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– Tout ce qu’on vous a dit est vrai. La vie m’était trop lourde.
– Mais les autres conscrits la supportent bien, cette vie! Bien sûr, c’est un peu dur au commencement, mais on s’y habitue, et l’on devient un excellent soldat. Ta mère a dû te gâter et te dorloter; je suis sur qu’elle t’a nourri de pain d’épice et de lait de poule jusqu’à l’âge de dix-huit ans!
– Ma mère, c’est vrai, m’aimait beaucoup. Quand je suis parti, elle s’est mise au lit et elle y est restée… Comme alors la vie de soldat m’était pénible! tout allait à l’envers. On ne cessait de me punir, et pourquoi? J’obéissais à tout le monde, j’étais exact, soigneux, je ne buvais pas, je n’empruntais à perso
– «Est-ce qu’on se tient comme ça quand on est de garde?» J’empoigne mon fusil et je lui plante la baïo
Il ne mentait pas; je ne comprends pourtant pas pourquoi on l’y avait envoyé. Des crimes semblables entraînaient un châtiment beaucoup moins sévère. – Sirotkine était le seul des forçats qui fût vraiment beau; quant à ses camarades de la section particulière, – au nombre de quinze, – ils étaient horribles à voir; des physionomies hideuses, dégoûtantes. Les têtes grises étaient nombreuses. Je parlerai plus loin de cette bande. Sirotkine était souvent en bo
Ce Gazine était un être terrible. L’impression qu’il produisait sur tout le monde était effrayante, troublante. Il me semblait qu’il ne pouvait exister une créature plus féroce, plus monstrueuse que lui. J’ai pourtant vu à Tobolsk Kamenef, le brigand, qui s’est rendu célèbre par ses crimes. Plus tard, j’ai vu Sokolof, forçat évadé, ancien déserteur, et qui était un féroce meurtrier. Mais ni l’un ni l’autre ne m’inspirèrent autant de dégoût que Gazine. Je croyais avoir sous les yeux une araignée énorme, gigantesque, de la taille d’un homme. Il était Tartare; il n’y avait pas de forçat qui fût plus fort que lui. C’étaient moins par sa taille élevée et sa constitution herculée
Ce jour-là, Gazine était entré dans la cuisine suivi du petit Polonais qui raclait du violon, et que les forçats en goguettes louaient pour égayer leur orgie. Il s’arrêta au milieu de la salle, silencieux, examinant du regard tous ses camarades, l’un après l’autre. Perso
– Pourrais-je savoir, dit-il, d’où vous tenez les revenus qui vous permettent de boire ici du thé?
J’échangeai un regard avec mon voisin; je compris que le mieux était de nous taire et de ne rien répondre. La moindre contradiction aurait mis Gazine en fureur.
– Il faut que vous ayez de l’argent…, continua-t-il, il faut que vous en ayez gros pour boire du thé; mais, dites donc! êtes-vous aux travaux forcés pourboire du thé? Hein! êtes-vous venus ici pour en boire? Dites? Répondez un peu pour voir, que je vous…
Comprenant que nous nous taisions et que nous avions résolu de ne pas faire attention à lui, il accourut, livide et tremblant de rage. À deux pas se trouvait une lourde caisse, qui servait à mettre le pain coupé pour le dîner et le souper des forçats; son contenu suffisait pour le repas de la moitié des détenus. En ce moment elle était vide. Il l’empoigna des deux mains et la brandit au-dessus de nos têtes. Bien qu’un meurtre ou une tentative de meurtre fût une source inépuisable de désagréments pour les déportés (car alors les enquêtes, les contre-enquêtes et les perquisitions ne cessaient pas), et que ceux-ci empêchassent les querelles dont les suites auraient pu être fâcheuses, tout le monde se tut et attendit…