Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 16 из 35

IV

Nous étions là-bas en contact avec les Maures insoumis. Ils émergeaient du fond des territoires interdits, ces territoires que nous franchissions dans nos vols; ils se hasardaient aux fortins de Juby ou de Cisneros pour y faire l’achat de pains de sucre ou de thé, puis ils se renfonçaient dans leur mystère. Et nous tentions, à leur passage, d’apprivoiser quelques-uns d’entre eux.

Quand il s’agissait de chefs influents, nous les chargions parfois à bord, d’accord avec la direction des lignes, afin de leur montrer le monde. Il s’agissait d’éteindre leur orgueil, car c’était par mépris, plus encore que par haine, qu’ils assassinaient les priso

Nous les promenions donc, et il se fit que trois d’entre eux visitèrent ainsi cette France inco

Quand je les retrouvai sous leurs tentes, ils célébraient les music-halls, où les femmes nues dansent parmi les fleurs. Voici des hommes qui n’avaient jamais vu un arbre ni une fontaine, ni une rose, qui co

«Tu sais… le Dieu des Français… Il est plus généreux pour les Français que le Dieu des Maures pour les Maures!»

Quelques semaines auparavant, on les promenait en Savoie. Leur guide les a conduits en face d’une lourde cascade, une sorte de colo

«Goûtez» leur a-t-il dit.

Et c’était de l’eau douce. L’eau! Combien faut-il de jours de marche, ici, pour atteindre le puits le plus proche et, si on le trouve, combien d’heures, pour creuser le sable dont il est rempli, jusqu’à une boue mêlée d’urine de chameau! L’eau! À Cap Juby, à Cisneros, à Port-Étie

«Do

– Si tu es sage.»

L’eau qui vaut son poids d’or, l’eau dont la moindre goutte tire du sable l’étincelle verte d’un brin d’herbe. S’il a plu quelque part, un grand exode anime le Sahara. Les tribus montent vers l’herbe qui poussera trois cents kilomètres plus loin… Et cette eau, si avare, dont il n’était pas tombé une goutte à Port-Étie

«Repartons», leur disait leur guide.

Mais ils ne bougeaient pas:

«Laisse-nous encore…»

Ils se taisaient, ils assistaient graves, muets, à ce déroulement d’un mystère sole

Le débit d’une seconde eût ressuscité des caravanes entières, qui, ivres de soif, s’étaient enfoncées, à jamais, dans l’infini des lacs de sel et des mirages. Dieu, ici, se manifestait: on ne pouvait pas lui tourner le dos. Dieu ouvrait ses écluses et montrait sa puissance: les trois Maures demeuraient immobiles.

«Que verrez-vous de plus? Venez…

– Il faut attendre.

– Attendre quoi?

– La fin.» Ils voulaient attendre l’heure où Dieu se fatiguerait de sa folie. Il se repent vite, il est avare.

«Mais cette eau coule depuis mille ans!…»

Aussi, ce soir, n’insistent-ils pas sur la cascade. Il vaut mieux taire certains miracles. Il vaut même mieux n’y pas trop songer, sinon l’on ne comprend plus rien. Sinon, l’on doute de Dieu…

«Le Dieu des Français, vois-tu…»

Mais je les co

Mais ils sont tous trois du sang d’El Mammoun, émir des Trarza. (Je crois faire erreur sur son nom.)

J’ai co

On nomme trahisons ces révoltes soudaines, ces fuites, à la fois héroïques et désespérées, d’un chef désormais proscrit dans le désert, cette courte gloire qui s’éteindra bientôt, comme une fusée, sur le barrage du peloton mobile d’Atar. Et l’on s’éto

Et cependant l’histoire d’El Mammoun fut celle de beaucoup d’autres Arabes. Il vieillissait. Lorsque l’on vieillit, on médite. Ainsi découvrit-il un soir qu’il avait trahi le Dieu de l’islam et qu’il avait sali sa main en scellant, dans la main des chrétiens, un échange où il perdait tout.

Et, en effet, qu’importaient pour lui l’orge et la paix? Guerrier déchu et devenu pasteur, voilà qu’il se souvient d’avoir habité un Sahara où chaque pli du sable était riche des menaces qu’il dissimulait, où le campement, avancé dans la nuit, détachait à sa pointe des veilleurs, où les nouvelles qui racontaient les mouvements des e

Voici qu’aujourd’hui il erre sans gloire dans une étendue pacifiée vidée de tout prestige. Aujourd’hui seulement le Sahara est un désert.

Les officiers qu’il assassinera, peut-être les vénérait-il. Mais l’amour d’Allah passe d’abord.

«Bo

– Que Dieu te protège!»

Les officiers se roulent dans leurs couvertures, allongés sur le sable, comme sur un radeau, face aux astres. Voici toutes les étoiles qui tournent lentement, un ciel entier qui marque l’heure. Voici la lune qui penche vers les sables, ramenée au néant, par Sa Sagesse. Les chrétiens bientôt vont s’endormir. Encore quelques minutes et les étoiles seules luiront. Alors, pour que les tribus abâtardies soient rétablies dans leur splendeur passée, alors pour que repre