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– J’ai compris, j’ai compris; si j’insistais, c’est seulement parce que j’aime beaucoup notre pauvre ami, notre irascible ami, et parce que je me suis toujours intéressé… Cet homme a eu tort, selon moi, de renoncer si complètement à ses ancie
– Moi non plus je ne co
– Il l’étudie, il l’étudie, remarqua Lipoutine, – il a déjà commencé à l’étudier, il est en train d’écrire un article très curieux sur les causes qui multiplient les cas de suicide en Russie, et, d’une façon générale, sur les influences auxquelles est due l’augmentation ou la diminution des suicides dans la société. Il est arrivé à des résultats éto
L’ingénieur se fâcha.
– Vous n’avez aucunement le droit de dire cela, grommela-t-il avec colère, – je ne fais pas du tout d’article. Je ne do
Cette irritation semblait faire le bonheur de Lipoutine.
– Pardon, j’ai pu me tromper en do
L’ingénieur écoutait, un pâle et méprisant sourire sur les lèvres. Pendant une demi-minute, tout le monde se tut.
– Tout cela est bête, Lipoutine, dit enfin avec une certaine dignité M. Kiriloff. – Si je vous avais exposé ma manière de voir, vous seriez libre de la critiquer. Mais vous n’avez pas ce droit-là, parce que je ne parle jamais à perso
– Et peut-être vous faites bien, ne put s’empêcher d’observer Stépan Trophimovitch.
– Je vous demande pardon, mais ici je ne suis fâché contre perso
Perso
– Messieurs, je suis désolé, dit Stépan Trophimovitch se levant avec résolution, – mais je ne me sens pas bien. Excusez-moi.
– Ah! il faut s’en aller, remarqua M. Kiriloff en prenant son chapeau, – vous avez bien fait de le dire, sans cela je n’y aurai pas pensé.
Il se leva et avec beaucoup de bonhomie s’avança, la main tendue, vers le maître de la maison.
– Je regrette d’être venu vous déranger alors que vous êtes souffrant.
– Je vous souhaite chez vous tout le succès possible, répondit Stépan Trophimovitch en lui serrant cordialement la main, – Si, comme vous le dites, vous avez vécu si longtemps à l’étranger, si vous avez, dans l’intérêt de vos buts, évité le commerce des gens et oublié la Russie, je comprends que vous vous trouviez un peu dépaysé au milieu de nous autres, Russes primitifs. Mais cela se passera. Il y a seulement une chose qui me chiffo
– Comment! que dites-vous?… Ah diable! s’écria Kiriloff frappé de cette observation, et il se mit à rire avec la plus franche gaieté. Durant un instant son visage prit une expression tout à fait enfantine qui, me sembla-t-il, lui allait très bien. Lipoutine se frottait les mains, enchanté du mot spirituel de Stépan Trophimovitch. Et moi je ne cessais de me demander pourquoi ce dernier avait eu si peur de Lipoutine, pourquoi, en entendant sa voix, il s’était écrié: «Je suis perdu!»
V
Nous nous arrêtâmes tous sur le seuil de la porte. C’était le moment où maîtres de maison et visiteurs échangent les dernières civilités avant de se séparer.
– S’il est de mauvaise humeur aujourd’hui, dit brusquement Lipoutine, – c’est parce qu’il a eu tantôt une prise de bec avec le capitaine Lébiadkine à propos de la sœur de celui-ci. Elle est folle, et chaque jour le capitaine Lébiadkine lui do
– Une sœur? Malade? Avec une nagaïka? s’écria Stépan Trophimovitch, comme si on l’avait lui-même cinglé d’un coup de fouet. – Quelle sœur? Quel Lébiadkine?
Sa frayeur de tantôt l’avait ressaisi instantanément.
– Lébiadkine! Mais c’est un capitaine en retraite; auparavant il s’intitulait seulement capitaine d’état-major…
– Eh! que m’importe son grade? Quelle sœur? Mon Dieu… Lébiadkine, dites-vous? Mais nous avons eu ici un Lébiadkine…
– C’est celui-là même, c’est notre Lébiadkine, celui de Virguinsky, vous vous rappelez?
– Mais celui-là a été pris faisant circuler de faux assignats?
– Eh bien, il est revenu, il y a à peu près trois semaines, et dans des circonstances très particulières.
– Mais c’est un vaurien?
– Comme s’il ne pouvait pas y avoir de vauriens chez nous! fit brusquement Lipoutine; il souriait, et ses petits yeux malins semblaient vouloir fouiller dans l’âme de Stépan Trophimovitch.