Страница 24 из 39
Elles avaient en mémoire quelques ponctions de la soirée de la veille, ainsi qu'une dispute, et un lé de papier peint qui se décollait dans la salle de bains. Ce soir en rentrant elles s'enfermeraient dans la chambre, refusant d'accomplir la moindre tâche ménagère. Quand leur mari les questio
– Et il y a des verres sales sur la table.
Leur mari leur dirait mais tu reviens déjà. Elles lui expliqueraient qu'elles avaient vraiment envie de s'en aller, de partir respirer un autre air avec des gens différents. Mais elles ne savaient pas par quel trou s'extraire, et puis elles ne co
– Qui?
Elles se tairaient. Leur mari se coucherait tôt pour prévenir une chamaillerie. Elles vivraient longtemps. Elles deviendraient veuves, déménageraient, changeraient leur robot de cuisine obsolète et bruyant contre un autre plus silencieux. Elles liraient, téléphoneraient, sentiraient chaque matin l'eau chaude de leur bain et caresseraient le robinet chromé du bout des orteils. Par e
Elles étaient peut-être contentes de leur sort, heureuses d'avoir un travail et une famille, même si ni l'un ni l'autre ne leur plaisaient. Elles dormaient la nuit dans des draps usés, mais elles avaient changé de magnétoscope l'an passé. Elles étaient satisfaites de la nourriture qu'elles préparaient avec les produits du grand supermarché de banlieue où elles se rendaient chaque week-end. Elles étaient chauffées par l'immeuble, il fallait même éteindre la plupart des radiateurs pour ne pas cuire. Il y avait un petit tapis dans l'entrée, et une grande natte au salon. Quand les enfants avaient de bo
Pendant les vacances on partait au bord de la mer, on se baignait matin et soir et on faisait des rando
Le mois de janvier était pénible, au manque d'argent s'ajoutaient l'humidité et le froid. Elles avaient les poumons pris par des germes résistants, elles se rendaient à leur travail enrobées d'écharpes et elles toussaient malgré les sirops. Elles se couchaient en rentrant, la maiso
Elles étaient célibataires, elles collectio
Dès que l'enfant a su parler, il a raconté les mauvais traitements qu'il subissait à chaque visite. La mère a porté plainte, mais faute de preuves elles n'ont jamais été sérieusement inquiétées. Quand elles ont dépassé la soixantaine, elles ont pris conscience qu'elles avaient raté leur vie. Un jour, une ancie
Elles avaient un mari qui vivait à longueur d'a
Pas une larme n'a éclaboussé son décès. Au contraire, tout le monde s'est senti plus libre, les gamins se sont mis au judo, et pour mieux railler l'humeur sinistre du défunt elles ont pris des cours de comédie. Le soir, à la table du dîner, toute la famille souriait. On se moquait facilement des gens à l'air saumâtre qu'on avait croisés dans la rue, et on était persuadé que la plupart des amputés et des infirmes avaient depuis toujours désiré leur avatar. On riait d'une parente défigurée par un accident, d'un ami dans le coma, et de toutes ces co
Elles s'intéressaient davantage à leurs meubles, à l'impeccabilité des pièces qu'aux êtres qui s'y mouvaient et qui étaient des sources de dégradations possibles. Elles avaient avorté souvent afin d'éviter l'inconvénient des enfants qui souillent et brisent. Elles passaient leurs jours de congé à scruter leur logement, elles étaient heureuses de constater que les parois étaient toujours aussi blanches et si elles apercevaient une poussière sur le sol elles s'astreignaient à deux heures d'aspirateur ininterrompues.
Elles avaient eu des maris, mais elles les trouvaient trop salissants, avec eux le lit n'était jamais irréprochable, la table de la cuisine était marquée de ronds de verres, et quand ils mangeaient une pomme ils laissaient tomber des pépins sur le carrelage. Elles leur reprochaient aussi leur vocabulaire ordurier qui déposait sans doute une indélébile pellicule de crasse dans tout l'appartement. Elles n'aimaient pas non plus la forme de leurs organes génitaux, elles les auraient préférés plus géométriques et plus clairs.
Dès la trentaine elles avaient décidé de se passer d'hommes, l'impeccabilité de leur intérieur remplaçait à leurs yeux relations sexuelles et affection. Elles dormaient seules sur un drap tendu, repassé, vierge, pareil à un hymen démesuré, et leurs rêves étaient aseptisés comme des instruments de chirurgie.
Pourtant, le saphisme les avait tentées. Elles ont eu une expérience avec une locataire de leur immeuble. Avant les ébats, elles l'avaient enivrée, et elles n'ont eu entre les mains qu'une poupée de chiffons qui ne leur a do
En rentrant de leur travail, elles étaient heureuses de contempler un petit carré de placard qu'elles n'avaient pas vu depuis longtemps, ou de compter les veines d'un pied de chaise rustique à la lumière d'une lampe. Souvent, elles se passaient de dîner, afin de ne pas tacher les brûleurs de la cuisinière qu'à la longue l'éponge usait.
Leur appartement était plus propre qu'elles, puisqu'il n'était soumis aux vicissitudes d'aucun organisme, et qu'on pouvait le désinfecter avec des produits qui auraient endommagé le corps humain. N'importe quel objet de leur salon aurait été en droit de les narguer s'il avait été doué d'intelligence. Elles avaient honte d'exister, il leur semblait qu'à travers vêtements et épiderme tout le monde voyait le répugnant trafic auquel se livraient leurs tubes digestifs.