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– Certainement, dit le notaire; mais, continua-t-il, ne pouvant repousser entièrement le sentiment du doute, vous changerez peut-être d’avis, et il serait prudent d’attendre.

– Vous voulez que je me soumette à un temps d’épreuve, soit, je ne demande pas mieux. Do

Le notaire s’apprêtait à faire des objections sur ce prompt départ, Fernande poursuivit:

– À Paris, on a tout ce qu’on veut et quand on le veut: do

Le notaire ne fit plus aucune objection; son valet de chambre, homme discret et intelligent, fut chargé de toutes ces commissions; puis il revint s’asseoir auprès de sa belle cliente, et la regardant avec une expression de douce pitié:

– Que s’est-il donc passé, pauvre amie? lui demanda-t-il.

– Ce qui s’est passé? reprit Fernande, ce qui devait se passer un jour ou l’autre avec le caractère que vous me co

Et de sa main blanche, aux doigts déliés, elle alla chercher la main un peu tremblante du notaire.

– Eh bien, mais, dit-elle, encouragez-moi donc dans mes bo

– Oui, reprit-il, mais je n’avais jamais cru vous la voir mettre à exécution.

– Vous étiez hier à l’Opéra? dit Fernande changeant brusquement non-seulement de sujet de conversation, mais encore de voix et de maintien; qu’y disait-on?

– On y remarquait votre absence.

– En vérité! alors que dira-t-on demain? que je suis partie pour Londres ou pour Saint-Pétersbourg? Laissez dire, mon ami, et n’oubliez pas que mon secret est confié à votre probité; laissez dire, et, si un jour vous vous e

– Fernande! Fernande! je crains bien que vous n’éprouviez de tristes déceptions.

– Que voulez-vous! en tout cas, il n’y aura pas à s’en dédire, car j’aurai quitté Paris par-devant notaire. Ah! vous souriez enfin, mon cher tabellion; vous êtes tellement mondain que je ne trouverai, je le vois, grâce de ma raison à vos yeux qu’en vous disant des folies. Qu’à cela ne tie

– Non, non, pauvre folle! s’écria le notaire les yeux pleins de larmes à la vue de cette gaieté factice; non: vous vous agitez vainement, je devine ce que vous ne voulez pas dire. Il y a quelque passion bien profonde et bien malheureuse sous votre sourire; quelque infidélité d’un homme que vous aimez, quelque rupture, n’est-il pas vrai? Avouez-moi cela; voyons, je vous en supplie. Vous savez combien je vous suis dévoué; mes conseils viendront du cœur. Ce ton dégagé, ce langage frivole vous sont d’ordinaire si étrangers, qu’ils vous trahissent en ce moment. Vous voulez déguiser quelque chagrin qui vous ronge le cœur, vous essayez de vous punir des perfidies d’un amant. Parlez, parlez, je vous en prie au nom de notre ancie

– La vérité, répondit Fernande avec cette candeur grave et gracieuse qui n’appartenait qu’à elle: dans toutes les circonstances importantes de ma vie, je vous l’ai dite sans déguisement comme sans effort. Aujourd’hui, je vous la dirais tout entière encore si mon secret était à moi seule, quoique cette confidence dût être inutile au point de vue où vous l’envisagez, car que pourrait toute votre expérience sur cette matière impalpable qu’on appelle le passé? Croyez-moi, mon ami, je suis sincère, d’ailleurs, je n’aurais aucun intérêt à ne l’être pas avec vous; je pars libre, je pars sans y être forcée; je pars repoussée hors de Paris par le dégoût du passé, entraînée par l’espérance de l’avenir. La bo

– Il le faut bien, puisque vous ne voulez pas me dire autre chose.

– Eh bien, me refuserez-vous encore à déjeuner?

Le notaire so

Fernande fut charmante pendant ce dernier repas. On eût dit que, par une i

À neuf heures, on entendit la voiture entrer dans la cour: un instant après, le valet de chambre parut avec l’or demandé. Tout était prêt, Fernande se leva en souriant.

Le notaire ne pouvait croire encore que tout cela ne fût pas une espèce de songe qui allait s’évanouir.

– Et seule, seule pour un si long voyage! dit-il en voyant Fernande prendre sa mante et son chapeau.

– C’est un nouveau monde que je cherche, dit Fernande; si je le découvre, rien ne doit m’y rappeler le vieux monde que je quitte. Je ne veux humilier perso

Puis, avec une grâce charmante:

– Allons, dit-elle, comme c’est la dernière fois que nous nous voyons peut être, cela vaut bien la peine que vous me reconduisiez jusqu’en bas.

Le notaire conduisit Fernande jusqu’à la voiture.

– Vraiment, lui dit-il, si les voisins n’étaient pas aux fenêtres pour nous regarder, je me mettrais à genoux pour baiser le bas de votre robe, tant vous êtes une femme charmante, et tant je suis sûr qu’il y a quelque grand dévouement caché sous votre simplicité.