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Fernande s’arrêta une seconde fois, mais ce n’était plus pour réfléchir, c’était pour essuyer ses larmes.
CHAPITRE XVII
– Ma vie était complètement changée, poursuivit Fernande; M. le comte de C… avait fait de sa vie la mie
» Cependant, au milieu de cette suite non interrompue de travaux et de plaisirs qui faisaient de moi une artiste femme du monde, et une femme du monde artiste, au sein de cette existence qui eût été celle que je me fusse choisie moi-même, si j’avais été libre de choisir d’avance ma vie, j’éprouvais de vagues pressentiments, une crainte instinctive que je repoussais comme une sorte de crime. Peu à peu, dans le développement de mes idées au contact des perso
» En effet, M. de C…, dans ses rapports avec moi, dont chaque jour resserrait l’intimité, quoique je fisse tout ce que je pouvais pour le maintenir à distance, M. de C… trahissait de plus en plus une impatience inexplicable, une ardeur réprimée, dont je ne pouvais comprendre la cause. Son affection même changeait de nature; ce n’était plus, du moins à ce qu’il me semblait, ce sentiment de bienveillance affectueuse qu’un tuteur porte à sa pupille; c’était quelque chose comme de la galanterie, des manières de dire qui m’embarrassèrent d’abord, et qui, ensuite, me devinrent suspectes. J’essayai d’abord timidement de faire comprendre à madame de Vercel la crainte qui peu à peu s’emparait de moi. Elle me devina au premier mot; peut-être avait-elle prévu ce moment, peut-être attendait-elle cette explication, et ce fut alors seulement que je reçus la première impression de terreur que le caractère de cette femme dangereuse devait produire sur moi, malgré l’art des transitions qu’elle avait à un si haut degré, malgré les nuances imperceptibles de langage qu’elle possédait si bien.
» – Ma chère enfant, me dit-elle, j’ai remarqué, en effet, que le comte n’est plus le même; il est triste, il est rêveur, il soupire. Vous craignez qu’il ne soit souffrant de corps ou d’âme, et moi aussi, je le crains. D’abord il s’est fait un inconcevable changement dans sa manière de vivre: l’esprit de parti, qui le dominait, ne paraît plus exercer la moindre influence dans ses résolutions. D’un autre côté, tous ses plaisirs habituels sont négligés, il ne s’occupe plus de chevaux, il ne va plus au club, il est distrait au whist: enfin, on dirait qu’il nous évite, ou que devant nous il éprouve un embarras insurmontable. Si vous l’aviez co
» – Prenez garde, madame, repris-je, il me semble que vous ne comprenez pas bien le sentiment qui me dicte ma question.
» – Quoi! dit-elle, des ménagements, des précautions pour faire entendre aux gens qu’on prend intérêt à eux, qu’on s’occupe de leur santé, qu’on s’inquiète de leur bonheur!. Allons donc, vous n’y songez pas, ma chère amie; laissons l’adresse à ceux qui projettent le mal. Je ne suis pas une femme rusée, moi, je vous en préviens, et je me suis toujours bien trouvée d’aller droit au but, de dire franchement les choses: la vérité est l’habileté des cœurs purs. Soyez sans inquiétude. Votre tuteur, d’ailleurs, me co
» Cette brusquerie de langage devait, comme on le voit, écarter le soupçon. La rudesse de la voix était d’ordinaire le moyen que madame de Vercel employait pour déguiser ses flatteries. À cet égard, elle avait une espèce d’originalité qui la rendait remarquable, et c’est ainsi qu’elle déguisait son hypocrisie, ou, pour mieux dire, sa profonde co
» M. de C. ne vint point ce jour-là. Je ne sortis donc ni pour aller au spectacle ni pour aller dans le monde; je restai chez moi à lire, interrompant malgré moi ma lecture par de longues et profondes rêveries, et sentant de temps en temps de légers serrements de cœur, comme on en éprouve quand un malheur inco
» Toute la soirée, madame de Vercel demeura dehors.
» Le lendemain elle vint à moi avec un air profondément mélancolique, me serra dans ses bras avec une sorte d’affectueux empressement, puis, me faisant asseoir près d’elle:
» – Causons, ma chère enfant, me dit-elle en enfermant mes deux mains dans les sie
» – Mais qu’y a-t-il donc, madame? demandai-je avec anxiété.
» – Il y a… qu’il faut que ce soit moi qui vous parle, puisqu’il n’en a pas le courage, lui; et d’abord ne tremblez pas de la sorte. Mon Dieu! tout n’est peut-être pas aussi désespéré que nous le croyons.
» En effet, je tremblais et je pâlissais.
» – Achevez, madame, achevez! m’écriai-je.
» – Vous ignorez sans doute, ma chère enfant, continua madame de Vercel, que votre père, en mourant, a laissé des affaires extrêmement embrouillées; il a fallu les sept a
» – Grand Dieu! et comment acquitter cette dette? La mémoire de mon père, d’un vieux gentilhomme de la monarchie, d’un colonel de l’Empire, ne peut cependant rester chargée d’une pareille tache. Ce serait quelque chose comme ce qu’on appelle une banqueroute n’est-ce pas?
» – Oh! rassurez-vous, me dit madame de Vercel, M. le comte de C…, lui aussi, est un gentilhomme de l’ancie