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Clotilde, occupée à faire signe aux domestiques d’apporter le café, était encore debout. Elle se retourna et vit la place qui lui était réservée. Fernande s’était déjà aperçue de cette étrange disposition, et, pâle et tremblante, elle était prête à se lever et à prier l’un de ces messieurs de changer de place avec elle; mais elle comprenait que c’était chose impossible. Clotilde s’aperçut de son embarras, et s’empressa de l’en tirer en venant s’asseoir près d’elle.
Maurice vit donc en face de lui, côte à côte et se touchant, Clotilde et Fernande. Rapprochées ainsi, il était impossible que les deux jeunes femmes échappassent à la nécessité de s’occuper l’une de l’autre; leur embarras réciproque fut remarqué de Maurice, et son œil éto
– Elle ici! Fernande à Fontenay! Fernande accueillie par Clotilde et par ma mère! se disait-il; Fernande sous le nom de madame Ducoudray; Fernande amie de madame de Neuilly, sa compagne de pension à Saint-Denis et passant pour une somnambule! A-t-elle donc su que je voulais mourir? a-t-elle donc voulu me ranimer sous l’influence de sa pitié? et, pour arriver jusqu’à moi, a-t-elle eu recours à l’adresse? Qu’y a-t-il de vrai, qu’y a-t-il de faux dans tout cela? Où est le mensonge, où est la réalité? Pourquoi ce nom qu’on lui do
Évidemment le malade était en voie de guérison, puisqu’il en était venu à soumettre sa pensée, tout incertaine qu’elle était, aux lois de la logique. Le docteur admirait ces ressources inouïes de la jeunesse, qui font qu’il y a un âge de la vie où la science ne doit s’éto
Et cependant, une de ces conversations si étrangère à la vie du cœur allait flottant d’un groupe à l’autre, renvoyée par un mot, relevée par une plaisanterie, et ramenée, lorsqu’elle était prête à mourir, par une de ces oiseuses questions qui fournissent le texte insaisissable de cet éternel jargon du monde.
Au milieu de ce babillage frivole en apparence, il y avait quelques paroles que Maurice semblait vouloir absorber du regard, ne pouvant pas les saisir avec l’oreille. C’étaient celles qu’échangeaient entre elles les deux jeunes femmes, les deux rivales, Fernande et Clotilde; Clotilde, contrainte d’être polie et gracieuse; Fernande, forcée de répondre aux prévenances de Clotilde; l’épouse détaillant malgré elle tous les avantages de la courtisane, et, à mesure qu’elle reco
– Mon Dieu! madame, dit Clotilde, rompant la première le silence, mais parlant cependant assez bas pour que perso
– Madame, interrompit Fernande, je n’avais pas le droit d’empêcher madame de Neuilly de commettre une indiscrétion. Elle était loin de se douter, j’en suis certaine, qu’elle pouvait m’attrister en révélant le nom de mon père. Seulement, je regrette que l’arrivée d’une ancie
– Permettez-moi de ne pas être de votre avis, madame. L’éducation et la naissance sont des qualités indélébiles qui emportent avec elles leurs privilèges.
– Je suis madame Ducoudray, et pas autre chose, répondit vivement la courtisane, et encore, croyez-le bien, parce que je ne puis pas être tout simplement Fernande. Aucun des événements passés et à venir de cette journée ne me fera oublier, madame, le rôle que m’ont destiné, en me conduisant chez vous, les amis de votre mari; et ce rôle, soyez-en certaine, je le remplirai de mon mieux.
– Et ni moi non plus, madame, dit Clotilde, je n’oublierai point que vous avez consenti à vous charger de ce rôle; et croyez que ma reco
– Ne me faites pas meilleure que je ne suis, madame. Si j’avais pu prévoir où l’on m’attirait et ce qu’on allait exiger de mon humilité, je ne serais pas devant vous à cette heure, croyez-le bien. C’est donc moi qui dois être reco
– Mais enfin, avouez que vous rendez, sinon le bonheur, au moins la tranquillité à notre pauvre famille. Maurice, que votre abandon avait tué, renaît à la vie.
– Je n’ai point abando
– Comment! vous pensiez qu’il était libre? vous ignoriez qu’il était marié?
– Sur mon âme; et ce que j’ai fait sans vous co
Par un mouvement involontaire et rapide comme la pensée, Clotilde saisit la main de Fernande et la pressa vivement.
– Allons donc! s’écria madame de Neuilly, qui, depuis le commencement de la conversation, sans avoir pu entendre un mot de leur entretien, n’avait pas cependant un seul instant perdu les deux jeunes femmes de vue, et jusque-là n’avait rien compris à la réserve avec laquelle Fernande accueillait les avances qu’on lui faisait; allons donc! il ne faut pas être si humble, ma chère Fernande; quand vous auriez épousé tous les Ducoudray de la terre, vous n’en seriez pas moins la fille du marquis de Mormant.