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– Il faut vous plaindre, je vous en prie, parce que rien ne serait plus aisé que de vous préparer une autre chambre…

Monsieur Floche, sans rien dire lui-même, hochait la tête obliquement et, d’un sourire, faisait sien chaque propos de sa femme.

– Je vois bien, dis-je, que la maison est très vaste; mais je vous certifie que je ne saurais être installé plus agréablement.

– Monsieur et Madame Floche, dit l’abbé, se plaisent à gâter leurs hôtes.

Mademoiselle Olympe apportait sur une assiette des tranches de pain grillé; elle poussa devant elle le petit stropiat que j’avais vu culbuter tout à l’heure. L’abbé le saisit par le bras:

– Allons, Casimir! Vous n’êtes plus un bébé; venez saluer Monsieur Lacase comme un homme. Tendez la main… Regardez en face!… Puis se tournant vers moi comme pour l’excuser: – Nous n’avons pas encore grand usage du monde…

La timidité de l’enfant me gênait:

– C’est votre petit-fils? demandai-je à Madame Floche, oublieux des renseignements que l’abbé m’avait fournis la veille.

– Notre petit-neveu, répondit-elle; vous verrez un peu plus tard mon beau-frère et ma sœur, ses grands-parents.

– Il n’osait pas rentrer parce qu’il avait empli de boue ses vêtements en jouant avec Terno, expliqua Mademoiselle Verdure.

– Drôle de façon de jouer, dis-je, en me tournant affablement vers Casimir; j’étais à la fenêtre quand il vous a culbuté… Il ne vous a pas fait mal?

– Il faut dire à Monsieur Lacase, expliqua l’abbé à son tour, que l’équilibre n’est pas notre fort…

Parbleu! je m’en apercevais de reste, sans qu’il fût nécessaire de me le signaler. Ce grand gaillard d’abbé, aux yeux vairons, me devint brusquement antipathique.

L’enfant ne m’avait pas répondu, mais son visage s’était empourpré. Je regrettai ma phrase et qu’il y eût pu sentir quelque allusion à son infirmité. L’abbé, son potage pris, s’était levé de table et arpentait la pièce; dès qu’il ne parlait plus, il gardait les lèvres si serrées que celle de dessus formait un bourrelet, comme celle des vieillards édentés. Il s’arrêta derrière Casimir, et comme celui-ci vidait son bol: – Allons! Allons, jeune homme, Avenzoar nous attend!

L’enfant se leva; tous deux sortirent.

Sitôt que le déjeuner fut achevé, Monsieur Floche me fit signe.

– Venez avec moi dans le jardin, mon jeune hôte, et me do

Le langage de Monsieur Floche fleurissait dès l’aube. Sans trop écouter mes réponses, il me questio

En suivant une allée de très hauts marro

– L’abbé Santal vous a-t-il dit que mon beau-frère est un peu…? Il n’acheva pas, mais se toucha le front de l’index.

Je fus trop interloqué pour pouvoir trouver rien à répondre. Il continua:

– Oui, le baron de Saint-Auréol, mon beau-frère; l’abbé ne vous l’a peut-être pas dit plus qu’à moi… mais je sais néanmoins qu’il le pense; et je le pense aussi… Et de moi, l’abbé ne vous a pas dit que j’étais un peu…?

– Oh! Monsieur Floche, comment pouvez-vous croire?…

– Mais, mon jeune ami, dit-il en me tapant familièrement sur la main, je trouverais cela tout naturel. Que voulez-vous? nous avons pris ici des habitudes, à nous enfermer loin du monde, un peu… en dehors de la circulation. Rien n’apporte ici de… diversion; comment dirais-je? oui. Vous êtes bien aimable d’être venu nous voir – et comme j’essayais un geste: – je le répète: bien aimable, et je le récrirai ce soir à mon excellent ami Desnos; mais vous vous aviseriez de me raconter ce qui vous tient au cœur, les questions qui vous troublent, les problèmes qui vous intéressent… je suis sûr que je ne vous comprendrais pas.

Que pouvais-je répondre? Du bout de ma ca

– Voyez-vous, reprit-il, ici nous avons un peu perdu le contact. Mais non, mais non! ne protestez donc pas; c’est inutile. Le baron est sourd comme une calebasse; mais il est si coquet qu’il tient surtout à ne pas le paraître; il feint d’entendre plutôt que de faire hausser la voix. Pour moi, quant aux idées du jour, je me fais l’effet d’être tout aussi sourd que lui; et du reste je ne m’en plains pas. Je ne fais même pas grand effort pour entendre. À fréquenter Massillon et Bossuet, j’ai fini par croire que les problèmes qui tourmentaient ces grands esprits sont tout aussi beaux et importants que ceux qui passio

Il regarda l’heure à un oignon attaché à un ruban noir:

– Rentrons à présent, dit-il en se levant. Je crois avoir perdu ma journée quand je ne suis pas au travail à dix heures.

Je lui offris mon bras qu’il accepta, et comme, à cause de lui, parfois, je ralentissais mon allure:

– Pressons! Pressons! me disait-il. Les pensées sont comme les fleurs, celles qu’on cueille le matin se conservent le plus longtemps fraîches.

La bibliothèque de la Quartfourche est composée de deux pièces que sépare un simple rideau: une, très exiguë et surhaussée de trois marches, où travaille Monsieur Floche, à une table devant une fenêtre. Aucune vue; des rameaux d’orme ou d’aulne vie