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Il s'asseyait auprès d'A

Elsa ne revint pas ces jours-là. Une semaine passa très vite. Sept jours heureux, agréables, les seuls. Nous dressions des plans compliqués d'ameublement, des horaires. Mon père et moi nous plaisions à les faire serrés, difficiles, avec l'inconscience de ceux qui ne les ont jamais co

J'ai gardé de cette semaine un souvenir que je me plais à creuser aujourd'hui pour m'éprouver moi-même. A

Le pauvre Cyril n'avait pas vu sans un certain ahurissement nos transformations intérieures. Mais cette fin légale le réjouissait. Nous faisions du bateau ensemble, nous nous embrassions au gré de nos envies et parfois, tandis qu'il pressait sa bouche sur la mie

A six heures, en revenant des îles, Cyril tirait le bateau sur le sable. Nous rejoignions la maison par le bois de pins et, pour nous réchauffer, nous inventions des jeux d'Indiens, des courses à handicap. Il me rattrapait régulièrement avant la maison, s'abattait sur moi en criant victoire, me roulait dans les aiguilles de pins, me ligotait, m'embrassait. Je me rappelle encore le goût de ces baisers essoufflés, inefficaces, et lé bruit du cœur de Cyril contre le mien en concordance avec le déferlement des vagues sur le sable... Un, deux, trois, quatre battements de cœur et le doux bruit sur le sable, un, deux, trois... un: il reprenait son souffle, son baiser se faisait précis, étroit, je n'entendais plus le bruit de la mer, mais dans mes oreilles les pas rapides et poursuivis de mon propre sang.

La voix d'A

Cyril se releva d'un bond, honteux bien entendu. Je me relevai à mon tour plus lentement en regardant A

«Je compte ne plus vous revoir», dit-elle.

Il ne répondit pas, se pencha sur moi et me baisa l'épaule, avant de s'éloigner. Ce geste m'éto

«Vous devriez savoir que ce genre de distractions finit généralement en clinique», dit-elle.

Elle me parlait debout en me fixant et j'étais horriblement e

«II ne faut pas exagérer, dis-je en souriant. J'ai juste embrassé Cyril, cela ne me traînera pas en clinique...

– Je vous prie de ne pas le revoir, dit-elle comme si elle croyait à un mensonge. Ne protestez pas: vous avez dix-sept ans, je suis un peu responsable de vous à présent et je ne vous laisserai pas gâcher votre vie. D'ailleurs, vous avez du travail à faire, cela occupera vos après-midi.»

Elle me tourna le dos et repartit vers la maison de son pas nonchalant. La consternation me clouait au sol. Elle pensait ce qu'elle disait: mes arguments, mes dénégations, elle les accueillerait avec cette forme d'indifférence pire que le mépris, comme si je n'existais pas, comme si j'étais quelque chose à réduire et non pas moi, Cécile, qu'elle co

Le dîner passa comme un cauchemar. Pas un instant A

«J'aimerais que vous do

Mon père essaya de prendre cela à la plaisanterie, le pauvre:

«Que me dites-vous là? Que faisaient-ils?

– Je l'embrassais, criai-je avec ardeur. A

– Je n'ai rien cru du tout, coupa-t-elle. Mais je crois qu'il serait bon qu'elle cesse de le voir quelque temps et qu'elle travaille un peu sa philosophie.

– La pauvre petite, dit mon père... Ce Cyril est gentil garçon, après tout?

– Cécile est aussi une gentille petite fille, dit A

Au son de ce «pas vous?» je levai les yeux et mon père baissa les siens, très e

«Vous avez sans doute raison, dit-il. Oui, après tout, tudevrais travailler un peu, Cécile. Tu ne veux quand même pas refaire une philosophie?

– Que veux-tu que ça me fasse?» répondis-je brièvement.

Il me regarda et détourna les yeux aussitôt.

J'étais confondue. Je me rendais compte que l'insouciance est le seul sentiment qui puisse inspirer notre vie et ne pas disposer d'arguments pour se défendre.

«Voyons, dit A

Elle me regardait, il me regardait en souriant: sous ce jour, le débat était simple. Je retirai ma main doucement:

«Si, dis-je, c'est grave.»

Je le dis si doucement qu'ils ne m'entendirent pas ou ne le voulurent pas. Le lendemain matin, je me retrouvai devant une phrase de Bergson: il me fallut quelques minutes pour la comprendre: «Quelque hétérogénéité qu'on puisse trouver d'abord entre les faits et la cause, et bien qu'il y ait loin d'une règle de conduite à une affirmation sur le fond des choses, c'est toujours dans un contact avec le principe générateur de l'espèce humaine qu'on s'est senti puiser la force d'aimer: l'humanité.» Je me répétai cette phrase, doucement d'abord pour ne pas m'énerver, puis à voix haute. Je me pris la tête dans les mains et la regardai avec attention. Enfin, je la compris et je me sentis aussi froide, aussi impuissante qu'en la lisant pour la première fois. Je ne pouvais pas continuer; je regardai les lignes suivantes toujours avec application et bienveillance et soudain quelque chose se leva en moi comme un vent, me jeta sur mon lit. Je pensai à Cyril qui m'attendait sur la crique dorée, au balancement doux du bateau, au goût de nos baisers, et je pensai à A