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– Mais il ne s’agit pas de nécessité, ma chère Eugénie, reprit le comte d’un ton de galanterie sura
Madame de Barthèle répondit par un regard tout à fait rasséréné, et M. de Montgiroux, revenant au sujet de sa secrète préoccupation, demanda combien de temps au juste il fallait pour se rendre à Paris.
– Mais avec mes chevaux et Saint-Jean, qui, vous le savez, les respecte trop pour les surmener, je mets cinquante minutes pour aller d’ici à l’hôtel; or, continua madame de Barthèle, c’est au Luxembourg que vous vous réunissez, n’est-ce-pas?
– Oui.
– Eh bien, en vous arrêtant au Luxembourg, vous gagnez encore quelques minutes.
– En ce cas, faisons mieux, dit M. de Montgiroux; ne dérangeons ni Saint-Jean, ni ses chevaux. Je vous do
– Il le faut bien, puisque vous le voulez; mais véritablement, comte, si j’étais jeune et que j’eusse des dispositions à la jalousie…
– Eh bien?
– Eh bien, je vous avoue que vous me feriez passer une fort triste journée, avec cette préoccupation éternelle.
– Moi, préoccupé?
– Au point, mon cher comte, que vous ne me questio
– Pardon, chère amie, répondit M. de Montgiroux presque sans entendre. Mais c’est cette nouvelle loi; je n’ai jamais plus vivement compris qu’en la discutant toute la responsabilité qui pèse sur un pair du royaume.
– Du royaume! répéta madame de Barthèle avec ironie; du royaume! Vous avez quelquefois, savez-vous, des expressions bien bouffo
– Madame, reprit gravement M. de Montgiroux, un véritable citoyen se doit avant tout à la France.
– Comment avez-vous dit cela, mon cher comte? Un citoyen! Ah! mais vraiment vous faites des progrès dans la langue moderne, et je ne désespère pas, pourvu que nous ayons encore deux ou trois révolutions dans le genre de la dernière, de vous voir mourir jacobin.
Cette conversation, comme nous l’avons dit, avait lieu sur le perron du château de madame de Barthèle. C’était une élégante villa située à l’extrémité du village de Fontenay-aux-Roses, du côté du bois, et dans une position des plus pittoresques. Cependant, la vue magnifique dont on jouissait de ce perron n’avait pas été saluée d’un seul regard par M. de Montgiroux, quoiqu’il eût l’habitude de s’y arrêter dans l’admiration de la campagne riche et variée qui s’étend depuis le bois de Verrières jusqu’à la tour de Montlhéry: cependant, le soleil de mai étincelait dans la vallée et faisait briller comme des miroirs les toits d’ardoises des jolies maisons blanches que les environs de Sceaux éparpillent çà et là sur un tapis de verdure.
Le comte était donc préoccupé, puisque cet aspect bucolique n’avait aucune influence sur lui, ancien berger de l’Empire, qui avait co
Cependant madame de Barthèle, après l’espèce de traité conclu entre elle et le comte de Montgiroux, avait fait signe à celui-ci de la suivre, et, à travers les détours d’un corridor bien co
– Silence! dit-elle, il dort, et le docteur a recommandé qu’on ne troublât point son sommeil.
– Il dort? s’écria madame de Barthèle avec une expression de joie toute maternelle, et cependant retenue dans son explosion.
– Nous l’espérons, du moins: il a fermé les yeux et semble moins agité: mais éloignez-vous, je vous prie, car le moindre bruit peut le tirer de son assoupissement.
– Pauvre Maurice! dit madame de Barthèle en étouffant un gros soupir. Allons, obéissons; venez, cher comte, venez au salon. Quand le docteur a parlé, nous n’avons plus de volonté. D’ailleurs, nous causerons en attendant que nous puissions le voir; j’ai tant de choses à vous dire!
Le comte fit avec la tête un signe d’adhésion, et madame de Barthèle et lui reprirent le chemin du salon.
– Mon oncle, dit la jeune femme d’un ton plein de tristesse et de tendre reproche, vous ne m’embrassez pas?
– Ne viens-tu donc pas avec nous? dit le comte en lui do
– Non, je le garde de ce cabinet, et, au premier soupir qu’il poussera, je serai au moins près de lui.
– Elle ne le quitte pas d’un instant, ajouta madame de Barthèle; c’est admirable!
– Mais ne peux-tu au moins nous envoyer le médecin, Clotilde? J’ai quelques co
– Volontiers. Tout à l’heure, mon oncle, il sera près de vous.
Le comte embrassa de nouveau sa nièce, et, après l’avoir encouragée dans son dévouement conjugal par quelques paroles de tendresse, il suivit madame de Barthèle.
Mais, avant d’aller plus loin, faisons co
M. le comte de Montgiroux était, vers 1835, un homme de soixante ans, à peu près, c’est-à-dire que, né en 1775, il avait été un incroyable du Directoire et un beau de l’Empire. Dans ces deux époques, et même depuis, on l’avait fort vanté pour l’élégance de ses façons et le charme de ses manières; des beaux jours de sa jeunesse, il avait conservé des dents magnifiques, une taille qui, vue par derrière, ne manquait pas d’une certaine finesse, et surtout une jambe bien proportio