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Et, dans l’amertume du souvenir qui se présentait à la pensée de madame de Neuilly, un soupir étouffé termina sa phrase.

On ne pouvait plus éviter cette visite inquisitoriale, il fallait donc la subir. Madame de Barthèle et le comte de Montgiroux échangèrent, en conséquence, un regard, et se résignèrent à tous les inconvénients qui pouvaient résulter de la présence de la fausse madame Ducoudray, dans l’obligation où l’on allait se trouver de faire asseoir à la même table ces deux femmes de caractère et de condition si opposés; mais le comte, que sa jalousie tenait toujours, se dépitait intérieurement de trouver un nouvel obstacle à l’explication qu’il voulait avoir avec Fernande; pour madame de Barthèle, elle cherchait dans son esprit un moyen de sortir d’embarras et d’obvier à l’effet que, d’un moment à l’autre, l’apparition de la courtisane devait produire; de sorte que, sous leur sourire de bienvenue, madame de Neuilly n’eut point de peine à démêler une certaine contrainte. Elle n’en demeura que plus fermement dans l’intention où elle était de rester.

En effet, pour madame de Barthèle surtout, la position était des plus embarrassantes. Fallait-il mettre madame de Neuilly dans la confidence? fallait-il la laisser dans l’erreur, et feindre d’ignorer ce qu’était réellement la femme que les amis de Maurice avaient amenée à Fontenay, laissant ainsi peser sur les deux jeunes gens tout le poids du méfait? Si elle parlait, la prude visiteuse allait jeter les hauts cris; si elle gardait le silence, madame de Neuilly ne pouvait-elle pas découvrir le fatal secret? Elle, si répandue, si remuante, si curieuse, si au courant de toutes les intrigues, de tout ce qu’on peut savoir, de tout ce qu’on doit ignorer, ne pouvait-elle pas avoir rencontré Fernande au spectacle, au Bois, aux courses, quelque part enfin, et avoir demandé ce qu’était Fernande, la co

Mais, avant que madame de Barthèle eût trouvé un moyen de concilier les scrupules de la femme du monde avec le besoin qu’on avait de la femme perdue, Clotilde entra.

– Madame, dit-elle en s’adressant à la baro

En ce moment, Clotilde aperçut madame de Neuilly et s’arrêta court… Elle avait tout compris; il y eut un moment de silence.

On devine à quel point la curiosité de madame de Neuilly fut excitée par cette a

– Madame Ducoudray! qu’est-ce que cela, baro

Puis, songeant que ces questions avant d’avoir salué Clotilde étaient quelque peu déplacées:

– Bonjour, Clotilde, dit-elle en se tournant du côté de la jeune femme; je viens pour voir notre pauvre Maurice. Est-ce que madame Ducoudray serait près de lui, par hasard!

Ces paroles avaient été dites avec une telle volubilité, que ni le comte, ni madame de Barthèle, ni Clotilde, ni les deux jeunes gens, ne purent placer un seul mot. Ce fut donc Clotilde qui, interrogée la dernière, répondit d’abord.

– Non, madame, dit-elle; madame Ducoudray n’est point près de Maurice, elle est dans l’appartement qu’elle doit habiter.

– Qu’elle doit habiter! s’écria de nouveau madame de Neuilly; mais c’est donc un commensal que cette madame Ducoudray? ou bien a-t-elle loué une partie de votre villa? En tout cas, vous me la présenterez, je l’espère; du moment que vous la traitez en amie, je veux faire co

– Madame, se hâta de dire Fabien, qui comprenait l’embarras de madame de Barthèle et les tortures de Clotilde, madame Ducoudray a été amenée ici par M. de Vaux et par moi dans l’intérêt de la santé de Maurice.

– Dans l’intérêt de la santé de Maurice? dit madame de Neuilly, tandis que Fabien rassurait par un coup d’œil madame de Barthèle et Clotilde, inquiètes de la tournure que prenait la conversation; est-ce que madame Ducoudray est la femme de quelque homéopathe? On assure que les femmes de ces messieurs exercent la médecine de compte à demi avec leurs maris.

– Non, madame, dit Fabien; madame Ducoudray est tout bo

– Vrai? s’écria madame de Neuilly enchantée. Oh! comme c’est heureux; j’ai toujours eu le plus grand désir d’être mise en rapport avec une somnambule. M. de Neuilly, qui avait beaucoup co

Stupéfaits de la manière brusque avec laquelle un nouveau mensonge venait, en s’établissant avec l’apparence de la vérité, de compliquer encore la situation, tous les perso

– Madame, dit-il, voulez-vous bien me conduire près de la somnambule? C’est une perso

Madame de Barthèle respira, car elle comprit le projet du jeune homme.

– Oui, oui, Clotilde, dit-elle, tenez le bras de monsieur de Rieulle, et conduisez-le près de notre aimable hôtesse; j’espère que, par son influence, il la décidera à descendre déjeuner avec nous, quoiqu’il y ait un convive de plus. Allez, Clotilde, allez.

Clotilde prit en tremblant le bras de Fabien; mais, comme ils s’avançaient vers la porte du salon, cette porte s’ouvrit, et Fernande parut.

E n l’apercevant, madame de Neuilly poussa un cri d’éto