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La nuit est déjà tout à fait sombre. J’ai un frisson et je me réveille par hasard: le vieux-croyant est toujours sur son poêle à prier, il priera jusqu’à l’aube. Aléi dort paisiblement à côté de moi. Je me souviens qu’en se couchant il riait encore et parlait du théâtre avec ses frères. Involontairement je regarde sa figure paisible. Peu à peu je me souviens de tout, de ce dernier jour, des fêtes de Noël, de ce mois tout entier… Je lève la tête avec effroi et je regarde mes camarades, qui dorment à la lueur tremblotante d’une chandelle do

– Je ne suis pas ici pour toujours, mais pour quelques a

DEUXIÈME PARTIE

I – L’HÔPITAL.

Peu de temps après les fêtes de Noël je tombai malade et je dus me rendre à notre hôpital militaire, qui se trouvait à l’écart, à une demi-verste environ de la forteresse. C’était un bâtiment à un seul étage, très-allongé et peint en jaune. Chaque été, on dépensait une grande quantité d’ocre à le rebadigeo

La journée était chaude, couverte, triste; – c’était une de ces journées où des maisons comme un hôpital pre

Il n’y avait que peu de détenus dangereusement malades, et alités; pour la plupart convalescents ou légèrement indisposés, mes nouveaux camarades étaient étendus sur leurs couchettes ou se promenaient en long et en large; entre les deux rangées de lits, l’espace était suffisant pour leurs allées et venues. L’air de la salle était étouffant, avec l’odeur particulière aux hôpitaux: il était infecté par différentes émanations, toutes plus désagréables les unes que les autres, et par l’odeur des médicaments, bien que le poêle fût chauffé presque tout le jour. Mon lit était couvert d’une housse rayée, que j’enlevai: il se composait d’une couverture de drap, doublée de toile, et de draps grossiers, d’une propreté plus que douteuse. À côté du lit, se trouvait une petite table avec une cruche et une tasse d’étain, sur laquelle était placée une serviette minuscule qui m’était confiée. La table avait encore un rayon, où ceux des malades qui buvaient du thé mettaient leur théière, le broc de bois pour le kwass, etc.; mais ces richards étaient fort peu nombreux. Les pipes et les blagues à tabac – car chaque détenu fumait, même les poitrinaires – se cachaient sous le matelas. Le docteur et les autres chefs ne faisaient presque jamais de perquisitions; quand ils surprenaient un malade la pipe à la bouche, ils faisaient semblant de n’avoir rien vu. Les détenus étaient d’ailleurs très-prudents, et fumaient presque toujours derrière le poêle. Ils ne se permettaient de fumer dans leurs lits que la nuit, parce que perso

Jusqu’alors je n’avais jamais été dans aucun hospice en qualité de malade; aussi tout ce qui m’entourait me parut-il fort nouveau. Je remarquai que mon entrée avait intrigué quelques détenus: on avait entendu parler de moi, et tout ce monde me regardait sans façons, avec cette légère nuance de supériorité que les habitués d’une salle d’audience, d’une chancellerie, ont pour un nouveau venu ou un quémandeur. À ma droite était étendu un prévenu, ex-secrétaire, et fils illégitime d’un capitaine en retraite, accusé d’avoir fabriqué de la fausse mo

[25] Aide-chirurgien d’armée.