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Michel Zévaco
Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour
20 mars-7 décembre 1902 – La Petite République socialiste
1907 – Fayard, Le Livre populaire
I OÙ UNE MINUTE DE JOIE FAIT PLUS QUE DIX-SEPT ANNÉES DE MISÈRE
Le maréchal de Montmorency avait retrouvé au bout de dix-sept ans, sa femme, Jea
Il revoyait comme dans un songe, la scène où Damville feignait de lui avouer qu’il avait été l’amant de Jea
Il revoyait son divorce, son mariage avec une autre femme que, d’ailleurs, il n’avait jamais aimée, l’image de la première, demeurant tout entière en son cœur. Puis son humeur sombre l’entraînait loin de la cour où montait la faveur croissante de son frère exécré, le maréchal de Damville.
Les a
Jea
Jea
Dans sa lettre, elle en appelait à son ancien seigneur et maître, elle clamait la félonie de Damville, elle demandait grâce et secours pour Loïse, sa fille, à lui, duc de Montmorency.
Une aube de gratitude et de joie s’était levée dans l’âme du vieux duc: il avait été, mais en vain, en appeler de son frère à la justice du roi, en vain, il l’avait provoqué, sachant qu’il tenait en son pouvoir Jea
Ce jeune homme, héros d’un autre âge, dont peut-être il devinait confusément le secret, l’avait conduit par la main à la demeure mystérieuse où se cachait tout ce qu’il avait aimé au monde, l’avait mis en présence de Jea
L’heure tant espérée, après dix-sept ans de larmes et de deuil, était enfin so
Enfin, il retrouvait tout ce qu’il avait chéri et qui avait été la joie de son cœur, la moelle de ses os, l’essence même de son être; en un mot, celle qu’il avait aimée.
Hélas, comme une sève trop puissante fait craquer le bourgeon, le bonheur avait fait craquer le cerveau de celle qui avait été sie
Comment la retrouvait-il?
Folle?…
Jea
«Il ne faut pas que je meure avant d’avoir assuré le bonheur de ma fille… Et quel bonheur peut-il y avoir pour la pauvre petite tant qu’elle ne sera pas sous l’égide de son père!… Oui! retrouver François, même s’il me croit encore coupable… mettre son enfant dans ses bras… et mourir alors!…»
Lorsqu’elle interrogea le chevalier de Pardaillan, lorsque celui-ci lui dit que c’était à un autre que lui de dire comment sa lettre avait été accueillie par le maréchal, Jea
Lorsque le vieux Pardaillan lui a
Aucune commotion ne l’agita. Seulement, elle murmura:
– Voici l’heure où je vais mourir!…
La pensée de la mort ne la quittait plus. Elle ne la désirait ni ne la craignait. Seulement, elle était comme ces rudes ouvriers des champs qu’un travail a tenus courbés depuis l’aube sur le sol et qui, vers la nuit, ne songent plus qu’au sommeil, où leur lassitude va s’anéantir.
Au vrai, elle se sentait mourir.
Qu’y avait-il de brisé en elle? Pourquoi le retour du bien-aimé n’avait-il provoqué dans son âme qu’une sorte de flamme dévorante et aussitôt éteinte? Elle ne savait.
Mais sûrement, quelque chose se brisait en elle. Et elle put se dire: Voici la mort! Voici l’heure du repos!…
Elle étreignit convulsivement Loïse dans ses bras et murmura à son oreille quelques mots qui produisirent sur la jeune fille quelque foudroyant effet, car elle essaya en vain de répondre, elle fit un effort inutile pour suivre sa mère, et elle demeura comme rivée, défaillante, soutenue par le vieux Pardaillan.
Telle était l’immense lassitude de Jea
Elle se mit en marche en songeant:
– Ô mon François, ô ma Loïse, je vais donc vous voir réunis! Je vais donc pouvoir mourir dans vos bras!… Car je meurs, je sens que déjà ma pensée se meurt…
Elle ouvrit la porte que lui avait indiquée Pardaillan, et elle vit François de Montmorency.
Elle voulut, elle crut même s’élancer vers lui.
Elle crut qu’une joie énorme la soulevait, comme la vague soulève une épave.
Elle crut pousser une grande clameur où fulgurait son bonheur.
Et tout ce mouvement de sa pensée se réduisit brusquement à cette parole qu’elle crut prononcer:
– Adieu… je meurs…
Puis il n’y eut plus rien en elle.
Elle fut comme morte.
Seulement, ce ne fut pas son corps qui mourut…
Sa pensée seule s’anéantit dans la folie: cette femme qui avait supporté tant de douleurs, qui avait tenu tête à de si effroyables catastrophes qui l’avaient frappée coup sur coup sans relâche, cette admirable mère qui n’avait été soutenue pendant son calvaire que par l’idée fixe de sauver son enfant, cette malheureuse enfin s’abando
Dix-sept ans et plus de malheur, n’avaient pu la terrasser.
Une seconde de joie la tue.
Jea
Mais par une consolante miséricorde de la fatalité qui s’était acharnée sur elle – si toutefois il est des consolations dans ces drames atroces de la pensée humaine! – par une sorte de pitié du sort, disons-nous, la folie de Jea