Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 31 из 91

Sortant à pied, au hasard, sans but, cachant sous un voile sa pâleur, et, par la rapidité de sa marche, dissimulant l’agitation dont elle était saisie, Fernande se trouva bientôt rue de Provence, en face de la maison de madame d’Aulnay.

Elle ne savait où aller. Elle entra.

– Eh! c’est vous, cher ange! s’écria la femme de lettres en grimaçant un sourire; à la bo

Et, tout en parlant, elle entraînait la jeune femme dans une espèce d’oratoire qui se trouvait derrière la chambre à coucher.

– J’ai… oh! j’ai, s’écria Fernande, que je suis la plus malheureuse de toutes les femmes.

Et ses larmes, longtemps comprimées, jaillirent à flots de ses paupières.

– Vous, malheureuse! avec vos vingt ans, votre charmant visage, que vous défigurez comme une enfant que vous êtes?

Allons donc, impossible! et je suis sûre que, si vous me racontiez la cause de cette grande douleur…

– Oh! ne me demandez rien, je ne vous dirai rien… Je suis malheureuse, voilà tout.

– Allons, allons, je devine: quelque grande passion. Mais êtes-vous folle d’aimer ainsi, chère belle! Aimer à votre âge, pauvre ange! mais sachez donc que, quand on est belle comme vous, on ne doit pas aimer. Aimer! voilà de ces folies qui sont bo

– Oui, oui, vous avez raison, dit Fernande, qui avait entendu, mais sans bien comprendre.

– Si j’ai raison! je le crois bien. Allons, essuyons les perles qui ruissellent sur ces feuilles de roses, continua la femme de lettres en approchant des yeux de Fernande le mouchoir qu’elle avait laissé tomber sur ses genoux, et qui de ses genoux avait glissé à terre. Ce sont les larmes qui font les rides, à ce qu’assurent les vieilles femmes. Consolez-vous; vous savez le proverbe: «Un amant perdu, dix de retrouvés.» Pour vous, Dieu merci! tout est facile à cet égard. Vous passerez la journée avec moi; je vous distrairai. Le voulez-vous?

– Oui.

– Nous irons faire une promenade au Bois; le temps est superbe, et ces premiers jours de printemps sont délicieux quand ils ne sont pas aigres. Vous n’êtes pas en toilette, dites-vous? Mais que vous importe, à vous! vous êtes toujours en beauté. La toilette, c’est bon pour nous autres, vieilles femmes. À vingt ans, c’est un plaisir; à trente-cinq ans, c’est une affaire.

En se do

L’espèce de fièvre d’indignation qui soutenait le courage de Fernande ne laissait arriver à sa pensée qu’un bourdo

En effet, on a

Sans co

– Restez donc, lui dit-elle, mon cher ange; M. de Montgiroux est un homme charmant.

En même temps, comme madame d’Aulnay avait fait signe qu’elle était visible, le pair de France entra.

Le comte de Montgiroux co

Madame d’Aulnay s’aperçut de l’impression que Fernande avait produite sur le comte, et, comme le pair de France était un de ceux que la femme de lettres tenait à compter parmi ses fidèles, et qu’elle avait généralement pour lui toutes sortes de prévenances:

– Soyez le bienvenu, mon cher comte, dit-elle. Êtes-vous homme à vous contenter aujourd’hui d’un mauvais dîner?

Le comte fit un signe affirmatif, en regardant à la fois madame d’Aulnay et Fernande, et en les saluant tour à tour.

– Oui? reprit madame d’Aulnay. Eh bien, c’est dit, vous viendrez rompre notre tête-à-tête, car nous comptions passer la journée en tête-à-tête; j’ai déjà signifié à M. d’Aulnay qu’il eût à aller dîner avec des académiciens. Vous savez que je suis en train d’en faire un immortel, de ce pauvre M. d’Aulnay?

– Mais ce sera une chose facile, ce me semble, madame, reprit galamment le pair de France, surtout si vous êtes mariés sous le régime de la communauté.

– Oh! je sais que vous êtes un homme charmant, c’est dit, c’est entendu; mais revenons à notre dîner; nous pouvons compter sur vous, n’est-ce pas?

– Oui, je suis rassuré sur le dérangement que je cause; et j’avoue même que l’offre que vous me faites sera pour moi un grand bonheur.

– Eh bien, rassurez-vous; sans doute nous avons à causer; mais nous allons au Bois ensemble, et, pendant une excursion de deux heures, deux femmes se disent bien des choses.

Nous aurons donc deux heures pour causer à notre aise, et à six heures et demie vous nous retrouverez libres de toutes nos confidences. Cela vous va t-il?

– Oui, à la condition que vous me laisserez do

– N’êtes-vous pas ici comme chez vous? Faites, mon cher comte, faites.

Le comte se leva et salua les deux femmes, qui, dix minutes après, reçurent chacune un magnifique bouquet de chez madame Barjon.

La proposition de madame d’Aulnay au comte de Montgiroux avait d’abord effrayé Fernande; puis elle s’était demandé ce que lui faisait madame d’Aulnay, ce que lui faisait le comte, ce que lui faisait le reste du monde. Au milieu de la plus bruyante et de la plus nombreuse société, ne sentait-elle point qu’elle resterait seule avec son cœur? Elle s’était donc résignée, sûre qu’elle était d’un douloureux tête-à-tête avec sa pensée.