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Une contraction nerveuse rida le visage de l’astrologue.

Catherine hocha la tête, très calme en apparence.

– Superstition! murmura-t-elle tout bas.

Ruggieri entendit.

– Visions diverses, madame. Vous voyez ceci, et je vois cela. Si vous avez une vision, vous l’appelez fantôme. Si j’ai une vision, je l’appelle corps astral.

– Je te crois, René! je te crois, fit sourdement Catherine en jetant autour d’elle un regard inquiet.

Car cette femme si forte, et qui dominait si entièrement l’astrologue, était à son tour dominée par lui dès que Ruggieri abordait les problèmes d occultisme.

Un changement étrange s’était fait dans la physionomie de l’astrologue. Son visage avait repris quelque couleur, mais en même temps, il s’était comme pétrifié. Ses yeux, légèrement convulsés, avaient ce regard en dedans qui transforme si complètement la figure humaine.

Catherine frisso

– Oui, reprit lentement l’astrologue, lorsque le ciel se refuse à me répondre, lorsque les problèmes que je pose d’après les do

La voix de Ruggieri était tombée au plus bas pendant ces derniers mots, et n’était plus qu’un murmure indistinct.

Lorsqu’il se tut, il continua de fixer dans l’espace ses yeux hagards.

En proie à une sourde terreur, Catherine se leva comme pour fuir, pour échapper à cette sensation du vertige qui s’emparait d’elle.

Mais le seul mouvement qu’elle fit pour se lever rompit le charme.

Elle se secoua comme pour se décharger de l’inutile fardeau des terreurs vaines; ses yeux pleins de défi dardèrent leur regard d’une étrange clarté sur le point que fixait l’astrologue. Ses nerfs se tendirent. Son visage, dans cet instant rare où elle consentit à être elle-même, prit une expression d’audace et de cruauté formidable.

Elle apparut comme la descendante des vieilles races d’aventuriers, comme un condottiere à qui la nature eût do

– Mon mari, gronda-t-elle entre ses dents, jurait que je sentais la mort! Soit! Par le corps du Christ! il me plaît de sentir la mort! Il me plaît d’être celle qui passe en laissant un sillage de cadavres, puisque, pour dominer, il faut frapper! Visions, ombres, fantômes, démons, anges, je ne vous crains pas: je suis des vôtres, moi!… Puissances invisibles qui venez de me prévenir, je vous remercie! Marillac doit mourir: qu’il meure! Charles doit mourir, lui aussi: qu’il meure!… Anges et démons, vous m’aiderez à placer sur le trône le fils de mon cœur, mon bien-aimé Henri…

Catherine esquissa un rapide signe de croix, et toucha l’astrologue au front, du bout de son doigt glacé.

Ruggieri fut secoué d’un tressaillement. Ses yeux convulsés reprirent lentement leur position normale, il passa les deux mains sur son front.

– René, dit-elle, tu vois bien que le ciel lui-même condamne cet homme…

– Notre fils…

– Eh bien, laissons sa destinée s’accomplir; ne nous mêlons pas de discuter les arrêts prononcés par les puissances; il sait que je suis sa mère et c’est pour cela qu’on le condamne.

Catherine disait on parce qu’elle ne savait pas au juste si elle devait dire Dieu ou Satan.

– On le condamne alors que je rêvais pour lui un avenir royal. N’en parlons plus, René… Mais l’autre!… Cette femme qui sait aussi! tu viens d’entendre: Jea

Ayant ainsi parlé, Catherine de Médicis entraîna Ruggieri hors de la tour.

– Ne devions-nous pas examiner les astres? fit celui-ci.

– Cet examen devient inutile. Je sais ce que je voulais savoir.

Ils traversèrent de biais la partie des jardins où ils se trouvaient et parvinrent à un petit bâtiment d’allure élégante, placé à une centaine de pas de la tour. Il se composait d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage. Catherine l’avait fait construire pour servir de logement à son astrologue. C’était une gracieuse maison brique et pierre blanche, avec balcon ventru en fer forgé, le tout dans le goût de l’époque et à la dernière mode. Une belle porte cintrée, en chêne orné de gros clous à tête, des fenêtres à vitraux délicats, une façade contre laquelle grimpaient des rosiers touffus, achevaient de do