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Elle étouffa un soupir, et elle eut la force de détourner les yeux de la peinture pour les porter sur le jeune homme; il écoutait comme on admire, silencieux et le cœur gonflé d’émotion.

– Et maintenant, poursuivit-elle, vous savez de moi, Maurice, tout ce que vous devez savoir, vous co

Un regard voilé de larmes accompagna cette question.

– Oui, oui, répondit Maurice encore plus par un léger mouvement de tête qu’avec la parole, comme s’il eût craint, en prononçant un seul mot, de troubler la mélodie de la voix de Fernande, comme s’il n’eût pas voulu se distraire de ce regard triste, où se reflétait comme dans une glace le sens de tout ce qu’il venait d’entendre.

– Merci, reprit Fernande, merci! j’aurais été malheureuse de vous trouver insensible au côté douloureux de mon existence. Je vous disais donc, Maurice, que ma vie était régulière, et c’est la vérité; tout ce que j’en puis arracher au bruit et à la joie, je le consacre à l’étude, au travail, à la réflexion. Il en résulte que, dans le tourbillon où je suis parfois entraînée, je conserve toujours le calme de ma raison; les passions seules pourraient troubler mon âme, jeter leur agitation dans mon repos, me faire sortir du cercle où je me suis empriso

Si Maurice, libre d’esprit et de cœur, eût pu réfléchir sur le sens sérieux et profond de ce langage, un étrange éto

Elle avait interrompu son travail, et, souriant avec une naïveté d’enfant:

– M’avez-vous comprise? demanda-t-elle.

– Oh! oui, répondit Maurice, et il me semble que tout ce que vous me dites n’est que l’écho de mes propres pensées. Fernande, vous m’aimez, dites-vous? Eh bien, moi aussi, je vous aime, et de toutes les forces de mon âme.

– Mon Dieu! s’il était vrai, s’écria Fernande en joignant les mains, s’il était vrai, que je serais heureuse! car, d’aujourd’hui seulement, je commence à comprendre qu’il doit être affreux d’aimer seule, de vivre seule, de passer seule son temps à vouloir, à prévoir. Eh bien, si vous ne m’aimiez pas, Maurice, je serais désormais seule dans la vie. Mais tout alors serait bientôt dit; car, en vous voyant ici chez moi, près de moi, en écoutant les paroles que vous venez de me dire, j’ai reçu dans mon âme une espérance si douce, que je mourrais de la perdre.

– Eh! dépend-il de moi maintenant de vous aimer ou de ne pas vous aimer? s’écria Maurice; ne suis-je pas entraîné vers vous par un sentiment irrésistible, et, quand je le voudrais, pourrais-je donc me séparer de vous?

– Ce que vous dites là, Maurice, n’est pas ce que vous diriez à une autre femme? s’écria Fernande. Ce que vous me dites là est vrai?

– Oh! sur ma foi et sur mon ho

Fernande se leva.

– Ce moment me fait oublier bien des chagrins, dit-elle; Maurice, vous êtes mon sauveur.

Et, reportant son regard sur la peinture:

– Voyez, dit-elle, comme mes sens étaient d’accord avec ma pensée; il y a un mois que j’hésite à faire la tête du Sauveur, et en dix minutes cette tête a été achevée.

Maurice jeta les yeux sur le tableau, et vit avec éto

– Vous vous reco

Elle posa sa palette et son pinceau sur une chaise.

– Je ne toucherai plus à cette toile, dit-elle, j’y gâterais quelque chose. Ce qui se fait sous l’inspiration du sentiment a toujours un caractère de grandeur et de vérité. Quittons cet atelier, Maurice, et venez au salon; je veux me montrer à vous tout entière, je veux que vous m’aimiez.