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Seulement, elle continua de pleurer, doucement.

– Tu as pu te tromper… ces choses-là arrivent… C’est cela, n’est-ce pas?… Tu as cru aimer ce pauvre Henri… tu as accepté de devenir Mme d’Étioles… et au moment suprême, tu t’es aperçue qu’il n’y avait dans ton cœur que de l’affection familiale pour ton cousin… c’est cela, parbleu! Eh bien, rassure-toi… je parlerai à Henri… Ce mariage, je parviendrai à le briser…

Cette fois, Jea

Elle se mordit les lèvres pour ne pas crier.

– Ce pauvre Henri! continua Tournehem. C’est un excellent cœur, je le sais. Il m’a rendu d’immenses services en s’occupant activement de la gestion de ma ferme royale, pendant mes voyages. Il mérite toute ma gratitude et toute notre affection… mais enfin je dois avouer qu’il n’est pas beau… Je m’éto

Jea

La vision de son père montant à l’échafaud passa devant ses yeux.

Elle essuya ses larmes, et, d’une voix ferme, d’une voix où il y eût été impossible de saisir une hésitation, d’une voix qui traduisait admirablement le sacrifice de sa vie, elle prononça:

– Vous vous trompez, mon père: mon mariage avec Henri ne m’inspire aucun regret, aucune amertume…

– Je me trompe! s’écria Tournehem stupéfait.

– Et ce mariage, acheva Jea

– Ainsi, tu l’aimes… vraiment?…

– Je l’aime! répondit Jea

– Et tu es heureuse?…

– Oui, mon père: heureuse!…

Tournehem, pensif, prit la main de Jea

– Ces larmes… ton évanouissement…

– Caprice… vapeurs d’une pauvre petite tête exaltée…

– Jea

– Ces chants à l’église, ces lumières, ces parfums d’encens, la marche triomphale des orgues… vous savez, mon père, que je suis une petite détraquée… et que la musique me met les nerfs en pelote…

– Jea

– Je vous jure que je dis la vérité!

– Tu le jures?…

– Sur votre tête… oui, dit Jea

– Oh! songea Tournehem au plus profond de sa conscience, est-ce que ce serait plus grave encore que je n’avais supposé? Je pressens quelque trame souterraine et formidable autour du bonheur de mon enfant!… Quoi?… Je le saurai! Dussé-je y employer ma fortune et ma vie!…

Quelques minutes plus tard, celle qui le matin encore s’appelait Jea

Elle fut acclamée.

Elle traversa au bras de son père les groupes empressés à l’admirer.

Et avec une liberté d’esprit qui eût paru prodigieuse si l’on eût co

Il apparut à tous qu’elle serait une incomparable maîtresse de maison.

– Désormais, s’écria Crébillon qui avait de l’esprit même quand il n’était pas ivre, désormais il y a dix muses au lieu de neuf. Il était réservé à notre siècle de créer la muse des fêtes… sans compter que par un raffinement de grâce, il y a dans son nom un admirable anagramme…

– Lequel? fit-on curieusement.

– Sans doute; elle ne s’appelle pas d’Étioles: elle est l’étoile des Étoiles…

Ce mot fit pâlir d’envie toutes les femmes des financiers qui se trouvaient là, lesquelles se vengèrent en organisant une cabale contre le pauvre Crébillon à la première représentation de son Catilina.

À quoi tie

La nuit vint. Vers onze heures, les derniers invités se retirèrent; Jea

Alors, toute cette force d’âme extraordinaire qui lui avait permis de jouer jusqu’au bout son rôle héroïque se brisa d’un coup, comme peut se briser un ressort de montre.

Elle devint livide et s’affaissa sur ses genoux, balbutiant des mots sans suite, livrée à une de ces crises de désespoir qui ravagent le cœur, enténèbrent l’esprit et désorganisent la pensée.

Par un phénomène curieux, mais tout naturel, l’image d’Henri Le Normant d’Étioles – de son mari – ne vint pas un instant se pencher sur ce désespoir… Ce que voyait Jea

Cet amour, presque mystique à son début, entrait dans la phase violente.

Elle aimait ardemment, de toute son âme, de tout son corps… elle aspirait au vertige du baiser d’amour… et l’impression fut si intense que ses bras se tendirent vers cette image flottant devant ses yeux… D’un mouvement lent et continu, elle se releva… elle se mit en marche comme si vraiment le roi eût été là!

À cet instant, un cri terrible fit explosion sur ses lèvres.

Un cri d’angoisse et d’horreur!

Là, contre cette tapisserie, il y avait un homme!…

Et cet homme, ce n’était pas le roi! C’était Le Normant d’Étioles!

Comment était-il là?… Par où était-il entré? Elle recula jusqu’au lit, contre lequel elle s’appuya. Dans le même moment, Henri fit quelques pas en avant, et elle, galvanisée par l’horreur, reconquit tout son courage et son sang-froid.

– Que faites-vous ici? demanda-t-elle d’une voix basse, haletante.

Henri se redressa, do

– Pardieu, madame, voilà une plaisante question!… Ce que je fais ici… mais j’y viens voir ma femme!…

– Comment y êtes-vous? râla-t-elle.

– De la façon la plus simple. J’avais prévu les verrous. Et, ayant prévu cela, j’ai dû m’arranger pour entrer chez moi autrement que par la porte officielle… Ah! nos architectes sont d’habiles gens!

Il paraissait tranquille; il avait au coin des yeux une gaîté féroce.

Jea

Elle poussa les verrous, tourna la clef, et revint se placer en face d’Henri qui l’avait regardée faire sans un geste, son sourire terrible toujours sur les lèvres.

Jea

– Croyez-moi. Dans votre intérêt, ne me poussez pas à bout. Pour sauver mon père, j’ai subi de porter votre nom. Je vous préviens que vous auriez tort d’exiger davantage. Sortez, monsieur: de vous à moi, il y a un abîme que rien ne peut combler…

Henri d’Étioles s’inclina très bas. Puis, avec la même lenteur, il se redressa, raffermit son attitude. Son visage prit une expression de menace effroyable. Sa voix devint sifflante:

– C’est la deuxième fois que vous me chassez, dit-il. Prenez garde à la troisième! Car, cette fois, je vous obéirai, et alors!… Mais non, je veux être encore conciliant. Écoutez, il y a entre nous deux un malentendu. Vous me détestez et je vous aime, moi!

Jea