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Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski

Les Possédés

Publication en 1872

Traduit du russe par Victor Derély en 1886.

Quand vous me tueriez, je ne vois nulle trace;

Nous nous sommes égarés, qu’allons-nous faire?

Le démon nous pousse sans doute à travers les champs

Et nous fait tourner en divers sens.

Combien sont-ils? Où les chasse-t-on?

Pourquoi chantent-ils si lugubrement?

Enterrent-ils un farfadet,

Ou marient-ils une sorcière?

A. POUCHKINE.

Or, il y avait là un grand troupeau de pourceaux qui paissaient sur la montagne; et les démons Le priaient qu’Il leur permit d’entrer dans ces pourceaux, et Il le leur permit. Les démons, étant donc sortis de cet homme, entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau se précipita de ce lieu escarpé dans le lac, et fut noyé. Et ceux qui les paissaient, voyant ce qui était arrivé, s’enfuirent et le racontèrent dans la ville et à la campagne. Alors les gens sortirent pour voir ce qui s’était passé; et étant venu vers Jésus, ils trouvèrent l’homme duquel les démons étaient sortis, assis aux pieds de Jésus, habillé et dans son bon sens; et ils furent saisis de frayeur. Et ceux qui avaient vu ces choses leur racontèrent comment le démoniaque avait été délivré.

(Évangile selon saint Luc, ch. VIII, 32-27.)

PREMIÈRE PARTIE

CHAPITRE PREMIER EN GUISE D’INTRODUCTION: QUELQUES DÉTAILS BIOGRAPHIQUES CONCERNANT LE TRÈS HONORABLE STÉPAN TROPHIMOVITCH VERKHOVENSKY.

I

Pour raconter les événements si étranges survenus dernièrement dans notre ville, je suis obligé de remonter un peu plus haut et de do

Je le dirai franchement: Stépan Trophimovitch a toujours tenu parmi nous, si l’on peut ainsi parler, l’emploi de citoyen; il aimait ce rôle à la passion, je crois même qu’il serait mort plutôt que d’y renoncer. Ce n’est pas que je l’assimile à un comédien de profession: Dieu m’en préserve, d’autant plus que, perso

Je crois bien que, vers la fin, tout le monde l’avait oublié, mais il y aurait injustice à dire qu’il fut toujours inco

Revenu de l’étranger, il occupa brillamment vers 1850 une chaire de l’enseignement supérieur, mais il ne fit que quelques leçons, – sur les Arabes, si je ne me trompe. De plus, il soutint avec éclat une thèse sur l’importance civique et hanséatique qu’aurait pu avoir la petite ville allemande de Hanau dans la période comprise entre les a