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– Encore une fois, pourquoi vis-tu de dattes et d’oignons dans le désert? Pourquoi endures-tu de grands maux? J’en supporte d’aussi grands et je pratique comme toi l’abstinence dans la solitude. Mais c’est afin de plaire à Dieu et de mériter la béatitude sempiternelle. Et c’est là une fin raiso
Paphnuce parlait ainsi avec une grande violence. Mais le vieillard demeurait paisible.
– Mon ami, répondit-il doucement, que t’importent les raisons d’un chien endormi dans la fange et d’un singe malfaisant?
Paphnuce n’avait jamais en vue que la gloire de Dieu. Sa colère étant tombée, il s’excusa avec une noble humilité.
– Pardo
Le vieillard répondit avec quiétude:
– Je suis également disposé à parler et à me taire. Je te do
Paphnuce avait écouté attentivement le récit du vieillard.
– Timoclès de Cos, répondit-il, je confesse que tout, dans tes propos, n’est pas dépourvu de sens. Il est sage, en effet, de mépriser les biens de ce monde. Mais il serait insensé de mépriser pareillement les biens éternels et de s’exposer à la colère de Dieu. Je déplore ton ignorance, Timoclès, et je vais t’instruire dans la vérité, afin que co
Mais Timoclès l’interrompant:
– Garde-toi, étranger, de m’exposer tes doctrines et ne pense pas me contraindre à partager ton sentiment. Toute dispute est stérile. Mon opinion est de n’avoir pas d’opinion. Je vis exempt de troubles à la condition de vivre sans préférences. Poursuis ton chemin, et ne tente pas de me tirer de la bienheureuse apathie où je suis plongé, comme dans un bain délicieux, après les rudes travaux de mes jours.
Paphnuce était profondément instruit dans les choses de la foi. Par la co
– Adieu donc! dit-il, malheureux Timoclès.
Et, poussant un grand soupir, il reprit dans la nuit son pieux voyage.
Au matin, il vit des ibis immobiles sur une patte, au bord de l’eau, qui reflétait leur cou pâle et rose. Les saules étendaient au loin sur la berge leur doux feuillage gris; des grues volaient en triangle dans le ciel clair et l’on entendait parmi les roseaux le cri des hérons invisibles. Le fleuve roulait à perte de vue ses larges eaux vertes où des voiles glissaient comme des ailes d’oiseaux, où, çà et là, au bord, se mirait une maison blanche, et sur lesquelles flottaient au loin des vapeurs légères, tandis que des îles lourdes de palmes, de fleurs et de fruits, laissaient s’échapper de leurs ombres des nuées bruyantes de canards, d’oies, de flamants et de sarcelles. À gauche, la grasse vallée étendait jusqu’au désert ses champs et ses vergers qui frisso
– Béni soit le Seigneur, qui a favorisé mon voyage! Toi qui répands ta rosée sur les figuiers de l’Arsinoïtide, mon Dieu, fais descendre la grâce dans l’âme de cette Thaïs que tu n’as pas formée avec moins d’amour que les fleurs des champs et les arbres des jardins. Puisse-t-elle fleurir par mes soins comme un rosier balsamique dans ta Jérusalem céleste!
Et chaque fois qu’il voyait un arbre fleuri ou an brillant oiseau, il songeait à Thaïs. C’est ainsi que, longeant le bras gauche du fleuve à travers des contrées fertiles et populeuses, il atteignit en peu de journées cette Alexandrie que les Grecs ont surnommée la belle et la dorée. Le jour était levé depuis une heure quand il découvrit du haut d’une colline la ville spacieuse dont les toits étincelaient dans la vapeur rose. Il s’arrêta et, croisant les bras sur sa poitrine:
– Voilà donc, se dit-il, le séjour délicieux où je suis né dans le péché, l’air brillant où j’ai respiré des parfums empoiso