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L’un des pieux de la palissade avait une branche qui, en apparence, tenait fortement à l’arbre, mais qu’on pouvait enlever, puis remettre adroitement en place. On découvrait alors un vide; c’était la cachette en question.

Je reprends le fil de mon récit. Pourquoi le détenu ne garde-t-il pas son argent? Non-seulement il lui est difficile de le garder, mais encore la prison est si triste! Le forçat, par sa nature même, a une telle soif de liberté! Par sa position sociale, c’est un être si insouciant, si désordo

Les jours de fête, les élégants s’endimanchaient: il fallait les voir se pavaner dans toutes les casernes. Le contentement de se sentir bien mis allait chez eux jusqu’à l’enfantillage. Du reste, pour beaucoup de choses, les forçats ne sont que de grands enfants. Ces beaux vêtements disparaissaient bien vite, souvent le soir même du jour où ils avaient été achetés, leurs propriétaires les engageaient ou les revendaient pour une bagatelle. Les bamboches revenaient presque toujours à époque fixe; elles coïncidaient avec les sole

Le peuple russe ressent toujours une certaine sympathie pour un homme ivre; chez nous, c’était une véritable estime. Dans la maison de force, une ribote était en quelque sorte une distinction aristocratique.

Une fois qu’il se sentait gai, le forçat se procurait un musicien; nous avions parmi nous un petit Polonais, ancien déserteur, assez laid, mais qui possédait un violon dont il savait jouer. Comme il n’avait aucun métier, il s’engageait à suivre le forçat en liesse, de caserne en caserne, en lui raclant des danses de toutes ses forces. Souvent son visage exprimait la lassitude et le dégoût que lui causait cette musique éternellement la même, mais au cri que poussait le détenu: «Joue, puisque tu as reçu de l’argent pour cela!» il se remettait à écorcher son violon de plus belle. Ces ivrognes étaient assurés qu’on veillerait sur eux, et que dans le cas où le major arriverait, on les cacherait à ses regards. Ce service était du reste tout désintéressé. De leur côté, le sous-officier et les invalides qui demeuraient dans la prison pour maintenir l’ordre étaient parfaitement tranquilles: l’ivrogne ne pouvait occasio

On l’achetait dans la maison de force même, chez les cabaretiers, comme les forçats appelaient ceux qui s’occupaient de ce commerce, – fort avantageux, du reste, bien que les buveurs et les bambocheurs fussent peu nombreux, car toute bombance coûtait cher, étant do

La prison est toujours abondamment peuplée de détenus ruinés et sans métier, mais doués d’audace et d’adresse. Leur unique capital est leur dos; ils se décident souvent à le mettre en circulation, et proposent au cabaretier d’introduire de l’eau-de-vie dans les casernes. Il se trouve toujours en ville un soldat, un bourgeois ou même une fille, qui, pour un bénéfice convenu, – en général assez maigre, – achète de l’eau-de-vie avec l’argent du cabaretier et la cache dans un endroit co