a fait ce qu’il a pu pour la combattre? Vous ne comprenez pas que maintenant son bonheur et sa vie dépendent de vous.

» La surprise mêlée de terreur que j’éprouvai à ces mots me laissa sans force; un éblouissement passa devant mes yeux, je sentis mes jambes qui tremblaient sous moi. Je tombai dans un fauteuil. Presque aussitôt, monsieur le comte de C…, qui sans doute guettait le moment, entra, portant sur son visage l’expression du plus grand trouble. Je fus effrayée et touchée à la fois; je sentis mon âme en proie tout ensemble à la reco

Clotilde ne put retenir un cri à ce brusque aveu; mais aussitôt elle se hâta de réparer ce mouvement de réprobation involontaire en balbutiant quelques vagues paroles d’excuse.

– Pourquoi vous excusez-vous, madame? dit Fernande en secouant tristement la tête; votre terreur est toute simple, et, croyez-moi bien, elle ne me blesse ni ne m’éto

» Mais au canon de juillet, qui a

» Écoutez bien, et voyez si je cherche une excuse à mes fautes.

» Les débris d’une fortune considérable, bien que compromise par le luxe désordo