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» Hélas! c’était pour soutenir ce luxe, que le marquis de Mormant avait vendu l’héritage de ses pères, et en cela tout le monde lui do

» Ce fut dans cette pension que commencèrent, sinon mes premières douleurs, du moins mes premières hontes: là, plus de parents, par conséquent plus de refuge, déjà des distinctions, déjà des préférences en faveur de la toute-puissance de l’or; là, je fus initiée peu à peu par le babil de mes compagnes à cette triste science du monde qui resserre les limites de la volonté, qui apprend à modérer ses désirs, qui marque à chacune, à côté de la place que lui a faite la naissance, la place que la fortune lui a faite. Des filles de banquiers, de notaires, d’avoués, qui avaient un comptoir ou une étude en dot, s’y délectaient, à dix ans, de l’avenir doré qui les attendait. Moi seule je ne pouvais parler ni du passé ni de l’avenir: le passé, c’était le vieux château de Bretagne qui ne nous appartenait plus; l’avenir, c’était une campagne que l’on a

» Mon père partit; je reçus deux lettres de lui, une de Bayo

» Seulement, je m’aperçus qu’à partir d’un certain moment, maîtres et maîtresses changèrent à mon égard; la pitié sembla succéder au devoir. On me regardait avec commisération, et l’on murmurait:

» – Pauvre enfant!

» Un jour, une de mes compagnes s’approcha de moi, et me dit:

» – Tu ne sais pas, Fernande? ton papa est mort.

» Dès lors tout me fut expliqué. On ignorait si mon père avait laissé quelque fortune, et si ma pension serait payée; en attendant, on me traitait déjà comme si j’étais à la charge de la communauté. Il ne faut jamais être en retard de mauvais procédés envers les malheureux.

» Mon père, blessé à mort devant Cadix, avait eu le temps d’écrire un testament; dans ce testament, il me do

» Une a

» J’avais pleuré le jour où j’avais appris la mort de mon père, mais bientôt mes larmes s’étaient taries: le coup qui m’avait frappée avait comme assourdi toutes mes facultés, et, pendant quelque temps, j’étais restée dans un état voisin de l’idiotisme. En face d’un homme qui me parlait de mon père, qui me racontait les détails de sa mort, mes larmes revinrent, je pleurai de nouveau. Cependant la voix de cet homme n’arrivait pas à mon cœur, et mon regard, avec un sentiment de crainte profonde, se baissait sous le sien.

» Le comte de C… était un homme de quarante à quarante-cinq ans à peu près; ses manières a

» Il me regarda longtemps sans que la vue de ma jeunesse et de mes larmes changeât en rien l’expression de ses traits; enfin, prenant mes deux mains dans les sie

» – Mon enfant, dit-il, vous ne retournerez plus à votre pension; Son Altesse monseigneur le duc d’Angoulême vient d’ordo

» Je fis une révérence profonde, puis une seconde fois mes larmes se tarirent dans mes yeux. Le comte m’a

» Deux heures après, la surintendante des filles de la Légion-d ’Ho

Fernande poussa un soupir, baissa la tête et garda un moment le silence, comme si elle avait besoin de reprendre de nouvelles forces pour continuer son récit.

CHAPITRE XVI

– C’est un temps si doux et si charmant que celui de la jeunesse, reprit Fernande en sortant tout à coup du rêve de ses souvenirs, qu’il n’est jamais inutile, dans quelque situation de la vie que l’on se trouve, d’y retremper son âme. À Saint-Denis, j’étais heureuse et fière d’être aimée, de partager les illusions des autres, de conserver leurs espérances, de recevoir mes impressions d’après les leurs; mais par ce contrecoup, le sentiment de mon infortune m’intimidait: forcée de me faire une famille par les relations de l’amitié, je devais nécessairement avoir plus de qualités ou de défauts que mes compagnes, jeunes filles caressées par de riantes promesses, et qu’attendaient au seuil de cette maison les réalités d’une existence, sinon exempte de trouble, du moins préparée avec prudence par les soins et la tendresse de leurs parents. Ma nature me soutint heureusement dans mes bo

» Quand l’empereur fonda l’établissement des filles de la Légion-d ’Ho

» – Si tu es brave, tu auras la croix; alors, pauvre ou riche, général ou soldat, tu pourras mourir tranquille, car tes enfants auront un père.