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V. B.
19 août.
Varvara Alexéievna, ma petite mère!
J'ai honte, mon hirondelle, Varvara Alexéievna, je me sens confondu de honte! Mais ma petite mère, qu'y a-t-il donc là de si extraordinaire après tout? Pourquoi ne pas s'égayer un peu, ne pas permettre au cœur de se détendre? Quand je bois, je ne pense plus aux semelles de mes chaussures: les semelles ne sont qu'une misérable chose et resteront toujours de viles semelles usées et sales! D'ailleurs, les chaussures aussi sont méprisables! Les sages de la Grèce ne portaient pas de chaussures. Pourquoi devrait-on, nous autres, nous faire du souci pour un objet si dénué d'importance? Est-ce une raison pour me critiquer et m'offenser; y a-t-il là-dedans de quoi me marquer du dédain? Hé! ma petite mère, ma petite mère, vous avez trouvé de quoi vous inquiéter dans vos lettres! Quant à Fédora, dites-lui de ma part qu'elle est une femme futile, agitée, éprise de scandale, et avec cela bête, indiciblement bête! Encore un mot au sujet de mes cheveux gris: vous vous trompez sur ce point également ma très chère, car je ne suis pas du tout le vieillard que vous paraissez croire. Émilien vous salue. Vous m'écrivez que vous avez été très affligée et que vous avez pleuré. Je vous réponds, moi, que j'ai été très affligé, moi aussi, et que j'ai pleuré également. Pour conclure, je vous souhaite de vous bien porter et d'être contente. En ce qui me concerne, je me porte fort bien, je suis content et je demeure, mon doux ange, votre ami
Makar DIÉVOUCHKINE.
21 août.
Bien chère Madame et amie, Varvara Alexéievna!
Je sens que je suis fautif; j'ai conscience d'être coupable devant vous. Seulement, il n'y a aucun avantage, à mon avis, à ce que je reco
Makar DIÉVOUCHKINE.
3 septembre.
Je n'ai pas achevé ma lettre précédente, Makar Alexéievitch, parce que je me sentais trop triste pour écrire. Il est des moments où je désire me trouver seule, pour m'abando
Mais il fait aujourd'hui un matin clair et frais, doré de soleil, comme on en voit rarement ici en automne, et cela m'a ranimée si bien que je me suis levée d'un cœur joyeux. C'est donc l'automne déjà! Combien j'aimais cette saison à la campagne! Bien qu'enfant encore, j'avais alors une vie intérieure très riche. Je préférais les soirs d'automne aux matinées. Je me souviens d'un petit lac qui se trouvait au pied d'une colline, non loin de notre maison. Ce lac – je crois le revoir en cette minute – était si large, si harmonieusement calme, si pur et si lumineux, on eût dit du cristal! Parfois, quand le soir était doux, la surface de ce lac demeurait immobile. Pas une feuille ne bougeait sur les arbres qui poussaient sur ses rives; l'eau paraissait dormir, aussi paisible qu'un miroir. Il faisait frais, presque froid. La rosée se posait sur l'herbe, et des lumières s'allumaient aux fenêtres des chaumières au bord du lac. On rentrait les troupeaux. C'était l'heure où j'aimais me glisser hors de la maison pour aller rêver près de mon lac et je m'y perdais en contemplations silencieuses. Un feu de bois mort brûlait devant une cabane de pêcheurs tout près de l'eau et la lumière des flammes se reflétait en longues traînées à sa surface. Le ciel paraissait froid, profondément bleu, coupé de raies flamboyantes à l'horizon, et ces raies pâlissaient lentement. Le croissant se détachait sur le ciel. L'air semblait si sonore. Qu'un oiseau effrayé s'envole subitement, qu'une pierre glisse sous la poussée d'un vent léger, ou qu'un poisson surgisse en clapotant à la surface du lac, on percevait distinctement chacun de ces bruits. Une vapeur blanchâtre, fine et transparente, s'élevait au-dessus de l'eau bleutée. Au loin, l'obscurité devenait plus épaisse et tout semblait s'y noyer dans le brouillard, tandis que les objets rapprochés prenaient des contours plus nets, comme s'ils avaient été découpés au couteau: tout se détachait avec tant de précision, un petit bateau oublié près des rives, des îlots silencieux, un to