Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 8 из 162

Dans ces jardins, Catherine, qui toute sa vie regretta l’Italie, avait fait transplanter à grands frais des orangers, des citro

Elle aimait toutes les voluptés, toutes les ivresses, tous les parfums, le sang et les fleurs.

Et c’est au bout de ces jardins, dans l’angle d’une sorte de cour qu s’avançait dans la direction du Louvre, que, sur les ordres et les plans de Catherine, s’était élevée la colo

Cette colo

C’est vers cette tour que se dirigeaient les deux ombres que nous venons de signaler. Ombres… car Rugierri et Catherine – c’étaient eux – s’avançaient en silence, vêtus de noir tous deux, et n’eussent apparu aux yeux d’un curieux que comme des fantômes, si les gardes qui veillaient à toutes les portes eussent laissé pénétrer ce curieux.

Catherine de Médicis et Ruggieri s’arrêtèrent au pied de la colo

L’astrologue tira une clef de son pourpoint, et ouvrit une porte basse.

Ils entrèrent et se trouvèrent alors au pied de l’escalier qui montait en spirale jusqu’à la plateforme de la tour.

Là, c’était un cabinet ou plutôt un étroit réduit où Ruggieri rangeait ses instruments de travail, lunettes, compas, etc. Pour tout meuble, il n’y avait qu’une table chargée de livres et deux fauteuils.

Une étroite meurtrière do

C’est par cette meurtrière que la vieille Laura, espio

C’est par cette meurtrière qu’Alice de Lux jetait les rapports qu’elle voulait faire parvenir à la reine.

Or, ce jour-là, Catherine avait reçu de Laura un billet contenant ces quelques mots:

«Ce soir, vers dix heures, elle recevra une visite importante dont je rendrai compte demain.»

– Votre Majesté désire-t-elle que j’allume un flambeau? demanda Ruggieri au moment où il referma derrière lui la porte de la tour.

Au lieu de lui répondre, Catherine saisit vivement la main de l’astrologue et la pressa comme pour lui recommander le silence.

En effet, elle venait de percevoir un bruit de pas qui, dans la rue, s’approchait de la tour. Et Catherine de Médicis qui eût été un policier de premier ordre, qui avait effectivement inventé et créé toute une police masculine et féminine, se disait d’instinct que ces pas étaient sans doute ceux de la perso

La reine s’avança vers la meurtrière et chercha à voir ce qui se passait.

Et comme les ténèbres étaient profondes, comme elle ne voyait rien, elle se plaça de façon à entendre, et à concentrer dans son ouïe les forces vitales inutiles à ses yeux: l’oreille, pour celui qui espio

Les pas se rapprochaient.

– Des passants! fit Ruggieri en haussant les épaules. Croyez-moi, Majesté.

Et il élevait la voix comme s’il eût voulu être entendu, eût-on dit, des gens qui venaient.

– Silence! murmura Catherine d’un ton de menace qui fit pâlir l’astrologue.

Les perso

La voix disait:

– J’attendrai ici Votre Majesté. De ce poste, je surveille à la fois la rue Traversine et la rue de la Hache. Nul ne saurait arriver à la porte verte sans que je lui barre le chemin. Votre Majesté sera donc en parfaite sûreté…

– Je n’ai aucune crainte, comte, répondit une autre voix – voix de femme, cette fois.

– Déodat! avait sourdement murmuré Ruggieri en pâlissant.

– Jea

– Voici la porte, madame, reprit la voix du comte de Marillac. Voyez, à travers le jardin, apparaît une lumière. Sans aucun doute, elle a reçu votre messager. Elle vous attend… Ah! madame…

– Tu trembles, mon pauvre enfant?

– Jamais je n’éprouvai pareille émotion dans ma vie, qui en contient pourtant quelques-unes, qui furent ou bien douces ou bien cruelles. Songez Majesté, que ma vie se joue en ce moment!… Quoi qu’il advie

– Déodat, tu sais que je t’aime à l’égal d’un fils.

– Oui, ma reine, je le sais. Hélas! C’est une autre qui devrait être où vous êtes… Tenez, madame, quand je songe que ma mère m’a certainement reco

Le comte laissa échapper un geste de violente amertume, et le bruit étouffé d’une sorte de sanglot parvint jusqu’à Catherine qui demeura impassible.

Seulement une lueur de rage et de haine s’alluma dans les yeux gris de la reine.

– Courage! fit Jea

À ces mots, la reine de Navarre traversa rapidement la rue et alla frapper à la porte verte.

L’instant d’après, la porte s’ouvrait et Jea

Le comte de Marillac, les bras croisés, s’accota à la tour et attendit.

Sa tête touchait presque à la meurtrière.

Quelles furent les pensées de ces trois êtres pendant les longues minutes qui, une à une, tombèrent dans le silence de la nuit?

L’astrologue: le père!…, la reine: la mère!… Déodat: l’enfant!…

Ils n’étaient séparés que par l’épaisseur du mur.

Par un imperceptible mouvement très lent, Ruggieri s’était placé de manière à empêcher Catherine de passer son bras par la meurtrière. Quel horrible soupçon traversa donc son esprit?