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Catherine était toujours armé d’un court poignard acéré, arme florentine dont la lame portait d’admirables arabesques, tandis que le manche d’argent, ciselé jadis par Benvenuto [1], était à lui seul une merveille: bijou terrible dans les mains de la reine.

Et Ruggieri frémissait d’épouvante.

Car la pointe de ce poignard, il l’avait trempée lui-même de subtils poisons, et une seule piqûre de ce précieux objet d’art était mortelle.

Qui sait si la reine ne l’eut pas, cette pensée d’allonger subitement son bras et de frapper?

Quoi qu’il en soit, elle demeura immobile, figée, comme fut immobile l’astrologue, comme fut immobile le comte de Marillac.

Onze heures so

Il eut été impossible de percevoir même le souffle de ces vivants pareils à des morts.

Enfin, comme le dernier coup de minuit s’envolait lourdement par les airs, la reine de Navarre quitta la maison d’Alice de Lux.

Le cou tendu, éperdu d’angoisse, le comte la vit venir sans pouvoir faire un pas.

Catherine s’apprêta à écouter.

Mais Jea

– Venez, mon cher fils, nous avons à causer sans retard…

Et tous deux s’éloignèrent alors…

Lorsqu’ils eurent disparu, Catherine de Médicis murmura:

– Maintenant, tu peux allumer ton flambeau.

L’astrologue obéit. Et il apparut alors livide, quoique sa main n’eût pas un tremblement et que son regard fût calme. Catherine l’ayant considéré attentivement eut un haussement d’épaules et dit:

– Tu as pensé que j’allais le tuer?

– Oui, dit l’astrologue avec une effrayante netteté.

– Et cela t’a fait peur?

– J’ai eu peur, en effet, madame.

– Ne t’ai-je pas dit que je ne voulais pas sa mort? Qu’il peut m’être utile? Tu vois que je ne songe pas à le frapper, puisqu’il vit encore après ce que nous venons d’entendre… As-tu entendu, toi? Quant à moi, ses paroles réso

L’astrologue garda le silence.

– Jusqu’ici, j’ai voulu douter! Maintenant, c’est fini. Lui-même a parlé. Il sait, René!…

Pour tout autre que Ruggieri, ces paroles de Catherine n’eussent porté l’accent d’aucune émotion. Mais l’astrologue la co

Sombre, la bouche contractée, les yeux fixés dans la nuit vers le point où le comte avait disparu, la reine reprit:

– Tu vois donc que tu peux te rassurer, mon bon René, ton affection paternelle ne sera soumise à aucune épreuve.

Ruggieri frisso

– Tu es rassuré, n’est-ce pas?

– Non, madame! répondit sourdement l’astrologue; car je sais que mon fils va mourir et que rien au monde ne peut le sauver. Rien, madame, pas même ma volonté paternelle, pas même la pitié qui pourrait se glisser dans votre cœur.

Catherine, éto

– Expliquez-moi cela! fit-elle en s’asseyant dans un fauteuil et en se mettant à jouer avec la chaîne d’or qui portait son poignard.

Ruggieri se redressa. Son visage ne manquait ni de beauté, ni même d’une certaine majesté naturelle. Ruggieri était loin d’être un charlatan. Nature complexe, faible au point d’accepter sans révolte les plus effroyables besognes, implacable dans l’exécution des crimes que seul il n’eût jamais osé concevoir, pitoyable quand il était livré à lui-même, terrible quand il redevenait l’instrument de la reine, il eût sans doute passé sa vie en études et fût devenu un paisible savant s’il ne s’était trouvé sur le chemin de cette femme qu’on peut haïr pour le mal qu’elle a fait, mais à qui nous devons reco

Dans l’antiquité, Catherine eût été Locuste ou peut-être Phryné.

Ruggieri eût peut-être été Empédocle [2].

Son esprit tourmenté aimait à se hausser et à se perdre aux vastes rêveries. Astrologue, il cherchait dans le ciel ce même absolu que, chimiste, il cherchait parmi les poisons.

L’art de la divination par les astres n’était pour lui qu’un art intermédiaire: il cherchait plus haut et plus loin. Co

Ruggieri croyait donc fermement.

Sans cesse déçu dans ses calculs, souvent, lorsqu’il avait passé des nuits à chiffrer la déclinaison et la conjonction des astres, il laissait tomber sa plume avec découragement. Mais bientôt une force nouvelle le poussait, et avec une froide fureur, il s’enfonçait dans la solution de l’insoluble.

Quoi d’éto

– Madame, dit-il, vous voulez savoir pourquoi mon fils va mourir et pourquoi rien ne peut le sauver. Je vais vous le dire. Lorsque j’ai reco

[1] Benvenuto Cellini (1500-1571). Célèbre graveur, statuaire et orfèvre italien, familier de la cour de François 1er.

[2] Locuste: célèbre empoiso

Phryné: célèbre courtisane grecque.

Empédocle: philosophe d’Agrigente (Ve siècle avant Jésus-Christ) réputé pour être versé dans la magie.