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Au casino, grâce aux manœuvres de mon père, nous nous perdîmes vite. Je me retrouvai au bar, avec Elsa et une de ses relations, un Sud-Américain à demi ivre. Il s'occupait de théâtre et, malgré son état, restait intéressant par la passion qu'il y apportait. Je passai près d'une heure agréable avec lui; mais Elsa s'e

«Je ne le trouve pas», dit-elle. Elle avait un visage consterné; la poudre en était partie, la laissant tout éclairée, ses traits étaient tirés. Elle était pitoyable. Je me sentis soudain très en colère contre mon père. Il était d'une impolitesse inconcevable.

«Ah! je sais où ils sont, dis-je en souriant comme s'il s'était agi d'une chose très naturelle et à laquelle elle eût pu penser sans inquiétude. Je reviens.»

Privé de mon appui, le Sud-Américain tomba dans les bras d'Elsa et sembla s'en trouver bien. Je pensai avec tristesse qu'elle était plus plantureuse que moi et que je ne saurais lui en vouloir. Le casino était grand: j'en fis deux fois le tour sans résultat. Je passai la revue des terrasses et pensai enfin à la voiture.

II me fallut un moment pour la retrouver dans le parc. Ils y étaient. J'arrivai par-derrière et les aperçus par la glace du fond. Je vis leurs profils très proches et très graves, étrangement beaux sous le réverbère. Ils se regardaient, ils devaient parler à voix basse, je voyais leurs lèvres bouger. J'avais envie de m'en aller, mais la pensée d'Elsa me fit ouvrir la portière.

La main de mon père était sur le bras d'A

«Vous vous amusez bien? demandai-je poliment.

– Qu'y a-t-il? dit mon père d'un air irrité. Que fais-tu ici?

– Et vous? Elsa vous cherche partout depuis une heure.»

A

«Nous rentrons. Dites-lui que j'ai été fatiguée et que votre père m'a ramenée. Quand vous vous serez assez amusées, vous rentrerez avec ma voiture.»

L'indignation me faisait trembler, je ne trouvais plus mes mots.

«Quand on se sera assez amusées! Mais vous ne vous rendez pas compte! C'est dégoûtant!

– Qu'est-ce qui est dégoûtant? dit mon père avec éto

– Tu amènes une fille rousse à la mer sous un soleil qu'elle ne supporte pas et quand elle est toute pelée, tu l'abando

A

«Je vais... je vais lui dire que mon père a trouvé une autre dame avec qui coucher et qu'elle repasse, c'est ça?»

L'exclamation de mon père et la gifle d'A

«Excuse-toi», dit mon père.

Je restai immobile près de la portière, dans un grand tourbillon de pensées. Les nobles attitudes me vie

«Venez ici», dit A

«Ne soyez pas méchante, je suis désolée pour Elsa. Mais vous êtes assez délicate pour arranger cela au mieux. Demain nous nous expliquerons. Je vous ai fait très mal?

– Pensez-vous», dis-je poliment.

Cette subite douceur, mon excès de violence précédent me do

«A

Elle me regardait sans répondre. Je cherchai un argument convaincant.

«Elle a eu des nausées, dis-je, c'est affreux, sa robe était toute tachée.»

Ce détail me semblait criant de vérité, mais Elsa se mit à pleurer, doucement, tristement. Désemparée, je la regardai.

«Cécile, dit-elle, oh! Cécile, nous étions si heureux...»

Ses sanglots redoublaient. Le Sud-Américain se mit à pleurer aussi, en répétant: «Nous étions si heureux, si heureux.» En ce moment, je détestai A

«Tout n'est pas dit, Elsa. Revenez avec moi.

– Je reviendrai bientôt prendre mes valises, sanglota-t-elle. Adieu, Cécile, nous nous entendions bien.»

Je n'avais jamais parlé avec elle que du temps ou de la mode, mais il me semblait pourtant que je perdais une vieille amie. Je fis demi-tour brusquement et courus jusqu'à la voiture.

le lendemain matin fut pénible, sans doute à cause des whiskies de la veille. Je me réveillai au travers de mon lit, dans l'obscurité, la bouche lourde, les membres perdus dans une moiteur insupportable. Un rai de soleil filtrait à travers les fentes du volet, des poussières y montaient en rangs serrés. Je n'éprouvais ni le désir de me lever, ni celui de rester dans mon lit. Je me demandais si Elsa reviendrait, quels visages auraient A

Mon père et A

« Bien dormi? dit mon père.

– Comme ça, répondis-je. J'ai trop bu de whisky hier soir.»

Je me versai une tasse de café, la goûtai, mais la reposai vite. Il y avait une sorte de qualité, d'attente dans leur silence qui me rendait mal à l'aise. J'étais trop fatiguée pour le supporter longtemps.

«Que se passe-t-il? Vous avez un air mystérieux.»

Mon père alluma une cigarette d'un geste qui se voulait tranquille. A

«Je voudrais vous demander quelque chose», dit-elle enfin.

J'envisageai le pire:

«Une nouvelle mission auprès d'Elsa?»

Elle détourna son visage, le tendit vers mon père:

«Votre père et moi aimerions nous marier», dit-elle.

Je la regardai fixement, puis mon père. Une minute, j'attendis de lui un signe, un clin d'œil, qui m'eût à la fois indignée et rassurée. Il regardait ses mains. Je me disais: «Ce n'est pas possible», mais je savais déjà que c'était vrai.

«C'est une très bo

Je ne parvenais pas à comprendre: mon père, si obstinément opposé au mariage, aux chaînes, en une nuit décidé... Cela changeait toute notre vie. Nous perdions l'indépendance. J'entrevis alors notre vie à trois, une vie subitement équilibrée par l'intelligence, le raffinement d'A

«C'est une très, très bo

– Mon petit chat, je savais que tu serais contente», dit mon père.

Il était détendu, enchanté. Redessiné par les fatigues de l'amour, le visage d'A

«Viens ici, mon chat», dit mon père.

Il me tendait les deux mains, m'attirait contre lui, contre elle. J'étais à demi âgenouillée devant eux, ils me regardaient avec une douce émotion, me caressaient la tête. Quant à moi, je ne cessais de penser que ma vie tournait peut-être en ce moment mais que je n'étais effectivement pour eux qu'un chat, un petit animal affectueux. Je les sentais au-dessus de moi, unis par un passé, un futur, des liens que je ne co

Mon père se leva pour aller chercher une bouteille de Champagne. J'étais écœurée. Il était heureux, c'était bien le principal, mais je l'avais vu si souvent heureux à cause d'une femme...

«J'avais un peu peur de vous, dit A

– Pourquoi?» demandai-je.

A l'entendre, j'avais l'impression que mon veto aurait pu empêcher le mariage de deux adultes.

«Je craignais que vous n'ayez peur de moi», dit-elle, et elle se mit à rire.

Je me mis à rire aussi car effectivement j'avais un peu peur d'elle. Elle me signifiait à la fois qu'elle le savait et que c'était inutile.

«Ça ne vous paraît pas ridicule, ce mariage de vieux?

– Vous n'êtes pas vieux», dis-je avec toute la conviction nécessaire car, une bouteille dans les bras, mon père revenait en valsant.