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Elles songeaient au suicide, après crémation elles ne seraient plus qu'un peu de cendre stérile. Elles ont rédigé leur testament, elles ont voulu le remettre elles-mêmes êntre les mains d'un notaire. Le temps était doux ce jour-là, et quand il les a introduites dans son bureau elles ont tout de suite remarqué que la fenêtre était grande ouverte sur la rue. Elles lui ont do

Le notaire a été questio

Le célibataire qui a pris leur suite s'est saigné dans la baignoire au bout d'un mois. Un jeune couple avec un enfant a tenu plus de cinq ans avant de mourir confiné dans les toilettes, usant d'une cartouche de gaz de combat que leur avait procurée un parent militaire.

Une kyrielle de familles se sont succédé. Une a

Elles n'étaient pas dans le métro, elles ne quitteraient pas leur domicile avant la fin de la matinée. Elles morigénaient leur fils de quatre ans qui venait de renverser son bol de lait. Elles auraient préféré vivre seules, travailler, discuter avec des collègues pendant les pauses et avoir de longues conversations au moment du déjeuner. Le soir, elles auraient joui du plaisir de ne rien faire ou de lire un peu avant de s'endormir. Le matin elles auraient écouté les nouvelles à la radio en pressant un pamplemousse, en faisant griller le pain de la veille, en mettant la cafetière en marche.

Après le petit-déjeuner, un long bain, une friction, et puis le choix méticuleux des habits de la journée. Des sous-vêtements de couleur vive, ou très pâles, presque blancs. Un chemisier, un pantalon, ou une jupe. Prendre le temps de faire des essayages devant la glace, partir sans se dépêcher, arriver juste à l'heure, et même un peu en avance, le temps d'un papotage avec cette fille que sa coiffure bizarre et son visage comme écrasé à coups de maillet font ressembler à un animal. Puis elles se seraient mises au travail, prêtes à abattre trente a

Elles se seraient passées de progéniture supplémentaire, comme on saute un repas quand on a l'estomac barbouillé. Mais leur mari les fécondait, elles s'endormaient humides chaque nuit. Elles n'aimaient pas être enceintes, elles auraient voulu mourir pour occire en même temps ce qui gonflait dans leur matrice.

Elles ont accouché d'une fille, puis d'une autre. Elles élevaient leur marmaille sans plaisir, rêvant d'une époque où les maladies l'exterminaient volontiers en bas âge. Un hiver, tandis que tout le monde se trouvait entassé dans la voiture familiale, elles ont été fascinées par les petites routes glissantes, escarpées, qui menaient à la station de ski. Voluptueux comme une caresse interlope, un bon désir de mourir les a saisies. Souriant, leur mari conduisait d'une main molle. Elles se sont emparées du volant et lui ont fait accomplir un quart de tour en direction du précipice. Mari et gamins hurlaient pendant la chute, alors qu'elles riaient comme si cet accident les vengeait de toute une vie de servitude.

Elles avaient peut-être un fils unique déjà adulte. Elles vivaient seules entourées de vieux magazines et de plantes artificielles qui do

Elles avaient peut-être deux filles qui s'étaient mariées il y a longtemps et dont elles ne recevaient jamais de nouvelles. Elles avaient peu de relations, elles aimaient rêvasser en regardant les lignes de leur main.

Aujourd'hui, en rentrant de leur bureau, elles avaleraient une par une les lames de rasoir oubliées sur une étagère par leur mari parti sept ans plus tôt avec une autre. Elles décéderaient.

Elles sont descendues quelques stations plus loin. Elle a essayé de les suivre du regard, mais la foule les a absorbées tout de suite. Elle a trouvé une place assise. À côté d'elle une jeune femme s'est mise à lui parler des problèmes scolaires de son fùs. Elle ne lui a pas répondu, elle a fait semblant de s'intéresser aux câbles qui parcouraient le tu

– Il se sauve de l'école.

Elle lui disait qu'il déchirait ses livres, ses cahiers, et qu'il n'avait pas de père pour le secouer. Afin de se soustraire à son bavardage, elle est descendue à la station suivante.

Elle a monté un escalier en béton, puis elle a pris un escalator. Elle a débouché sur une place embouteillée, aux trottoirs étroits comme des sentiers. Tout autour il y avait des boulevards et des avenues coupés par des rues où elle aurait pu se promener en attendant que la journée aille de l'avant et que le soir vie

Elle aurait regardé la salle, ses yeux n'auraient rien capté qui la concerne. Elle se serait forcée à éprouver un certain plaisir dans la contemplation des verres alignés et brillants derrière le comptoir, et de la porte des toilettes dont la plaque de cuivre aurait des reflets dorés à la lumière des plafo

Elle quitterait le bar. Elle traverserait la rue en regardant fixement une voiture qui aurait l'air de vouloir l'écraser et qui s'y refuserait au dernier moment. Elle achèterait des mandarines, elle les mangerait en regardant la vitrine d'une boutique de mode. Elle entrerait à l'intérieur, elle se proposerait comme vendeuse. Une femme l'examinerait, puis elle lui diràit qu'elle n'avait besoin de perso

– Je peux passer chez moi m'arranger.

– Non, je vous assure.

De toute façon, elle n'avait pas envie de travailler. Elle préférait encore marcher sans fin, cette forme nonchalante de suicide lui convenait. Elle arpenterait les rues jusqu'à midi, elle mangerait debout au comptoir d'une cahute à frites. Un homme voudrait payer à sa place, il habiterait à côté dans un immeuble qu'elle pourrait apercevoir en tournant la tête. Il lui proposerait de l'installer dans une chambre indépendante, elle assurerait simplement quelques heures de couture et de repassage. Si elle en éprouvait le désir elle pourrait coucher avec son fils, un garçon timide et cloué à son lit. Dans ce cas, il la dispenserait de toute autre activité et il la rétribuerait. Elle refuserait son offre, il lui renverserait du café sur ses vêtements.

Elle s'en irait, un rire nerveux do

Durant leur vie, ils auraient ensemble près de trente mille coïts au cours desquels ils trouveraient toujours une pensée ou une sensation qui les distrairaient de l'e

L'a

Elle aurait tout juste quarante ans quand ils adopteraient le bébé de leur gardie

A quatre-vingt-cinq ans elle se baladerait encore dans les rues, et elle essaierait de se perdre par lassitude d'une existence qui lui semblerait de plus en plus lente et longue. Quand elle serait devenue impotente, elle fixerait le plafond de toutes ses forces pour voir le ciel à travers. Son cerveau ne percevrait que la peinture blanche et une lézarde à peine visible.