Страница 6 из 22
– Ah! C’était un original! Chaque fois qu’il abattait tout, il criait très fort: Domino!…
Les propos du baron étaient à peu près tous de cette envergure. À table il n’y avait presque que lui qui parlât; puis, sitôt après le repas, il s’enfermait dans un silence de momie.
Au moment que nous quittions la salle à manger, Madame Floche s’approcha de moi, et, à voix basse:
– Peut-être, Monsieur Lacase sera-t-il assez aimable pour m’accorder un petit entretien? – Entretien qu’elle ne voulait pas, apparemment, qu’on entendit, car elle commença par m’entraîner du côté du jardin potager, en disant très haut qu’elle voulait me montrer les espaliers.
– C’est au sujet de mon petit-neveu, commença-t-elle dès qu’elle fut assurée que l’on ne pouvait nous entendre… Je ne voudrais pas vous paraître critiquer l’enseignement de l’abbé Santal… mais, vous qui plongez aux sources même de l’instruction (ce fut sa phrase) vous pourrez peut-être nous être de bon conseil.
– Parlez, Madame; mon dévouement vous est acquis.
– Voici: je crains que le sujet de sa thèse, pour un enfant si jeune encore, ne soit un peu spécial.
– Quelle thèse? fis-je, légèrement inquiet.
– La thèse pour son baccalauréat.
– Ah! parfaitement, – résolu désormais à ne m’éto
– Voici: Monsieur l’abbé craint que les sujets littéraires ou proprement philosophiques ne flattent le vague d’un jeune esprit déjà trop enclin à la rêverie… (c’est du moins ce que trouve Monsieur l’abbé). Il a donc poussé Casimir à choisir un sujet d’histoire.
– Mais Madame, voici qui peut très bien se défendre. Et le sujet choisi c’est?
– Excusez-moi; j’ai peur d’estropier le nom…: Averrhoès.
– Monsieur l’abbé a sans doute eu ses raisons pour choisir ce sujet, qui, à première vue, peut en effet paraître un peu particulier.
– Ils l’ont choisi tous deux ensemble. Quant aux raisons que l’abbé fait valoir, je suis prête à m’y ranger: Ce sujet présente, m’a-t-il dit, un intérêt anecdotique particulièrement propre à fixer l’attention de Casimir, qui est souvent un peu flottante: puis (et il paraît que ces Messieurs les examinateurs attachent à cela la plus grande importance) le sujet n’a jamais été traité.
– Il ne me souvient pas en effet…
– Et naturellement, pour trouver un sujet qui n’ait encore jamais été traité, on est forcé de chercher un peu en dehors des chemins battus.
– Évidemment!
– Seulement, je vais vous avouer ma crainte… mais j’abuse peut-être?
– Madame, je vous en supplie de croire que ma bo
– Eh bien! voici: je ne mets pas en doute que Casimir ne soit à même bientôt de passer sa thèse assez brillamment, mais je crains que, par désir de spécialiser… par désir un peu prématuré… l’abbé ne néglige un peu l’instruction générale, le calcul par exemple, ou l’astronomie…
– Que pense Monsieur Floche de tout cela? demandai-je éperdu.
– Oh! Monsieur Floche approuve tout ce que fait et ce que dit l’abbé.
– Les parents?
– Ils nous ont confié l’enfant, dit-elle après une hésitation légère; puis, s’arrêtant de marcher:
– Par effet de votre complaisance, cher Monsieur Lacase, j’aurais aimé que vous causiez avec Casimir, pour vous rendre compte; sans avoir l’air de l’interroger directement… et surtout pas devant Monsieur l’abbé, qui pourrait en prendre quelque ombrage. Je suis sûre qu’ainsi vous pourriez…
– Le plus volontiers du monde, Madame. Il ne me sera sans doute pas difficile de trouver un prétexte pour sortir avec votre petit neveu. Il me fera visiter quelque endroit du parc…
– Il se montre d’abord un peu timide avec ceux qu’il ne co
– Je ne mets pas en doute que nous ne devenions promptement bons amis.
Un peu plus tard, le goûter nous ayant de nouveau rassemblés:
– Casimir, tu devrais montrer la carrière à Monsieur Lacase; je suis sûre que cela l’intéressera. – Puis s’approchant de moi:
– Partez vite avant que l’abbé ne descende; il voudrait vous accompagner.
Je ressortis aussitôt dans le parc; l’enfant clopin-clopant me guidait.
– C’est l’heure de la récréation, commençai-je.
Il ne répondit rien. Je repris:
– Vous ne travaillez jamais après goûter?
– Oh! si; mais aujourd’hui je n’avais plus rien à copier.
– Qu’est-ce que vous copiez ainsi?
– La thèse.
– Ah!… Après quelques tâto
– Mais pourquoi quatre fois?
– Parce que je retiens difficilement.
– Vous comprenez ce que vous écrivez?
– Quelquefois. D’autres fois l’abbé m’explique; ou bien il dit que je comprendrai quand je serai plus grand.
L’abbé avait tout bo
– C’est votre travail, cette thèse?
– Oh! non, fit-il aussitôt; mais, en poussant plus loin mes questions, je compris que le reste se réduisait à peu de chose; et sans doute fut-il sensible à mon éto
– Je lis beaucoup, ajouta-t-il, comme un pauvre dirait: j’ai d’autres habits!
– Et qu’est-ce que vous aimez lire?
– Les grands voyages; puis tournant vers moi un regard où déjà l’interrogation faisait place à la confiance:
– L’abbé, lui, a été en Chine; vous saviez?… et le ton de sa voix exprimait pour son maître une admiration, une vénération sans limites.
Nous étions parvenus à cet endroit du parc que Madame Floche appelait «la carrière»; abando