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André Gide

Isabelle

À André Ruyters

Gérard Lacase, chez qui nous nous retrouvâmes au mois d’août 189., nous mena, Francis Jammes et moi, visiter le château de la Quartfourche dont il ne restera bientôt plus que des ruines, et son grand parc délaissé où l’été fastueux s’éployait à l’aventure. Rien plus n’en défendait l’entrée: le fossé à demi comblé, la haie crevée, ni la grille descellée qui céda de travers à notre premier coup d’épaule. Plus d’allées; sur les pelouses débordées quelques vaches pâturaient librement l’herbe surabondante et folle: d’autres cherchaient le frais au creux des massifs éventrés; à peine distinguait-on de ci de là, parmi la profusion sauvage, quelque fleur ou quelque feuillage insolite, patient reste des ancie

Gérard nous avait quittés; nous pensâmes qu’il préférait revoir seul ces lieux dont il avait co

Nous le retrouvâmes au second étage, près de la fenêtre dévitrée d’un corridor par laquelle on avait ramené vers l’intérieur une corde tombant du dehors; c’était la corde d’une cloche, et je l’allais tirer doucement, quand je me sentis saisir le bras par Gérard; son geste, au contraire d’arrêter le mien, l’amplifia: soudain retentit un glas rauque, si proche de nous, si brutal, qu’il nous fit péniblement tressaillir; puis lorsqu’il semblait déjà que se fût refermé le silence, deux notes pures tombèrent encore, espacées, déjà lointaines. Je m’étais retourné vers Gérard et je vis que ses lèvres tremblaient.

– Allons-nous en, fit-il. J’ai besoin de respirer un autre air.

Sitôt dehors il s’excusa de ne pouvoir nous accompagner: il co

– Cher ami, lui dit bientôt Jammes, apprenez que je suis résolu à ne plus raconter la moindre histoire, que vous ne nous ayez sorti celle qu’on voit qui vous tient au cœur.

Or les récits de Jammes faisaient les délices de nos veillées.

– Je vous raconterais volontiers le roman dont la maison que vous vîtes tantôt fut le théâtre, commença Gérard, mais outre que je ne sus le découvrir, ou le reconstituer, qu’en dépouillant chaque événement de l’attrait énigmatique dont ma curiosité le revêtait naguère…

– Apportez à votre récit tout le désordre qu’il vous plaira, reprit Jammes.

– Pourquoi chercher à recomposer les faits selon leur ordre chronologique, dis-je; que ne nous les présentez-vous comme vous les avez découverts?

– Vous permettrez alors que je parle beaucoup de moi, dit Gérard.

– Chacun de nous fait-il jamais rien d’autre! repartit Jammes.

C’est le récit de Gérard que voici.

I

J’ai presque peine à comprendre aujourd’hui l’impatience qui m’élançait alors vers la vie. À vingt-cinq ans je n’en co

Je préparais alors, en vue de mon doctorat, une thèse sur la chronologie des sermons de Bossuet; non que je fusse particulièrement attiré par l’éloquence de la chaire: j’avais choisi ce sujet par révérence pour mon vieux maître Albert Desnos, dont l’importante Vie de Bossuet achevait précisément de paraître. Aussitôt qu’il co

Entre M. Desnos et M. Floche des lettres furent échangées. Les documents s’a

Vers le milieu de septembre, je rassemblai le meilleur de ma modeste garde-robe, renouvelai mon jeu de cravates, et partis.

Quand j’arrivai à la station du Breuil-Blangy, entre Pont-l’Évêque et Lisieux, la nuit était à peu près close. J’étais seul à descendre du train. Une sorte de paysan en livrée vint à ma rencontre, prit ma valise et m’escorta vers la voiture qui statio