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– Croyez-le ou non, finit-il par me dire, – moi, je suis persuadé que non seulement il co
Je ne répondis rien, mais ces paroles do
II
Sept ou huit jours après le consentement do
Je rencontrai Karmazinoff [2], «le grand écrivain», comme l’appelait Lipoutine. Ses romans sont co
À en croire la renommée, il n’était rien que Karmazinoff mît au-dessus de ses relations avec les hommes puissants et avec la haute société. On racontait qu’il vous faisait l’accueil le plus charmant, vous comblait d’amabilités, vous séduisait par sa bonhomie, surtout s’il avait besoin de vous, et si, bien entendu, vous lui aviez été présenté au préalable. Mais, à l’arrivée du premier prince, de la première comtesse, du premier perso
Dès que s’était répandu chez nous le bruit de la prochaine arrivée de Karmazinoff, j’avais conçu un vif désir de le voir, et, si c’était possible, de faire sa co
C’était un petit homme aux airs pincés, qu’on aurait pris pour un vieillard, quoiqu’il n’eût pas plus de cinquante ans; d’épaisses boucles de cheveux blancs sortaient de dessous son chapeau à haute forme et s’enroulaient autour d’oreilles petites et rosées. Son visage assez vermeil n’était pas fort beau; il avait un nez un peu gros, de petits yeux vifs et spirituels, des lèvres longues et minces dont le pli dénotait l’astuce. Sur ses épaules était négligemment jeté un manteau comme on en aurait porté à cette saison en Suisse ou dans l’Italie septentrionale. Mais, du moins, tous les menus accessoires de son costume: boutons de manchettes, lorgnon, bague, etc., étaient d’un goût irréprochable. Je suis sûr qu’en été il doit porter des bottines de prunelle à boutons de nacre. Quand nous nous rencontrâmes, il était arrêté au coin d’une rue et cherchait à s’orienter. S’apercevant que je le regardais avec curiosité, il m’adressa la parole d’une petite voix mielleuse, quoiqu’un peu criarde:
– Permettez-moi de vous demander le plus court chemin pour aller rue des Bœufs.
– Rue des Bœufs? Mais c’est ici tout près, m’écriai-je en proie à une agitation extraordinaire. – Vous n’avez qu’à suivre cette rue et prendre ensuite la deuxième à gauche.
– Je vous suis bien reco
Minute maudite! je crois que j’étais intimidé et que ma physionomie avait une expression servile. Il remarqua tout cela en un clin d’œil, et, à l’instant sans doute, comprit tout, c’est-à-dire, que je savais qui il était, que je l’avais lu, que je l’admirais depuis mon enfance, et qu’en ce moment je me sentais troublé devant lui. Il sourit, inclina encore une fois la tête, et se mit en marche dans la direction que je lui avais indiquée. J’ignore comment il se fit qu’au lieu de continuer ma route, je le suivis à quelques pas de distance. Tout à coup il s’arrêta de nouveau.
– Ne pourriez-vous pas me dire où je trouverais une station de fiacres? me cria-t-il.
Vilain cri! vilaine voix!
– Une station de fiacres? Mais il y en a une à deux pas d’ici… près de la cathédrale; c’est toujours là que les cochers se tie
Il laissa soudain tomber un sac minuscule qu’il tenait dans sa main gauche. Du reste, ce n’était pas, à proprement parler, un sac, mais une petite boîte, ou plutôt un petit portefeuille, ou, mieux encore, un ridicule dans le genre de ceux que les dames portaient autrefois. Enfin, je ne sais pas ce que c’était; tout ce que je sais, c’est que je me précipitai pour ramasser cet objet.
Je suis parfaitement convaincu que je ne le ramassai pas, mais le premier mouvement fait par moi était incontestable, il n’y avait plus moyen de le cacher, et je rougis comme un imbécile. Le malin perso
– Ne vous do
[2] C’est Tourguéneff que Dostoïevsky a voulu représenter ici sous le nom de Karmazinoff. Il est à peine besoin de faire remarquer que ce prétendu portrait n’est qu’une injurieuse caricature.