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Du reste, la délation fleurit dans la maison de force. Loin de se fâcher contre un espion ou de le tenir à l’écart, on en fait souvent son ami; si quelqu’un s’était mis en tête de prouver aux forçats toute la bassesse qu’il y a à se dénoncer mutuellement, perso

Quand l’eau-de-vie arrivait sans encombre à la maison de force, l’entrepreneur payait le contrebandier et faisait son compte. Sa marchandise lui coûtait déjà fort cher; aussi, pour que le bénéfice fût plus grand, il la transvasait en l’additio

Quant au cabaretier, s’il a gagné une forte somme, – quelques dizaines de roubles, – il fait apporter de l’eau-de-vie, mais celle-là, il ne la baptise pas, car il se la destine: assez de trafic! il est temps de s’amuser! Il boit, mange, se paye de la musique. Ses moyens lui permettent de graisser la patte aux employés subalternes de la maison de force. Cette fête dure quelquefois plusieurs jours.

Quand sa provision d’eau-de-vie est épuisée, il s’en va boire chez les autres cabaretiers, qui s’y attendent: il boit alors son dernier kopek. Quelque minutieuse que soit l’attention des forçats à surveiller leurs camarades en goguettes, il arrive cependant que le major ou l’officier de garde s’aperçoivent du désordre. On entraîne alors l’ivrogne au corps de garde; on lui confisque son capital, – s’il a de l’argent sur lui, – et on le fouette. Le forçat se secoue comme un chien crotté, rentre dans la caserne et reprend son métier de cabaretier au bout de quelques jours.

Il se trouve quelquefois parmi les déportés des amateurs du beau sexe: pour une assez forte somme, ils parvie

Au commencement de mon séjour, un jeune détenu au visage régulier excita vivement ma curiosité. Son nom était Sirotkine: c’était un être énigmatique à beaucoup d’égards. Sa figure m’avait frappé; il n’avait pas plus de vingt-trois ans et appartenait à la section particulière, c’est-à-dire qu’il était condamné aux travaux forcés à perpétuité: on devait le regarder comme un des criminels militaires les plus dangereux. Doux et tranquille, il parlait peu et riait rarement. Ses yeux bleus, son teint pur, ses cheveux blond clair lui do

– Mais pourquoi t’a-t-on envoyé ici? Et encore dans la section particulière. Ah! Sirotkine! Sirotkine!

– Oui, Alexandre Pétrovitch! je n’ai été en tout qu’une a

– J’ai entendu raconter cela, mais je ne l’ai pas cru. Comment as-tu pu le tuer?