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XII NUIT DE NOCES
Quai des Augustins, à cent pas de l’hôtel de Tournehem, se dressait une vaste et magnifique demeure qui avait été édifiée sous Louis XIV par le marquis de Nesles, prince d’Orange. Disons-le en passant: c’est là qu’en l’a
Car Louis XV payait royalement ses amours: le peuple était là pour combler le déficit!…
Bref, au mois de septembre de cette a
Il est probable que ce «monsieur Jacques» n’agissait pas pour son propre compte. Car le lendemain du jour où fut signé le contrat de vente, Le Normant d’Étioles vint visiter la maison, suivi de deux ou trois architectes et d’un maître tapissier, lesquels lui parlaient chapeau bas. M. d’Étioles do
Dès le jour même, une armée d’ouvriers se mit à l’œuvre, travaillant jour et nuit.
Dès que les maçons sortaient d’une pièce, les peintres l’envahissaient, puis les décorateurs, puis les tapissiers; en un mois et demi l’hôtel fut transformé: ce fut une merveille. Ce caprice coûta un million au puissant sous-fermier. Mais M. d’Étioles ne s’en inquiéta pas. À cette époque, roi, ministres, traitants, fermiers, tout ce monde jetait l’argent par les fenêtres. Quand les coffres étaient vides, le peuple s’enfonçait d’un nouveau degré dans la misère; la famine sévissait avec plus d’intensité; on mourait, – mais on payait: et tout était dit!
Quand l’hôtel fut prêt, Le Normant d’Étioles y jeta une profusion de bibelots d’art, bronzes, statues, porcelaines précieuses, flambeaux aux cuivres ciselés; des meubles d’une fabuleuse magnificence, – citons le lit de la grande chambre à coucher qui, avec ses Amours sculptés et ses appliques, coûta quatre cent mille francs -, des tableaux de la vieille école arrachés à prix d’or aux collections célèbres; des vitrines où s’entassèrent les mille créations des manufactures de Saxe.
Une vaste pièce do
Lorsque tout fut terminé, on se trouvait à l’avant-veille du mariage.
D’Étioles, dans la journée, embaucha la domesticité, ne s’en rapportant à perso
Dès lors, tout fut prêt pour recevoir l’épousée.
Cet hôtel, en effet, ces transformations, ce luxe inouï, ce faste royal, tout cela, c’était pour Jea
Ce fut vers cet hôtel qui cessa à cette époque de s’appeler «l’hôtel de Châteauroux» pour porter le nom d’Étioles, ce fut vers cette féerique demeure que la voiture nuptiale emporta, à leur sortie de Saint-Germain-l’Auxerrois, M. de Tournehem, Le Normant d’Étioles et Jea
Les invités suivaient. Et dans cette foule élégante qui faisait escorte à la fortune du sous-fermier, nul ne songea à commenter l’incident: on supposa que l’émotion avait frappé «cette pauvre petite» et l’on parla surtout des merveilles de la corbeille.
Lorsqu’on arriva à l’hôtel d’Étioles, Jea
Cette fois encore, ce fut Tournehem qui la prit dans ses bras et la transporta dans un boudoir.
– Non, pas là, mon cher oncle, dit d’Étioles.
Et il ouvrit la porte de la pièce qui était l’exacte reconstitution de l’atelier de Jea
– Je vous laisse ma femme, ajouta-t-il. Ce ne sera rien, j’en suis sûr. Moi, je vais rendre nos devoirs à nos invités.
Si le cœur de Tournehem eût été moins angoissé par les pressentiments qui l’assiégeaient, sans doute il eût trouvé étrange cette attitude d’un si heureux époux qui eût dû se montrer plein d’inquiétude.
D’Étioles disparut, et, comme il l’avait dit, se rendit en effet dans la grande salle des fêtes – salle de réception. Il était souriant, et comme on lui demandait des nouvelles de la jeune mariée, il ordo
– Qu’elle parle maintenant, si elle veut!… Je les tiens tous deux… le père et la fille!…
Armand de Tournehem avait déposé Jea
Mais alors, qu’y avait-il?
– Un mystère que je percerai, murmura ardemment Tournehem. Et alors, malheur à celui qui…
À ce moment, sous ses soins paternels, Jea
Elle se vit dans son atelier, et revenant à elle avec toute la promptitude d’esprit qui lui était coutumière:
– Ah! mon père, s’écria-t-elle en se blottissant dans les bras de Tournehem, merci, merci de cette bo
– Quelle bo
– Celle de me transporter ici… Mais il me semble que j’entends des musiques… un air de danse… Oh! faites-les taire… je vous en supplie… Pourquoi les musiciens sont-ils ici au lieu de se trouver à l’hôtel d’Étioles?…
– Voyons, enfant, dit Tournehem en serrant la jeune fille sur sa noble poitrine angoissée; entendons-nous… expliquons-nous, veux-tu? Tu vas tout me dire, n’est-ce pas? Ton chagrin, je veux le co
Jea
– Mon atelier! murmura-t-elle. C’est pourtant mon atelier, je ne rêve pas…
Elle courut à la fenêtre et elle étouffa un soupir d’amère déception; la fenêtre do
– Une surprise que te fait ce brave Henri, dit Tournehem. Cette pièce est l’exacte reproduction de celle que tu aimais tant… mais elle se trouve bien dans l’hôtel d’Étioles. Ah! çà! ajouta-t-il avec un sourire navré, mais on dirait que tu espérais… que tu croyais… Voyons… viens t’asseoir… là… sur mes genoux, comme autrefois lorsque tu étais toute petite… quand je venais te voir… entre mes longs voyages… Alors, enfant, tu mettais tes bras autour de mon cou… tu posais ta chère petite tête blonde sur mon épaule… et, levant vers moi tes yeux lumineux, tu me souriais… comme si tu avais vraiment co
Jea
Mais elle ne levait pas les yeux; elle ne souriait pas: elle pleurait doucement, sans bruit.
Tournehem garda un moment le silence, puis tout à coup, gravement, il demanda:
– Jea
– Taisez-vous, père… oh!… taisez-vous!…
– Jea
Il parlait d’une voix grave, douce, tendre, et mettait son énergie à ne pas trembler.
– Voyons… est-ce que ce mariage te déplaît?
Par un prodigieux effort de tout son être raidi. Jea