Страница 29 из 97
Le chevalier regardait cela, un vague sourire aux lèvres.
Dans cette foule, il cherchait Jea
Soudain, le suisse parut dans la pleine lumière du jour.
Et il s’effaça…
Les épousés furent visibles…
Une légère secousse agita d’Assas. Il s’appuya à un arbre. Quelque chose comme une plainte monta à ses lèvres. Livide, hagard, il tenait ses yeux angoissés sur la belle épousée qui, lente et tremblante, toute pâle dans la magnificence des dentelles, s’avançait vers les voitures, do
– Jea
Devant la foule rassemblée, il se raidit un instant, chercha à admettre «l’aventure»…
Et son regard, par un violent effort, se détourna de Jea
– Le Normant d’Étioles!
Et il le vit, si laid, si affreux avec son sourire sarcastique, ses yeux mauvais, son front têtu, sa taille déjetée; il le vit si insolent dans son triomphe, dans la splendeur de son costume semé de perles et de pierreries, – toute une fortune sur un habit! – il le vit dans une telle hideur mise en valeur par la fragile et si délicate beauté de l’épousée, qu’une colère, une révolte furieuse se déchaînèrent en lui!
Quoi! c’était là le mari de Jea
Il fit rapidement trois pas en avant.
Ces trois pas le portèrent en présence des épousés.
Sa gorge se serra; ses paupières se gonflèrent comme si des larmes allaient en jaillir, mais en réalité ses yeux demeurèrent secs et hagards. Il chercha le regard de Jea
Et dans cette seconde à peine saisissable, il vit que le regard de Jea
D’instinct, tout d’une pièce, il se retourna.
Et il vit!…
Sur le large balcon du Louvre, entre deux colo
– Le roi! balbutia d’Assas éperdu de ce qu’il entrevoyait. Le roi qui, cette nuit, était sous ses fenêtres!…
Avec cette rapidité et cette sûreté de mouvement que les hommes de décision ont dans les moments de crise, il s’effaça, attacha ses yeux sur Jea
L’épousée avait vu le roi!
Ses yeux demeuraient rivés sur le balcon du Louvre!
Lentement elle porta jusqu’à ses lèvres le bouquet blanc qu’elle tenait à la main.
Peut-être la pauvre enfant oubliait-elle en cette suprême minute la définitive cérémonie qui venait de s’accomplir, et où elle se trouvait, et que des centaines de regards étaient fixés sur elle!…
Tout à coup, elle regarda autour d’elle…
Alors, elle se rappela sans doute!
Ses yeux, vers le balcon, jetèrent un adieu désespéré, et, avec une plainte d’enfant qui meurt, elle chancela, se laissa tomber en arrière, évanouie.
– Malheur! malheur sur moi! râla le chevalier d’Assas. Elle aime le roi!…
Il demeura un instant ébloui par la terrible lumière qui envahissait son esprit, écrasé par la catastrophe qui s’abattait sur son amour.
Dans cet instant, au moment même où Jea
Cet homme qui venait de prendre Jea
– Oh! gronda-t-il, est-ce que je me serais trompé?… Est-ce que j’aurais fait le malheur de mon enfant?…
Et, comme le chevalier, il murmura à son tour:
– Oh! alors, malheur! malheur sur moi!…
Seul le mari souriait de son affreux et immuable sourire.
Tout cela, le chevalier d’Assas le vit dans un coup d’œil; cela dura quelques secondes à peine, puis il vit la voiture des époux s’élancer, puis les invités à leur tour disparurent, puis la foule qui s’était amassée se dissipa… puis, enfin, la porte de Saint-Germain-l’Auxerrois se referma…
D’Assas était demeuré à la même place, les mains jointes.
Un profond soupir gonfla sa poitrine.
Il jeta un morne regard sur le balcon du Louvre et vit que le roi avait disparu…
Alors, il murmura:
– C’est fini!… Tout est fini pour moi!…
Il fit quelques pas en chancelant. Ses dents claquaient. Il répétait, sans savoir:
– Elle aime le roi… c’est fini… tout est fini!
Le chevalier ne vit pas deux gentilshommes qui avaient semblé faire partie du cortège nuptial, mais qui ne s’étaient pas éloignés en même temps que les voitures. À demi cachés dans l’angle de la ruelle des Prêtres, ils n’avaient pas perdu des yeux d’Assas et avaient suivi chacun de ses mouvements.
De ces deux gentilshommes l’un s’appelait Berryer et était lieutenant de police. L’autre, c’était le comte du Barry!…
Le lieutenant de police, au moment où la foule se dissipa, fit un signe.
Le chevalier d’Assas, tout à coup, se vit entouré par cinq ou six individus à mine patibulaire.
L’un d’eux ôta son chapeau, exhiba un papier et dit:
– Pardon, mon officier. Vous êtes bien monsieur le chevalier d’Assas, cornette au régiment d’Auvergne, en congé à Paris?…
– Je suis bien celui que vous dites! répondit le chevalier d’une voix morne.
Alors l’homme remit son chapeau et dit:
– Au nom du roi, je vous arrête!…