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Et ce fut alors Clotilde qui saisit la main de Fernande, et qui l’entraîna vers l’aile du château opposée à celle où se trouvaient madame de Neuilly, madame de Barthèle et M. de Montgiroux.
Elles entrèrent dans une espèce de boudoir faiblement éclairé par une lampe d’albâtre. Clotilde ferma la porte pour que nul ne vint interrompre la confidence qu’elle allait recevoir, et, revenant s’asseoir près de Fernande:
– Parlez, dit-elle, j’écoute.
CHAPITRE XV
Il y eut un moment de silence, pendant lequel Fernande demeura immobile et le front baissé; enfin, comme si elle eût pris sur elle-même de commencer la pénible confidence qu’elle avait demandé à faire, elle releva la tête.
– Ne croyez pas, madame, dit-elle, que je veuille faire excuser ma conduite en me parant de qualités que je n’ai pas, ou en inventant des périls que je n’ai point courus, dit Fernande. Non, perso
» Ce que je sais de ma famille par les femmes qui soignèrent mon enfance, c’est une transmission vague et incertaine concernant mon père et ma mère, transmission qui devient pieuse et authentique à mesure qu’on remonte dans le passé. Depuis l’échafaud révolutio
» Je vous dirai donc mes souvenirs tels que je les retrouverai dans ma mémoire.
» Resté seul de sa famille en 93, protégé qu’il était sans doute par sa jeunesse, mon père dut vivre obscur et céder au gouvernement de son époque. La Bretagne tranquille, il prit les armes pour servir la France, et lorsque les princes de la maison de Bourbon vinrent en 1814 relever l’espoir des ancie
» Ce retour des Bourbons, cet accueil inespéré, qui promettaient à mon père un prompt avancement, et par conséquent un brillant avenir, ne lui firent point oublier les promesses qu’il avait faites avant la campagne de 1814. Il demanda un congé, revint en Bretagne, et retrouva la jeune fille noble et pauvre à laquelle lui-même, il avait, un an auparavant, engagé sa foi. Pendant quelques jours, le vieux château se ranima donc aux fêtes du mariage. La gloire militaire de l’Empire ajoutait un nouvel éclat aux vestiges de la vieille monarchie; le cœur féodal s’enorgueillissait de supporter les croix do
» Mon père conduisit sa femme à la cour. On lui fit un gracieux accueil; madame la Dauphine l’attacha à sa perso
» Un jour, la nouvelle du débarquement de Napoléon au golfe Juan retentit par toute la France. Mon père accourut à l’instant même à Paris et se mit aux ordres du roi. On sait comment l’élan général du pays combattit le dévouement de quelques fidèles serviteurs. Le 16 mars, mon père fit partir la marquise pour la Bretagne, et, le 19, il partit lui-même, accompagnant son roi exilé.
» Trois mois après, mon père rentra en France, mais ma mère était morte en me mettant au monde, et il ne trouva plus que sa tombe et mon berceau…
– Hélas! dit Clotilde en interrompant Fernande; il existe entre nos malheurs, madame, une triste conformité. Comme vous, je suis orpheline, comme vous, je perdis ma mère à la même époque et dans des circonstances semblables.
– Oui; mais vos malheurs s’arrêtent là, madame reprit Fernande en interrompant à son tour Clotilde; la richesse et les soins d’une famille empressée autour de l’orpheline les ont réparés. Voilà où la similitude cesse entre vous et moi, heureusement pour vous.
» La douleur éloigna bientôt mon père d’une maison attristée par la mort. Seule j’y restai comme un gage d’espérance; mon père était revenu demander à Paris les distractions d’une grande ville, les agitations de la vie politique, les luttes de la faveur. Jeune encore, ayant de beaux souvenirs dans l’armée, mon père jouit alors de toutes les prérogatives que l’époque accordait aux rejetons des vieilles familles illustrées par une gloire récente, aux vieux noms rajeunis par la victoire. Il n’y avait plus de guerre, le guerrier se fit courtisan, joua son rôle dans l’histoire de la Restauration, alla représenter son roi dans les cours étrangères, lutta de finesse ne pouvant plus lutter de courage, et se fit une réputation dans la diplomatie comme il s’en était fait une dans les armes; et moi, pauvre enfant dont lui seul co