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Voilà que je me suis mise à pleurer tout à coup comme une enfant, entraînée que j'ai été par tant de souvenirs. J'ai revu tout cela avec tant de netteté, tant de précision, et ce passé a surgi en moi dans une telle clarté, tandis que le présent est si sombre, si terne… Comment cela finira-t-il, comment cela finira-t-il? Il me vient par moments, savez-vous, une sorte de certitude, comme une intuition que je mourrai cet automne. Je suis en réalité très, très malade. Je songe souvent à la mort, mais je ne voudrais pas, tout de même, mourir ici, être ensevelie dans cette terre inhospitalière. Qui sait, je serai peut-être obligée de m'aliter bientôt, comme l'autre fois, au printemps, alors que je n'ai pas encore eu le temps de me rétablir pleinement. En cet instant, par exemple, je me sens très mal. Fédora s'est absentée toute la journée pour des affaires qui la concernent, et je suis restée seule à la maison. Or je redoute la solitude depuis un certain temps. J'ai constamment l'impression que quelqu'un d'invisible est là, dans la chambre, près de moi, et qu'il me parle. Cela m'arrive surtout après de longues méditations, quand je reviens brusquement à la réalité présente. Une lourde angoisse m'envahit dans ces moments, je prends peur. C'est pourquoi je vous envoie une si longue lettre aujourd'hui. Quand j'écris, ces craintes se dissipent. Adieu, j'achève cette lettre, car le papier me manque, et je n'ai pas le temps de la continuer d'ailleurs. De ce qu'avait rapporté la vente de mes robes et de mon petit chapeau, il ne me reste qu'un rouble d'argent. Vous avez do

Vous devriez vous arranger pour réparer un peu votre costume. Adieu, je me sens si lasse. Je ne comprends pas pourquoi je deviens si faible. Le moindre effort me fatigue. Comment ferai-je si je recevais un peu de travail? Tout cela me tue en vérité.

V. D.

5 septembre.

Ma tourterelle, ma chère Varinka!

J'ai co

Lorsque j'ai obliqué vers la rue Gorohovaïa, il faisait déjà nuit et on commençait à allumer les réverbères. Il y avait si longtemps que je ne m'étais trouvé à la Gorohovaïa, l'occasion ne s'en présentait pas. Quelle artère bruyante! Les magasins ont des devantures si riches. Tout brille, tout reluit, les étoffes, les fleurs derrière les vitres, les petits chapeaux ornés de rubans coloriés. On pourrait croire que tout cela n'est là que pour le décor. Mais non: il existe des gens qui achètent ces objets pour les offrir à leur femme. C'est une rue luxueuse. On trouve de nombreuses boulangeries allemandes à la Gorohovaïa, et ce sont probablement des gens très riches qui les exploitent. Que de voitures passent à chaque instant! Comment la chaussée peut-elle y résister? Ce sont des équipages grandioses, les vitres brillent comme des miroirs, dedans tout n'est que velours et soie, et les laquais ont l'allure si aristocratique, avec des épaulettes et l'épée au côté. Je regardais dans chaque voiture. C'était plein de dames, si bien vêtues, des princesses probablement et des comtesses. C'était sans doute l'heure où tout ce beau monde se hâtait pour se rendre à des bals ou à des assemblées. Ce serait si intéressant de voir de près une princesse ou une grande dame. Je suppose que cela doit être bien agréable, car je n'en ai jamais vu pour ma part, si ce n'est de loin, comme ce soir en jetant un coup d'œil dans les voitures. J'ai songé à vous en ce moment – oh! ma tourterelle, ma chère amie! Dès que je pense à vous, mon cœur se met à saigner. Pourquoi, Varinka, êtes-vous si malheureuse? Mon doux ange! En quoi seriez-vous pire que toutes ces dames? Vous êtes bo