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Il dit et reprit sa route. Il entra dans la ville par la porte du Soleil. Cette porte était de pierre et s’élevait avec orgueil. Mais des misérables, accroupis dans son ombre, offraient aux passants des citrons et des figues ou mendiaient une obole en se lamentant.

Une vieille femme en haillons, qui était agenouillée là, saisit le cilice du moine, le baisa et dit:

– Homme du Seigneur, bénis-moi afin que Dieu me bénisse. J’ai beaucoup souffert en ce monde, je veux avoir toutes les joies dans l’autre. Tu viens de Dieu, ô saint homme, c’est pourquoi la poussière de tes pieds est plus précieuse que l’or.

– Le Seigneur soit loué, dit Paphnuce.

Et il forma de sa main entr’ouverte le signe de la rédemption sur la tête de la vieille femme.

Mais à peine avait-il fait vingt pas dans la rue qu’une troupe d’enfants se mit à le huer et à lui jeter des pierres en criant:

– Oh! le méchant moine! Il est plus noir qu’un cynocéphale et plus barbu qu’un bouc. C’est un fainéant! Que ne le pend-on dans quelque verger, comme un Priape de bois, pour effrayer les oiseaux? Mais non, il attirerait la grêle sur les amandiers en fleurs. Il porte malheur. Qu’on le crucifie, le moine! qu’on le crucifie!

Et les pierres volaient avec les cris.

– Mon Dieu! bénissez ces pauvres enfants, murmura Paphnuce.

Et il poursuivit son chemin songeant:

– Je suis en vénération à cette vieille femme et en mépris à ces enfants. Ainsi un même objet est apprécié différemment par les hommes qui sont incertains dans leurs jugements et sujets à l’erreur. Il faut en convenir, pour un gentil, le vieillard Timoclès n’est pas dénué de sens. Aveugle, il se sait privé de lumière. Combien il l’emporte pour le raiso

Cependant il traversait la ville d’un pas rapide. Après dix a

Il y reco

– C’est en vain que le métal glorifie ces faux sages, leurs mensonges sont confondus; leurs âmes sont plongées dans l’enfer et le fameux Platon lui-même, qui remplit la terre du bruit de son éloquence, ne dispute désormais qu’avec les diables.

Un esclave vint ouvrir la porte et, trouvant un homme pieds nus sur la mosaïque du seuil, il lui dit durement:

– Va mendier ailleurs, moine ridicule, et n’attends pas que je te chasse à coups de bâton.

– Mon frère, répondit l’abbé d’Antinoé, je ne te demande rien, sinon que tu me conduises à Nicias, ton maître.

L’esclave répondit avec plus de colère:

– Mon maître ne reçoit pas des chiens comme toi.

– Mon fils, reprit Paphnuce, fais, s’il te plaît, ce que je te demande, et dis à ton maître que je désire le voir.

– Hors d’ici, vil mendiant! s’écria le portier furieux.

Et il leva son bâton sur le saint homme, qui, mettant ses bras en croix contre sa poitrine, reçut sans s’émouvoir le coup en plein visage, puis répéta doucement:

– Fais ce que j’ai demandé, mon fils, je te prie.

Alors le portier, tout tremblant, murmura:

– Quel est cet homme qui ne craint point la souffrance?

Et il courut avertir son maître.

Nicias sortait du bain. De belles esclaves promenaient les strigiles sur son corps. C’était un homme gracieux et souriant. Une expression de douce ironie était répandue sur son visage. À la vue du moine, il se leva et s’avança les bras ouverts:

– C’est toi, s’écria-t-il, Paphnuce mon condisciple, mon ami, mon frère! Oh! je te reco

» Crobyle et Myrtale, ajouta-t-il en se tournant vers les femmes, parfumez les pieds, les mains et la barbe de mon cher hôte.

Déjà elles apportaient en souriant l’aiguière, les fioles et le miroir de métal. Mais Paphnuce, d’un geste impérieux, les arrêta et tint les yeux baissés pour ne les plus voir; car elles étaient nues. Cependant Nicias lui présentait des coussins, lui offrait des mets et des breuvages divers, que Paphnuce refusait avec mépris.

– Nicias, dit-il, je n’ai pas renié ce que tu appelles faussement la superstition chrétie

– Cher Paphnuce, répondit Nicias, qui venait de revêtir une tunique parfumée, penses-tu m’éto

Et, prenant son hôte par le bras, il l’entraîna dans une salle où des milliers de papyrus étaient roulés dans des corbeilles.

– Voici ma bibliothèque, dit-il; elle contient une faible partie des systèmes que les philosophes ont construits pour expliquer le monde. Le Sérapéum lui-même, dans sa richesse, ne les renferme pas tous. Hélas! ce ne sont que des rêves de malades.

Il força son hôte à prendre place dans une chaise d’ivoire et s’assit lui-même. Paphnuce promena sur les livres de la bibliothèque un regard sombre et dit:

– Il faut les brûler tous.

– Ô doux hôte, ce serait dommage! répondit Nicias. Car les rêves des malades sont parfois amusants. D’ailleurs, s’il fallait détruire tous les rêves et toutes les visions des hommes, la terre perdrait ses formes et ses couleurs et nous nous endormirions tous dans une morne stupidité.

Paphnuce poursuivait sa pensée:

– Il est certain que les doctrines des païens ne sont que de vains mensonges. Mais Dieu, qui est la vérité, s’est révélé aux hommes par des miracles. Et il s’est fait chair et il a habité parmi nous.

Nicias répondit:

– Tu parles excellemment, chère tête de Paphnuce, quand tu dis qu’il s’est fait chair. Un Dieu qui pense, qui agit, qui parle, qui se promène dans la nature comme l’antique Ulysse sur la mer glauque, est tout à fait un homme. Comment penses-tu croire à ce nouveau Jupiter, quand les marmots d’Athènes, au temps de Périclès, ne croyaient déjà plus à l’ancien? Mais laissons cela. Tu n’es pas venu, je pense, pour disputer sur les trois hypostases. Que puis-je faire pour toi, cher condisciple?

– Une chose tout à fait bo

Nicias fit apporter par Crobyle et Myrtale sa plus riche tunique; elle était brodée, dans le style asiatique, de fleurs et d’animaux. Les deux femmes la tenaient ouverte et elles en faisaient jouer habilement les vives couleurs, en attendant que Paphnuce retirât le cilice dont il était couvert jusqu’aux pieds. Mais le moine ayant déclaré qu’on lui arracherait plutôt la chair que ce vêtement, elles passèrent la tunique par-dessus. Comme ces deux femmes étaient belles, elles ne craignaient pas les hommes, bien qu’elles fussent esclaves. Elles se mirent à rire de la mine étrange qu’avait le moine ainsi paré. Crobyle l’appelait son cher satrape, en lui présentant le miroir, et Myrtale lui tirait la barbe. Mais Paphnuce priait le Seigneur et ne les voyait pas. Ayant chaussé les sandales dorées et attaché la bourse à sa ceinture il dit à Nicias, qui le regardait d’un œil égayé: