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Les deux jeunes gens jetèrent leurs cigares.
– Croyez, madame, dit Fabien, que, si nous avions su que vous aviez quelque chose à nous dire, nous nous serions empressés d’aller au-devant de vous.
– J’avais à vous dire, messieurs, que vous aviez fait un charmant cadeau en amenant à madame de Barthèle et à Clotilde la respectable perso
– Comment cela, madame? demanda Léon de Vaux; expliquez-vous, je vous prie.
– Ah! oui, faites semblant de ne pas comprendre; essayez de me faire accroire que vous ne saviez pas ce que c’était que votre prétendue madame Ducoudray.
Les deux jeunes gens se regardèrent.
– Eh bien! qu’y a-t-il d’éto
– Ce serait une grande injustice, madame, dit Léon de Vaux parvenant enfin à glisser une phrase entre le torrent de paroles qui tombaient de la bouche de la prude indignée, – car c’est madame de Barthèle elle-même qui nous a priés de lui présenter Fernande.
– Madame de Barthèle? Ah! je reco
– Madame Maurice de Barthèle sait tout, dit Fabien.
– Comment! elle sait que son mari a aimé cette créature?
– Parfaitement.
– Et elle a permis qu’elle entrât dans la chambre de Maurice!
– C’est elle-même qui l’a conduite au pied de son lit.
– Oh! par exemple, s’écria madame de Neuilly, voilà qui passe toute croyance; cela ne m’éto
– Oui, dit en riant Léon de Vaux, mais il faut rendre au digne pair de France cette justice, qu’il ignorait parfaitement qu’il dût trouver ici mademoiselle de Mormant; sans cela, je suis bien convaincu qu’il se serait gardé de quitter Paris.
– Je le crois bien; on ne se soucie pas de coudoyer de pareilles femmes, et moi qui l’ai embrassée, mon Dieu, moi qui l’ai tutoyée, moi qui ai couru après elle toute la journée; voilà ce que c’est que d’être trop bo
Les deux jeunes gens échangèrent un sourire.
– Et d’après ce que vous nous dites là, madame, répondit Fabien, nous ne faisons pas de doute que nous ne soyons bientôt privés de votre aimable compagnie; car, sans doute, vous ne voudrez plus vous trouver dans la même chambre que votre ancie
– Sans doute, c’est ce que je devrais faire, reprit la veuve de son ton le plus aigre; sans doute madame de Barthèle et Clotilde mériteraient que je leur do
– Mais, sans doute, comme elle l’a fait jusqu’à présent, avec beaucoup de modestie et de dignité à la fois, reprit Léon, car elle ignorera que vous savez son secret, à moins que vous ne le lui disiez ou que quelqu’un ne le lui dise pour vous.
– Et c’est ce que je ne manquerai pas de faire pour mon compte, si elle a l’audace de venir m’adresser la parole; mais au reste, maintenant je suis au courant de tout, ou à peu près, car il y a peut-être encore d’autres choses que j’ignore, je suis curieuse de voir la figure que chacun fera autour du lit de notre malade, et Maurice tout le premier. Ah! mais, j’y pense, s’écria madame de Neuilly, si Maurice aime cette femme, Maurice n’aime donc pas Clotilde!
Et un rayon de joie hideuse illumina le visage de madame de Neuilly. Cette seule pensée avait calmé le grand courroux de la veuve, et une sensation indéfinissable de bien-être se répandait dans toute sa perso
Arrivée au perron, elle s’arrêta.
– Messieurs, dit-elle, une idée.
– Laquelle?
– Répondez-moi franchement.
– Parlez d’abord.
– M. de Montgiroux a-t-il vu aujourd’hui la prétendue madame Ducoudray pour la première fois?
Les deux jeunes gens se regardèrent, admirant l’instinct diabolique de cette femme.
– Je n’oserais en répondre, dit en souriant Léon de Vaux.
– Et moi je suis sûre qu’ils se co
Et, emportée par sa méchante nature, la veuve, à une idée qui se présenta à son esprit, éclata de rire.
– Charmant! répéta Fabien.
– Je veux dire affreux, reprit madame de Neuilly d’un air grave; affreux, c’est le mot, car…
– Car…? reprit Fabien.
– Rien, rien, répondit la veuve. Vous avez raison, messieurs, il faut garder le silence, et laisser aller les choses où elles vont. Ce que Dieu fait est bien fait.
Et, avec un sourire d’indicible méchanceté, la veuve s’élança dans les escaliers, ayant hâte de se retrouver en face de toutes ces perso