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Et l’on massacre les beaux lieutenants endormis.

V

À Juby, aujourd’hui, Kemal et son frère Mouyane m’ont invité, et je bois le thé sous leur tente. Mouyane me regarde en silence, et conserve, le voile bleu tiré sur les lèvres, une réserve sauvage. Kemal seul me parle et fait les ho

«Ma tente, mes chameaux, mes femmes, mes esclaves sont à toi.»

Mouyane, toujours sans me quitter des yeux, se penche vers son frère, prononce quelques mots, puis il rentre dans son silence.

«Que dit-il?

– Il dit: «Bo

Ce capitaine Bo

Mouyane me regarde plus durement et parle encore.

«Que dit-il?

– Il dit: «Nous partirons demain en rezzou contre Bo

J’avais bien deviné quelque chose. Ces chameaux que l’on mène au puits depuis trois jours, ces palabres, cette ferveur. Il semble que l’on grée un voilier invisible. Et le vent du large, qui l’emportera, déjà circule. À cause de Bo

Il est somptueux de posséder au monde un si bel e

«Bo

Je sais maintenant leur secret. Comme ces hommes qui désirent une femme, rêvent à son pas indifférent de promenade, et se tournent et se retournent toute la nuit, blessés, brûlés, par la promenade indifférente qu’elle poursuit dans leur songe, le pas lointain de Bo

Mouyane médite, toujours immobile dans le fond de la tente, comme un bas-relief de granit bleu. Ses yeux seuls brillent, et son poignard d’argent qui n’est plus un jouet. Qu’il a changé depuis qu’il a rallié le rezzou! Il sent, comme jamais, sa propre noblesse, et m’écrase de son mépris; car il va monter vers Bo

Une fois encore il se penche vers son frère, parle tout bas, et me regarde.

«Que dit-il?

– Il dit qu’il tirera sur toi s’il te rencontre loin du fort.

– Pourquoi?

– Il dit «Tu as des avions et la T.S.F., tu as Bo

Mouyane immobile dans ses voiles bleus, aux plis de statue, me juge.

«Il dit: «Tu manges de la salade comme les chèvres, et du porc comme les porcs. Tes femmes sans pudeur montrent leur visage»: il en a vu. Il dit: «Tu ne pries jamais.» Il dit: «À quoi te servent tes avions, ta T. S. F., ton Bo

Et j’admire ce Maure qui ne défend pas sa liberté, car dans le désert on est toujours libre, qui ne défend pas de trésors visibles, car le désert est nu, mais qui défend un royaume secret. Dans le silence des vagues de sable, Bo

Lorsque Bo

«Pourquoi s’en va-t-il, ton Bo

– Je ne sais pas…»

Il a joué sa vie contre la leur, et pendant des a

«Ton Bo

– Je ne sais pas.»

Il reviendra, pensent les Maures. Les jeux d’Europe ne pourront plus le contenter, ni les bridges de garnison, ni l’avancement, ni les femmes. Il reviendra, hanté par sa noblesse perdue, là où chaque pas fait battre le cœur, comme un pas vers l’amour. Il aura cru ne vivre ici qu’une aventure, et retrouver là-bas l’essentiel, mais il découvrira avec dégoût que les seules richesses véritables il les a possédées ici, dans le désert: ce prestige du sable, la nuit, ce silence, cette patrie de vent et d’étoiles. Et si Bo