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– Te gêne pas, m’ami, lui disait-elle, te gêne pas, mange de tout. Ça nous coûte assez cher pour que nous nous régalions.

Cette parole pleine de sagesse eut son effet sur l’assemblée, et bientôt un formidable bruit de mâchoires et de rires circula autour de la table, où la corbeille au pain était surtout très demandée. Seule, la tribu Bélisaire déto

– Je vous demande bien pardon, bo

Elle avait mis sa plus belle robe, heureuse de s’habiller, car les occasions de toilette lui manquaient depuis un mois qu’elle vivait avec son fils. Elle produisit un effet extraordinaire. La façon dont elle s’assit à côté de Bélisaire, dont elle mit ses gants dans son verre, dont elle fit signe à un des garçons d’approcher pour lui do

– Vous êtes ici, vous, maintenant?… Voyons! qu’est-ce que vous allez me do

Elle riait haut, levait ses bras nus sous la manche ouverte pour avoir les mains plus blanches, secouait ses bracelets en se regardant dans la glace en face d’elle, envoyait du bout des doigts un bonjour à son fils. Ensuite elle demandait un tabouret, de l’eau de Seltz, de la glace, comme quelqu’un qui sait à fond les ressources du restaurant. Pendant qu’elle parlait, un silence profond régnait autour de la table ainsi qu’au début du repas. À part les jeunes Bélisaire absorbés dans la contemplation des bracelets d’Ida que leurs regards luisants essayaient comme des pierres de touche, chacun avait retrouvé cet embarras de parler, de se mouvoir, causé d’abord par les garçons. Jack, lui non plus, n’était pas disposé à animer la fête. Toutes ces cérémonies de mariage le faisaient rêver d’amour et d’avenir, et ce qui l’entourait ne l’intéressait guère.

– Ah çà, mais ce n’est pas gai ici!… dit tout à coup Ida de Barancy, quand elle eut bien joui de son facile triomphe… Allons! mon petit Bel, un peu d’entrain, que diable! D’abord, attendez donc…

Elle se leva, prit son assiette d’une main, son verre de l’autre: «Je demande à changer de place avec madame Bélisaire… Je suis sûre que son mari ne s’en plaindra pas.»

Ce fut fait avec tant de grâce, de condescendance, cette proposition remplit Bélisaire d’une joie si complète, le petit Weber poussa de tels hurlements quand sa mère l’enleva de la chaise qu’il occupait, que l’atmosphère de gêne où les convives agitaient leurs fourchettes bruyamment se dispersa à tout jamais et que le repas devint un véritable repas de noces. Chacun mangea ou plutôt se figura manger. Les garçons firent je ne sais combien de fois le tour de la table, exécutant des prodiges de prestidigitation, servant vingt perso

Ensuite, ce fut le tour des chansons. Le Camarade se leva le premier, commanda le silence d’un regard, et, la main sur son cœur, ento

Enfants de Dieu, créateur de la terre,

Accomplissons chacun notre métier…

Scélérat de Camarade! Il avait bien compris ce qu’il fallait chanter pour séduire le courageux ménage dans lequel il venait d’entrer. Mais afin de ne pas laisser l’assemblée sous une impression aussi grave, tout de suite après Le travail plaît à Dieu, il entreprit quelque chose de plus gai:

À Charo

Boire un p’tit coup chez Savard…