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– Tu ne peux pas te fâcher pour cela, dit-elle, – parce que tu es trois fois plus raiso
– Mais il dit le diable sait quoi, répliqua Von Lembke. – Je ne puis rester impassible, lorsque devant les gens et en ma présence il déclare que le gouvernement encourage l’ivrognerie exprès pour abrutir le peuple et l’empêcher de se soulever. Représente-toi mon rôle quand je suis forcé d’entendre publiquement tenir ce langage.
En parlant ainsi, le gouverneur songeait à une conversation qu’il avait eue récemment avec Pierre Stépanovitch. Depuis 1859, Von Lembke, mû, non par une curiosité d’amateur, mais par un intérêt politique, avait recueilli toutes les proclamations lancées par les révolutio
La mine de Lembke s’allongea.
– Mais nous ne sommes pas encore mûrs pour cela, chez nous c’est prématuré, observa-t-il d’une voix presque suppliante en indiquant du geste les proclamations.
– Non, ce n’est pas prématuré, et la preuve, c’est que vous avez peur.
– Mais pourtant, tenez, par exemple, cette invitation à détruire les églises?
– Pourquoi pas? Vous, perso
– Je l’admets, je l’admets, je suis tout à fait de votre avis, mais chez nous il est encore trop tôt, reprit le gouverneur en fronçant le sourcil.
– S’il n’y a que la question d’opportunité qui nous divise, si, à cela près, vous êtes d’avis de brûler les églises et de marcher avec des piques sur Pétersbourg, eh bien, quel fonctio
Pris à un piège aussi grossier, Lembke éprouva une vive souffrance d’amour-propre.
– Ce n’est pas cela, répondit-il avec animation; – vous vous trompez parce que vous êtes un jeune homme et surtout parce que vous n’êtes pas au courant de nos buts. Voyez-vous, très cher Pierre Stépanovitch, vous nous appelez fonctio
André Antonovitch s’emballait. Déjà, à Pétersbourg, il aimait à parler en homme intelligent et libéral; maintenant il le faisait d’autant plus volontiers que perso
– Savez-vous quelle est ma situation à moi «administrateur de la province»? poursuivit-il en se promenant dans son cabinet. – J’ai trop d’obligations pour pouvoir en remplir une seule, et en même temps je puis dire, avec non moins de vérité, que je n’ai rien à faire. Tout le secret, c’est que mon action est entièrement subordo
– Il vous en faut deux, dit Pierre Stépanovitch.
– Pourquoi deux? demanda Von Lembke en s’arrêtant devant lui.
– Parce que ce n’est pas assez d’un seul pour vous faire respecter. Il vous en faut absolument deux.
André Antonovitch fit une grimace.
– Vous… Dieu sait ce que vous vous permettez, Pierre Stépanovitch. Vous abusez de ma bonté pour me décocher des sarcasmes, et vous vous posez en bourru bienfaisant…
– Allons, c’est possible, murmura entre ses dents Pierre Stépanovitch, – mais avec tout cela vous nous frayez le chemin et vous préparez notre succès.
– «Nous» qui? Et de quel succès parlez-vous? questio
Le compte-rendu de cet entretien mit Julie Mikhaïlovna de très mauvaise humeur.
André Antonovitch essaya de se justifier:
– Mais je ne puis le prendre sur un ton d’autorité avec ton favori, surtout dans une conversation en tête-à-tête… Je me suis peut-être imprudemment épanché… parce que j’ai bon cœur.
– Trop bon cœur. Je ne te co
– Mais… mais il m’a prié de le lui prêter pour vingt-quatre heures.