Страница 19 из 91
Maintenant, Fernande devait-elle ses succès au charme de sa perso
Certes, on en co
Léon de Vaux, au lieu de faire entrer d’abord Fernande dans le salon où il pensait qu’elle était attendue, l’avait, en descendant de voiture, conduite dans le jardin, sous prétexte de lui en faire admirer la beauté, mais, en réalité, pour retarder d’autant l’embarras dans lequel il allait nécessairement se trouver. Tout occupé de lui ou de Fernande, il n’avait point osé la prévenir des fonctions importantes qu’elle devait accomplir, du rôle suprême qu’elle devait jouer; il s’était toujours dit: «Plus tard!» Et, maintenant qu’il était arrivé au moment où Fernande allait entrer en scène, il n’avait plus le courage de parler. Se reposant sur l’esprit audacieux de son ami, et sur les chances du hasard si souvent favorable aux fous, parce que les fous sont aveugles comme lui, il s’avança donc étourdiment, et avec toute la désinvolture de son dandysme accoutumé, au-devant d’une des plus délicates questions sociales qui aient jamais été abordées, c’est-à-dire l’introduction de la courtisane dans la famille; et, tout en faisant remarquer à sa belle compagne les agréments de la propriété, le tapis moussu de la pelouse, le miroir de la pièce d’eau, le charme du point de vue, il lui fit monter le perron, lui fit traverser l’antichambre, et l’introduisit au salon, où la présence de Fabien sembla enfin rassurer Fernande.
– Ah! monsieur de Rieulle, s’écria-t-elle en apercevant Fabien, enfin je vous vois!… Je commençais véritablement à prendre de l’inquiétude, je vous l’avoue; c’est une singulière excursion que celle-ci, convenez-en, et j’en suis vraiment éto
– Justement, madame, et vous êtes la fée qui doit tout ranimer dans ce mystérieux palais.
– Voyons, trêve de plaisanteries, monsieur de Rieulle! reprit Fernande; pourquoi m’a-t-on amenée ici? Me faudra-t-il subir une fête champêtre? Dois-je assister au couro
– Quoi! madame, s’écria Fabien stupéfait, ce fou de Léon ne vous a pas dit…?
Léon interrompit son ami.
– Tu sauras, mon cher, lui dit-il, que, lorsque j’ai le bonheur d’être par hasard en tête-à-tête avec madame, je ne puis songer à autre chose qu’à l’admirer, et que je profite de ce temps précieux pour lui répéter cent fois que je l’aime.
– Convenez donc, en ce cas, que je suis tout à fait généreuse, répondit Fernande; car je vous ai laissé dire cent fois la même chose, sans vous avoir fait sentir que c’était déjà trop d’une seule.
Fernande, presque toujours gracieuse, savait cependant de temps en temps, avec de certains hommes surtout, lorsqu’elle le jugeait convenable et nécessaire, prendre un ton de dignité qui imposait par l’accord du maintien, de la voix et de l’intention. Une impassibilité froide passait alors tout à coup en elle, glaçait son sourire, éteignait son regard, et, de même qu’elle avait le pouvoir d’éveiller la joie, elle parvenait à communiquer aux plus résolus et aux plus étourdis, la réserve dans laquelle elle désirait parfois qu’on restât.
Léon de Vaux balbutia quelques paroles d’excuse; Fabien, qui n’avait pas d’excuses à faire, attendit.
– Messieurs, continua Fernande, je vous ai vus pleins d’enthousiasme pour le site, pour l’élégance, pour le confort d’une maison de campagne qui, disiez-vous, était à vendre. Vous saviez que je désirais faire une acquisition de ce genre, vous m’avez invitée à la venir visiter avec vous, je suis venue. En effet, cette habitation est fort belle, fort remarquable, fort élégante; mais elle ne doit pas être inhabitée; quelqu’un y reste, ne fût-ce qu’un homme d’affaires. Quel est ce quelqu’un? où est cet homme d’affaires? Parlez; chez qui sommes-nous? Est-ce quelque surprise que vous me ménagez? Je vous préviens, en ce cas, que je les déteste.
Une certaine rapidité d’élocution décelait seule la mauvaise humeur qu’éprouvait Fernande. Elle savait qu’on garde sa force tant qu’on se contient, et il aurait fallu la co
– Madame, répondit Léon en cherchant à do
– Ah! vraiment? s’écria Fernande en déguisant sa colère sous un sourire ironique; c’est quelque trahison, n’est-ce pas? Je le devine à votre air fin. En effet, je me le rappelle: hier, vous m’avez parlé avec affectation d’un grand seigneur; un grand seigneur, je n’en co
Et, se tournant vers Fabien en fronçant légèrement ses beaux sourcils noirs, elle continua avec une sorte d’impatience réprimée:
– Je m’adresse à vous, monsieur de Rieulle, que je crois homme de trop bon goût, non pour faire une méchante action, mais pour faire une sotte plaisanterie.
Léon se mordit les lèvres, et Fabien répondit en souriant:
– Je ne puis vous le cacher plus longtemps, madame; oui, c’est la vérité. Cette promenade est un piège que nous avons tendu à votre bo
– Oui, madame, ajouta Léon, un malade d’amour, une de vos victimes, une seconde édition du malade d’André Chénier. Vous le savez, et votre poëte favori l’a dit:
… Insensés que nous sommes!
C’est toujours cet amour qui tourmente les hommes.
– Vraiment! s’écria Fernande avec une expression plus marquée de moquerie, preuve qu’une colère plus intense s’amassait au fond de son cœur; vraiment! Eh bien, monsieur de Vaux, je vous l’avoue, j’admire de votre part tant de complaisance, tant d’abnégation même, surtout avec tant d’amour. C’est bien d’un homme qui m’a dit cent fois en une heure qu’il était amoureux fou de moi.