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– Il faut cependant croire à ce que l’on voit, monsieur.

– Madame de Barthèle me disait tout à l’heure que votre mariage avait été un mariage d’amour bien plus que de convenance. Ou elle était dans l’erreur, ou je dois être étrangement éto

Fabien avait parlé avec une telle ardeur de conviction, avec une chaleur de sentiment si puissante, que Clotilde n’osa relever les yeux; en même temps, elle craignit de se taire, et, quoique son émotion la portât à garder le silence, elle fit un effort sur elle-même pour le rompre. Cette espèce de véhémence à laquelle Fabien s’était laissé aller lui inspirait une terreur vague dont elle cherchait en vain à se défendre. Enfin, sans trop chercher à se rendre compte du trouble qu’elle éprouvait, elle répondit avec un calme apparent dont Fabien ne fut pas dupe:

– Depuis trois ans que je suis mariée, je n’ai jamais eu à me plaindre de M. de Barthèle, et, sans cette maladie fatale, j’ignorerais encore un oubli d’un instant que je pardo

Mais sa voix expira sur ses lèvres en prononçant ces mots sole

Quant à Fabien, comme il était guidé bien plus encore par un désir de vengeance que par un amour réel, il se sentait maître de lui-même et, par conséquent, de Clotilde. Aussi, tandis que la jeune femme, embarrassée dans ce silence comme dans un réseau qu’elle n’avait pas le courage de rompre, s’abando

Après l’avoir couvée quelque temps d’un de ces regards magnétiques que les femmes sentent peser sur elles, il reprit donc la parole.

– Me permettrez-vous, madame, dit-il en soupirant, d’interrompre vos réflexions en vous communiquant les mie

– Mais, monsieur, répondit Clotilde avec un léger mouvement d’impatience, vous oubliez que Maurice se meurt, et que le docteur prétend que la présence de cette femme peut seule le sauver!

– C’est vrai, madame, reprit Fabien s’amusant à tourner et à retourner le couteau dans le cœur de Clotilde; mais cette femme, en rendant Maurice à la vie et à la santé, à supposer que sa présence ait ce miraculeux effet, cette femme le rendra-t-elle à la raison? Songez-y, madame, c’est la tranquillité de votre existence tout entière que vous jouez sur un coup de dé. Vous allez voir cette femme; mais le point de vue duquel vous la verrez vous exagérera tous ses avantages, frivoles à mes yeux, qui, aux vôtres, deviendront des supériorités réelles. Exempte de coquetterie comme vous l’êtes, ne sachant pas ce que vous possédez, vous, de grâces plus précieuses, de qualités plus réelles, peut-être vous croirez-vous inférieure à elle, parce qu’elle aura fait ce que vous n’aurez pu faire; peut-être alors, avec cette erreur de votre modestie, sentirez-vous passer dans votre âme l’ardent poison de la jalousie, ce tourment sans trêve, cette douleur sans fin; vous ne saurez plus alors distinguer ce que l’art a combiné de ce que la nature do

Les regards et la voix de Fabien étaient animés d’une expression si chaleureuse et si persuasive, que le trouble de Clotilde devint de plus en plus visible. Cependant, grâce à un effort sur elle-même, elle continua de faire bo

– Vous oubliez, monsieur, répondit-elle, qu’aujourd’hui il ne s’agit pas de moi, mais de Maurice; que ce n’est pas moi qui fais trembler une mère, et, tout en vous remerciant de l’intérêt que vous me portez, peut-être ai-je le droit de m’éto

– Ce zèle ne vous surprendrait point, madame, si vous pouviez lire dans mon cœur, si vous pouviez apprécier à sa valeur le sentiment qui me guide, et si vous arriviez ainsi à vous convaincre que votre intérêt me touche plus que celui de mon meilleur ami.

L’aveu, cette fois, était si direct, que Clotilde ne put retenir un mouvement d’effroi.

– Je continue de vous écouter, mais je cesse de vous comprendre, monsieur, dit la jeune femme en prenant un ton froid et réservé.

– Oui, c’est vrai, pardon; pardon, madame!… dit Fabien feignant un embarras qu’il n’éprouvait en aucune façon; j’oubliais que j’ai peu l’ho

Il s’arrêta un instant, des larmes brillèrent dans ses yeux, et une émotion concentrée parut lui briser la voix. Clotilde continua d’écouter malgré elle.