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Nul n’évite sa destinée, assurent les fatalistes. Il paraît que celle du malheureux Gillot était d’être tôt ou tard privé de ces deux vastes et larges ornements que la nature avait prodigalement octroyés à chaque face de son visage.
Une fois sa besogne accomplie, le hideux vieillard se mit à sourire.
C’était là une de ces bo
Mais lorsqu’il vit son neveu inondé de sang, lorsqu’il le vit sans co
– Diable! il ne faut pas que cet imbécile meure tout de suite. Il est mon témoin devant le maréchal!
Il s’empressa donc de courir à l’office et en rapporta de l’eau, du vin sucré, un cordial, des compresses. Alors, il délia Gillot, l’étendit sur le sol de la cave et se mit à le soigner.
Lorsqu’il eut bien lavé les deux plaies, lorsqu’il les eut cautérisées au vin sucré, lorsqu’il les eut bandées convenablement, il introduisit une gorgée de cordial entre les lèvres du patient et aspergea son visage d’eau fraîche.
Gillot revint à lui, ouvrit des yeux hagards, et, croyant avoir fait un cauchemar, son premier geste fut de porter les deux mains à ses oreilles.
Elles n’y étaient plus!…
Gillot poussa un lamentable gémissement.
– Qu’as-tu donc à te plaindre? fit l’oncle avec cette intonation narquoise qu’on prête à Satan dans les vieilles légendes.
– Hélas! répondit Gillot, comment vais-je faire pour entendre, à présent?
– Imbécile! dit Gilles.
Ce fut toute la consolation qu’il accorda au pauvre mutilé! Seulement, il le prit par un bras, l’aida à se soulever, le remit debout, et tous deux, s’apprêtant à quitter cette cave où tant d’événements s’étaient passés, se dirigèrent vers l’escalier aux dernières lueurs de la torche mourante.
Mais au pied de l’escalier, ils s’arrêtèrent aussi épouvantés l’un que l’autre.
Un homme était devant eux!
Et cet homme, c’était le maréchal de Damville!
– Monseigneur! s’écria Gilles qui tomba à genoux.
– Cette fois, je suis mort! gémit Gillot qui s’évanouit à nouveau et s’écroula.
– Eh bien! fit Damville d’une voix calme, que se passe-t-il?
– Ah! monseigneur! Un affreux malheur! Je suis i
– Expliquez-vous clairement, maître Gilles! fit Damville avec sévérité.
– Eh bien, monseigneur, les priso
– Et tu n’es pour rien dans cette trahison?
– Monseigneur, je vous le jure. Mais daignez interroger ce misérable à qui je viens de couper les oreilles…
– C’est inutile. J’ai foi en ta parole, Gilles. Relève-toi.
– Ah! monseigneur! s’écria l’intendant; vous me croirez si vous voulez, mais ce que vous venez de dire est pour moi une récompense plus magnifique que le jour où vous me do
– Ainsi, tu me restes dévoué?
– Jusqu’à la mort! Parlez, ordo
– Et tu es décidé à tout entreprendre pour réparer le malheur que tu me signales?
– S’il ne faut que do
– Viens donc, et fais appel à ton génie d’astuce. Car si je n’ai nul besoin de ton sang, ce que je vais te demander sera plus difficile à coup sûr que de mourir pour moi.
– Je suis prêt, monseigneur!
Et le vieillard se redressa. Le maréchal lui avait dit qu’il avait foi en sa parole, à lui, laquais! Comme s’il eût été gentilhomme!… Le maréchal, faisait appel à son génie! Il le traitait de puissance à puissance!
Gilles sentit ses forces d’intrigue se décupler et brûla de se jeter dans la lutte, entrevoyant au bout de cette lutte une victoire éclatante, et au bout de cette victoire, la fortune.
Damville remontait l’escalier de la cave, tout pensif.
– Monseigneur, demanda Gilles, et cet imbécile?
– Quel imbécile?
– Mon neveu, dit le vieillard en désignant Gillot toujours évanoui.
– En bien?
– Faut-il l’achever?
– Non. Il pourra te servir dans ce que tu vas entreprendre. Viens!…
III L’ASTROLOGUE
Nous laisserons le maréchal de Damville aux prises avec sa haine et sa rage, chercher quelque moyen de frapper à mort les Pardaillan et de s’emparer de Jea
Trois jours après les événements qui se sont déroulés, trois jours après la rentrée triomphale du roi dans sa ville, comme dix heures du soir so
Sur l’emplacement actuel de la Halle aux Blés (Bourse de Commerce), s’était élevé jadis l’hôtel de Soissons, non loin de l’hôtel de Nesles. Ce qui s’appelle aujourd’hui rue Coquillère s’appelait dans ce temps-là rue de Nesles, à cause de l’hôtel de ce nom. L’hôtel de Soissons était borné par les rues du Four, de Grenelle et des Deux-Écus, Sous Charles IX, la rue des Deux-Écus portait en partie le nom de la rue de la Hache. La ruelle Traversine do
C’est sur ce vaste emplacement de l’ancien hôtel de Soissons et de l’ancien hôtel de Nesles que Catherine de Médicis avait fait bâtir une façon de palais, en même temps qu’elle s’occupait de faire construire un palais plus vaste, plus grandiose, plus royal, sur l’emplacement de l’ancie
Catherine de Médicis avait l’amour de la propriété. La possession de la terre était un plaisir pour cet esprit actif qui s’ingéniait à combiner des plans de bâtisse.
Catherine, donc, avait acheté les vastes jardins et les terrains vagues demeurés en friche autour de l’hôtel de Soissons en ruine. Elle avait fait jeter bas les pierres branlantes; des régiments de maçons s’étaient employés à faire sortir de terre comme sous le coup de baguette d’une fée un hôtel jeune, brillant, d’une élégante magnificence, et une armée de jardiniers avait, autour de l’Hôtel de la Reine, fait jaillir les plantes, les arbustes et les fleurs.