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» À ce mot de madame Ducoudray, ce jeune homme a paru fort ému.
» – Monsieur aurait-il co
» – Oui, m’a-t-il répondu; beaucoup, autrefois.
» – Alors je regrette que madame soit à la messe, lui ai-je dit.
» – Elle est à la messe? s’est-il écrié; au village voisin, n’est-ce pas?
» – Oui, monsieur.
» – Écoute, mon ami, a-t-il ajouté: alors tu peux me rendre un service dont je te serai reco
» – Parlez, monsieur, et, si c’est en mon pouvoir, je le ferai avec grand plaisir.
» – En l’absence de madame Ducoudray, je voudrais visiter le château.
» – Mais, ai-je dit alors, le château n’est pas à vendre, monsieur.
» – Je le sais bien, a-t-il répondu; mais tu ne peux savoir combien ce château renferme de souvenirs.
» – Monsieur l’aurait-il habité dans sa jeunesse?
» – Non, je n’y suis jamais venu même, et cependant je le co
» – Monsieur me permettra de lui dire que cela me semble bien singulier.
» – Écoute, mon ami, me dit-il en me prenant les mains: je te le dis, j’ai un grand désir de voir ce château, et je puis te jurer d’avance qu’il ne résultera pour toi aucun reproche de ma visite. Mais faisons un marché: ne me laisse entrer dans chaque chambre que lorsque je t’aurai dit d’avance quels sont les meubles qu’elle renferme et quel est le papier qui la décore.
» – Monsieur, répondis-je fort embarrassé, je n’ai pas d’autorisation de faire ce que vous me demandez.
» – Mais tu n’as pas non plus d’ordres contraires?
» – Non, monsieur, répondis-je.
» – Eh bien, encore une fois, je t’en prie, fais ce que je te demande. Si tu n’étais au service de madame Ducoudray, je t’offrirai de l’argent; mais, je sais que ceux qui la servent n’ont besoin de rien.
» – Alors, repris-je, je vois que monsieur n’a pas menti en disant qu’il co
» – C’est un ange! s’est-il écrié.
» – Que voulez-vous, madame! reprit l’intendant; je ne pouvais pas refuser ce qu’il demandait à un homme qui parlait de vous dans ces termes-là.
– Aussi vous avez consenti? demanda Fernande d’une voix dont, malgré toute sa puissance sur elle-même, elle ne pouvait cacher l’altération.
– Oh! mon Dieu! madame, aurais-je mal fait? demanda l’intendant.
– Non, rassurez-vous; ce que vous avait dit ce jeune homme était vrai, et il co
– Je m’en aperçus bien vite, madame; car, ainsi qu’il s’y était engagé, il me fit la description de chaque chambre avant même que la porte fût ouverte. Mais il passa rapidement sur le rez-de-chaussée, traversant seulement le vestibule, la salle à manger et le salon, en disant:
» – Votre maîtresse ne se tient jamais ici, n’est-ce pas? C’est le premier surtout qu’elle habite; c’est au premier qu’elle mange, qu’elle fait de la musique et qu’elle peint.
» Je vous l’avoue, madame, je n’étais pas du tout rassuré, et si le chasseur avait eu soixante ans au lieu d’en avoir vingt-six ou vingt huit, je l’aurais pris pour un sorcier; mais, comme on sait, les sorciers sont toujours vieux.
– Continuez, mon ami, continuez, dit Fernande.
– Alors, et de lui-même, il a ouvert la porte qui conduit à l’escalier; je l’ai précédé pour avoir le temps de lui ouvrir.
» – Il doit y avoir vingt marches à monter, a-t-il dit, pour arriver au premier?
» – Ma foi, répondis-je, je ne les ai jamais comptées.
» – Effectivement, pour la première fois je les ai comptées, il n’y en avait pas une de plus, pas une de moins. Est-ce que ce n’est pas miraculeux, dites, madame?
– Oui, répondit Fernande; mais continuez.
– Sur le palier, de même qu’il avait fait en bas, il me fit la description de la salle à manger, du salon et de l’atelier. J’ouvris alors les portes, et il entra. Cette fois, c’était d’autant plus éto
– Oui, c’est fort éto
– Le piano de madame était ouvert, il s’assit devant et joua le même air que madame avait joué le matin même. Puis il entra dans l’atelier, s’assit devant le chevalet, prit la palette, et, dans le paysage que madame a commencé, fit une petite chapelle surmontée d’une croix, pareille à celle qui est dans le jardin. Enfin, comme j’ai cru qu’il allait sortir, il s’est levé, a marché droit à l’angle de l’atelier, a poussé un ressort, et là, que madame me pardo
» Puis, au bout d’un instant de muette contemplation, il est sorti, a déchiré une page de son portefeuille, a écrit dessus quelques mots, me l’a remise.
» – Tiens, mon ami, m’a-t-il dit alors, tu do
» Alors, me serrant la main une dernière fois, il a tourné derrière l’église et a disparu.
– Et ce papier? demanda Fernande.
– Le voici, dit l’intendant.
Fernande le prit d’une main tremblante, le déplia lentement; puis après avoir levé les yeux au ciel, elle les ramena vers cette écriture, qu’on eût dit qu’elle craignait de reco
«Je suis heureux.
» Maurice de Barthèle.»
– Hélas! dit Fernande avec un profond soupir.
Et deux larmes qu’elle ne put retenir roulèrent le long de ses joues.
Fin
[1] Moment où le prêtre élève l’hostie.