Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 3 из 32

Il ne dormit pas de toute la nuit et il eut avant l’aube une vision. Thaïs lui apparut encore. Son visage n’exprimait pas les voluptés coupables et elle n’était point vêtue, selon son habitude, de tissus diaphanes. Un suaire l’enveloppait tout entière et lui cachait même une partie du visage, en sorte que l’abbé ne voyait que deux yeux qui répandaient des larmes blanches et lourdes.

À cette vue, il se mit lui-même à pleurer et, pensant que cette vision lui venait de Dieu, il n’hésita plus. Il se leva, saisit un bâton noueux, image de la foi chrétie

Il s’en allait donc par les chemins solitaires. Quand venait le soir, le murmure des tamaris, caressés par la brise, lui do

– Ô bête, à l’exemple des satyres et des centaures que vit dans le désert notre père Antoine, confesse la divinité du Christ Jésus! et je te bénirai au nom du Père, du Fils et de l’Esprit.

Il dit: une lueur rosé sortit des yeux du Sphinx; les lourdes paupières de la bête tressaillirent et les lèvres de granit articulèrent péniblement, comme un écho de la voix de l’homme, le saint nom de Jésus-Christ; c’est pourquoi Paphnuce, étendant la main droite, bénit le Sphinx de Silsilé.

Cela fait, il poursuivit son chemin et, la vallée s’étant élargie, il vit les ruines d’une ville immense. Les temples, restés debout, étaient portés par des idoles qui servaient de colo

Le dix-huitième jour, ayant découvert, loin de tout village, une misérable hutte de feuilles de palmier, à demi ensevelie sous le sable qu’apporte le vent du désert, il s’en approcha, avec l’espoir que cette cabane était habitée par quelque pieux anachorète. Comme il n’y avait point de porte, il aperçut à l’intérieur une cruche, un tas d’oignons et un lit de feuilles sèches.

– Voilà, se dit-il, le mobilier d’un ascète. Communément les ermites s’éloignent peu de leur cabane. Je ne manquerai pas de rencontrer bientôt celui-ci. Je veux lui do

Tandis qu’il se parlait ainsi à lui-même, il tournait autour de la hutte, cherchant s’il ne découvrirait perso

– Que la paix soit avec toi, mon frère! Puisses-tu goûter un jour le doux rafraîchissement du Paradis.

L’homme ne répondit point. Il demeurait immobile et semblait ne pas entendre. Paphnuce s’imagina que ce silence était causé par un de ces ravissements dont les saints sont coutumiers. Il se mit à genoux, les mains jointes, à côté de l’inco

– Mon père, si tu es sorti de l’extase où je t’ai vu plongé, do

L’autre lui répondit sans tourner la tête:

– Étranger, je ne sais ce que tu veux dire et ne co

– Quoi! s’écria Paphnuce. Les prophètes l’ont a

– Mon ami, répondit l’autre, cela est possible. Ce serait même certain, s’il y avait quelque certitude au monde.

Paphnuce était surpris et contristé de l’incroyable ignorance de cet homme.

– Si tu ne co

Le vieillard répliqua:

– Il est vain d’agir ou de s’abstenir; il est indifférent de vivre ou de mourir.

– Eh quoi! demanda Paphnuce, tu ne désires pas vivre dans l’éternité? Mais, dis-moi, n’habites-tu pas une cabane dans ce désert à la façon des anachorètes?

– Il paraît.

– Ne vis-tu pas nu et dénué de tout?

– Il paraît.

– Ne te nourris-tu pas de racines et ne pratiques-tu pas la chasteté?

– Il paraît.

– N’as-tu pas renoncé à toutes les vanités de ce monde?

– J’ai renoncé en effet aux choses vaines qui font communément le souci des hommes.

– Ainsi tu es comme moi pauvre, chaste et solitaire. Et tu ne l’es pas comme moi pour l’amour de Dieu, et en vue de la félicité céleste! C’est ce que je ne puis comprendre. Pourquoi es-tu vertueux si tu ne crois pas en Jésus-Christ? Pourquoi te prives-tu des biens de ce monde, si tu n’espères pas gagner les biens éternels?

– Étranger, je ne me prive d’aucun bien, et je me flatte d’avoir trouvé une manière de vivre assez satisfaisante, bien qu’à parler exactement, il n’y ait ni bo

– Ainsi donc, selon toi, il n’y a pas de certitude. Tu nies la vérité que les idolâtres eux mêmes ont cherchée. Tu te couches dans ton ignorance, comme un chien fatigué qui dort dans la boue.

– Étranger, il est également vain d’injurier les chiens et les philosophes. Nous ignorons ce que sont les chiens et ce que nous sommes. Nous ne savons rien.

– Ô vieillard, appartiens-tu donc à la secte ridicule des sceptiques? Es-tu donc de ces misérables fous qui nient également le mouvement et le repos et qui ne savent point distinguer la lumière du soleil d’avec les ombres de la nuit?

– Mon ami, je suis sceptique en effet, et d’une secte qui me paraît louable, tandis que tu la juges ridicule. Car les mêmes choses ont diverses apparences. Les pyramides de Memphis semblent, au lever de l’aurore, des cônes de lumière rose. Elles apparaissent, au coucher du soleil, sur le ciel embrasé comme de noirs triangles. Mais qui pénétrera leur intime substance? Tu me reproches de nier les apparences, quand au contraire les apparences sont les seules réalités que je reco