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Enfin Fernande rompit la première le silence.
– Me voici, dit-elle. Vous m’avez fait demander, Maurice; mais c’était inutile, et je serais venue sans cela.
– Vous avez donc compris le besoin que j’avais de vous voir et de vous parler. Oh! merci, merci! s’écria Maurice.
– C’est que ce même besoin était en moi, mon ami, répondit Fernande; car j’avais bien des choses à entendre sans doute, mais aussi bien des choses à vous dire.
– Eh bien, alors, parlons. Nous sommes seuls, enfin, Fernande: il n’y a plus de regards indiscrets qui nous épient, plus d’oreilles avides qui nous écoutent. Vous avez bien des choses à entendre, dites-vous; moi, je n’en ai qu’une à vous dire. Vous n’avez plus voulu me voir; moi, je n’ai plus voulu vivre. Vous avez consenti à revenir à moi: que la vie soit la bienvenue, puisqu’elle revient avec vous. Merci, Fernande; car voilà un moment qui me fait oublier tout ce que j’ai souffert.
– Vous avez bien souffert, oui, je n’en doute pas, Maurice; car, malheureusement, votre faiblesse m’en do
– Oh! mon Dieu! mon Dieu! s’écria le malade dans une pieuse exaltation, avez-vous enfin pris pitié de nous, et serions-nous donc au bout de nos douleurs?
– Oui, Maurice, je l’espère, dit Fernande avec un sourire triste et en levant son beau et limpide regard vers le ciel où Maurice venait de lever les mains.
– Fernande, dit Maurice, vous dites cela d’un ton qui m’effraye. Pendant notre séparation, il est survenu en vous quelque chose d’étrange et d’inco
– Voulez-vous que je vous le dise, ce qui est survenu en moi que vous ne comprenez pas?
– Oh! oui, dites.
– Eh bien, c’est que votre mère, Maurice, m’a pris les deux mains comme elle eût fait à sa fille; c’est que votre femme m’a embrassée comme elle eût fait à sa sœur.
Maurice frisso
– C’est, continua Fernande, que j’ai été reçue dans ce château comme quelqu’un qui aurait eu droit de s’y présenter; c’est que, élevée, agrandie, purifiée, j’ai compris ce que je devais à votre mère, à votre femme, à l’hospitalité.
– Mon Dieu! Mon Dieu! que me dites-vous là, Fernande? s’écria Maurice en se soulevant sur son lit, et où voulez-vous donc en venir?
– Votre exclamation me prouve que vous m’avez comprise; du courage, Maurice, soyez homme.
– Oh! mon Dieu! mon Dieu! s’écria une seconde fois Maurice en se tordant les bras.
– Maurice! Maurice! dit Fernande, n’agissez point ainsi, car ce que vous faites est d’un insensé. Calmez-vous, je vous en supplie. Vous êtes faible encore, ce matin vous étiez mourant. Maurice, votre vie est toujours en danger; la nuit est froide. Si vous voulez que je reste près de vous, il faut non-seulement m’écouter, mais encore il faut m’obéir. Le corps a ses lois indépendantes des émotions de l’âme. Maurice, vos bras sont nus, votre poitrine est exposée à l’air. Laissez-moi vous soigner comme si j’étais votre femme, comme si j’étais votre mère. Maurice, je vous en prie en leur nom, c’est par leur volonté que je suis ici; Fernande doit donc, tant qu’elle restera dans ce château, n’être que leur représentant; c’est dans leur intérêt que je vous parle, c’est dans leur intérêt que j’agis. Maurice, vous devez aimer ceux qui vous aiment, et surtout les aimer comme ils vous aiment.
Maurice se tut. Il était dompté par la douceur de cette femme qui venait de substituer à l’exaltation de l’amour les plus tendres soins de l’amitié, et qui imitait, au lieu de l’ardente passion dont il lui do
Et pendant ce temps, Maurice, sans force pour combattre la froideur de Fernande, qui se présentait à lui sous cet affectueux aspect, Maurice se laissait aller au charme de ces sensations. Il en résultait un bien-être si suave, si pur, et en même temps si réel pour le corps et l’esprit, pour le cœur et pour l’âme, que la vie revenant à flots ranimer les facultés abattues, semblait leur rendre tout à coup cette intelligence supérieure, cette délicatesse exquise du sentiment qui maintient l’âme dans une de ces sphères élevées qui semblent flottantes au-dessus de la terre.
– Vous le voyez, Fernande, dit le malade appuyé maintenant sur son coude et fixant ses yeux sur elle avec un regard humide d’attendrissement et un soupir de bonheur, vous le voyez, j’obéis comme un pauvre enfant sans force et sans volonté. Oh! mon Dieu! quelle femme ou plutôt quel ange êtes-vous donc? de quelle étoile êtes-vous tombée, et quelle faute commise par un autre sans doute, venez-vous, esprit de dévouement, expier dans notre monde, qui ne vous co
Fernande sourit.
– Allons, dit-elle, le docteur se trompe en parlant de votre convalescence; il y a encore du délire. Maurice, revenez à vous et regardez les choses de ce monde sous leur véritable aspect.
– Oh! non, non, dit Maurice, et je suis en pleine réalité, Fernande. L’aspect sous lequel j’envisage les choses est bien leur véritable aspect. Depuis que je vous aime, c’est votre volonté seule qui a réglé mes actions. Vous m’avez ba
– Ah! Maurice, répondit Fernande en secouant la tête, pour combien d’a
Et en effet, comme pour venir à l’appui de ce que disait Maurice, une teinte rosée se répandait sur les joues du jeune homme, ses lèvres se coloraient doucement. Ses yeux brillaient non plus de cette flamme sèche, lueur de fièvre, mais de ce doux reflet de la pensée qui se repose, de cet éclat intelligent, rendu plus vif encore par les larmes du bonheur.