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– Dites, monsieur, répondit Fernande en souriant avec une profonde tristesse, que vous savez bien que je suis une de ces femmes à qui l’on peut tout dire.
– Eh bien, non, madame, reprit le comte. Peut-être étais-je venu ici avec cette idée; mais je vous ai vue, non point telle que vous a faite l’impertinent bavardage de nos jeunes gens à la mode, mais telle que vous êtes réellement. Et maintenant je tremble et j’hésite en essayant de vous faire comprendre que je serais véritablement trop heureux si vous me permettiez de vous consacrer quelques-uns des instants que me laissent mes devoirs d’homme d’État.
Fernande reçut cette déclaration prévue avec un sourire doux et mélancolique. Il eût fallu co
Alors, sans aller plus loin dans l’expression directe de ses sentiments, avec ce tact infini, avec cet art merveilleux que les gens de qualité mettent à dire les choses les plus difficiles, il aborda les conditions du traité en termes si délicats, qu’on pouvait se méprendre, à la rigueur, sur le motif de cette honteuse proposition, sur le but de ce trafic infâme. En effet, quiconque, sans les co
– Le partage, dit-il, n’est bien souvent qu’un acte de justice, que la restitution d’une chose due. Deux beaux chevaux gris ne sont-ils pas bien plutôt destinés à traîner lestement une femme élégante, qu’un grave pair de France qui ne peut décemment écraser perso
Aux premières paroles du comte, l’orgueil de Fernande s’était soulevé; mais bientôt elle avait pris un triste plaisir à s’humilier elle-même en écoutant et en s’appliquant ce discours détourné.
– Que suis-je? se disait-elle tout bas. Une courtisane, et pas autre chose; une maîtresse qu’on prend pour se distraire de sa femme. De quel droit me fâcherais-je qu’on me parle ainsi? Trop heureuse encore qu’on adopte de semblables formes, qu’on recoure à de pareils ménagements; allons donc, Fernande, du courage!
Et, pendant tout ce discours du comte de Montgiroux, elle sourit d’un délicieux sourire; puis, lorsqu’il eut fini:
– En vérité, dit-elle, monsieur le comte, vous êtes un homme charmant.
Et elle lui tendit une main que le comte couvrit de baisers.
En ce moment, madame d’Aulnay rentra.
Au bout de cinq minutes, le comte eut le bon goût de prendre son chapeau et de se retirer. Mais, en rentrant chez elle, Fernande trouva le valet de chambre de M. de Montgiroux, qui l’attendait un petit billet à la main.
Fernande prit le billet, traversa rapidement le salon, et entra dans la chambre à coucher grenat et orange, dans la chambre à coucher au lit de bois de rose, et non pas dans la cellule virginale, qui, ouverte pour Maurice seulement, et refermée derrière lui, ne devait jamais se rouvrir pour un autre homme. Là, elle ouvrit le billet et lut:
«Lorsqu’on a eu le bonheur de vous voir, lorsqu’on meurt du désir de vous voir encore, à quelle heure, sans être indiscret, peut-on se présenter à votre porte?
» Comte DE MONTGIROUX.»
Fernande prit une plume et répondit:
«Tous les matins jusqu’à midi; tous les jours jusqu’à trois heures quand il pleut; tous les soirs quand on me fait la cour; toutes les nuits quand on aime.
» Fernande»
Aspasie n’aurait pas répondu autre chose à Alcibiade ou à Socrate.
Pauvre Fernande! il fallait qu’elle eût bien souffert pour écrire un si charmant billet.
CHAPITRE IX
À partir du lendemain, tout changea dans la vie intérieure et extérieure de Fernande. Le bruit, le mouvement, les concerts, les spectacles ne suffisaient plus au besoin qu’elle éprouvait de s’étourdir; elle voulut de nouveau être adorée, elle se refit l’âme de cette vie frivole qu’on appelle à Paris la vie élégante; son salon redevint le rendez-vous des lions les plus renommés, une succursale du Jockey-Club. Plus de lectures, plus de travaux, plus d’études, une agitation perpétuelle, une fatigue physique destinée à do
Le comte de Montgiroux, dont la présence avait amené chez Fernande tout ce changement, devenait de jour en jour plus amoureux de sa maîtresse, mais, en même temps, plus jaloux. Fernande avait calculé ce qu’elle faisait en recevant chez elle M. de Montgiroux: c’était la réserve de sa liberté tout entière qu’elle avait stipulée. Plus heureuse que ne le sont les femmes mariées, qui ne peuvent aimer un autre homme sans trahir leur mari, Fernande n’avait jamais trompé un amant; mais elle avait toujours exigé qu’une indépendance absolue lui fût accordée: il fallait se fier à sa parole ou la perdre. Elle voulait avoir la liberté d’admettre chez elle qui lui plaisait, de promener dans sa voiture qui lui paraissait agréable, de faire les ho