Страница 99 из 199
– Une prière? Hum, parlez, je vous écoute, et, je l’avoue, avec curiosité. Et j’ajoute qu’en général vous m’éto
Von Lembke était assez agité. Pierre Stépanovitch croisa ses jambes l’une sur l’autre.
– À Pétersbourg, commença-t-il, – j’ai été franc sur beaucoup de choses, mais sur d’autres, celle-ci, par exemple (il frappa avec son doigt sur la Perso
Bref, le visiteur avait l’air d’un homme franc, mais maladroit, inhabile, trop exclusivement dominé par des sentiments généreux et par une délicatesse peut-être excessive; surtout il paraissait borné: ainsi en jugea tout de suite Von Lembke. Depuis longtemps, du reste, c’était l’idée qu’il se faisait de Pierre Stépanovitch, et, durant ces derniers huit jours notamment, il s’était maintes fois demandé avec colère, dans la solitude de son cabinet, comment un garçon si peu intelligent avait pu si bien réussir auprès de Julie Mikhaïlovna.
– Pour qui donc intercédez-vous, et que signifient vos paroles? questio
– C’est… c’est… diable… Ce n’est pas ma faute si j’ai confiance en vous! Ai-je tort de vous considérer comme un homme plein de noblesse, et surtout sensé… je veux dire capable de comprendre… diable…
Le malheureux, évidemment, avait bien de la peine à accoucher.
– Enfin comprenez, poursuivit-il, – comprenez qu’en vous le nommant, je vous le livre; c’est comme si je le dénonçais, n’est-ce pas? N’est-il pas vrai?
– Mais comment puis-je deviner, si vous ne vous décidez pas à parler plus clairement?
– C’est vrai, vous avez toujours une logique écrasante, diable… eh bien, diable… cette «perso
– Chatoff? Comment, Chatoff?
– Chatoff, c’est l’ «étudiant» dont, comme vous voyez, il est question dans cette poésie. Il demeure ici; c’est un ancien serf; tenez, c’est lui qui a do
– Je sais, je sais! fit le gouverneur en clignant les yeux, – mais, permettez, de quoi donc, à proprement parler, est-il accusé, et quel est l’objet de votre démarche?
– Eh bien, je vous prie de le sauver, comprenez-vous? Il y a huit ans que je le co
Il étouffait presque.
– Hum. Je vois qu’il est coupable des proclamations qui portent une hache en frontispice, observa presque majestueusement André Antonovitch; – permettez pourtant, s’il est seul, comment a-t-il pu les répandre tant ici que dans les provinces et même dans le gouvernement de Kh…? Enfin, ce qui est le point le plus important, où se les est-il procurées?
– Mais je vous dis que, selon toute apparence, ils se réduisent à cinq, mettons dix, est-ce que je sais?
– Vous ne le savez pas?
– Comment voulez-vous que je le sache, le diable m’emporte?
– Cependant vous savez que Chatoff est un des conjurés?
– Eh! fit Pierre Stépanovitch avec un geste de la main comme pour détourner le coup droit que lui portait Von Lembke; – allons, écoutez, je vais vous dire toute la vérité: pour ce qui est des proclamations, je ne sais rien, c'est-à-dire absolument rien, le diable m’emporte, vous comprenez ce qui signifie le mot rien?… Eh bien, sans doute, il y a ce sous-lieutenant et un ou deux autres… peut-être aussi Chatoff et encore un cinquième, voilà tout, c’est une misère… Mais c’est pour Chatoff que je suis venu vous implorer, il faut le sauver parce que cette poésie est de lui, c’est son œuvre perso
– Si les vers sont de lui, les proclamations en sont certainement aussi. Mais sur quelles do
Comme un homme à bout de patience, Pierre Stépanovitch tira vivement de sa poche un portefeuille et y prit une lettre.
– Voici mes do
Le gouverneur la déplia; c’était un simple billet écrit six mois auparavant et adressé de Russie à l’étranger; il ne contenait que les deux lignes suivantes:
– «Je ne puis imprimer ici la Perso
«Iv. Chatoff.»
Von Lembke regarda fixement Pierre Stépanovitch. Barbara Pétrovna avait dit vrai: les yeux du gouverneur ressemblaient un peu à ceux d’un mouton, dans certains moments surtout.
– C'est-à-dire qu’il a écrit ces vers ici il y a six mois, se hâta d’expliquer Pierre Stépanovitch, – mais qu’il n’a pu les y imprimer clandestinement, voilà pourquoi il demande qu’on les imprime à l’étranger… Est-ce clair?
– Oui, c’est clair, mais à qui demande-t-il cela? Voilà ce qui n’est pas encore clair, observa insidieusement Von Lembke.
– Mais à Kiriloff donc, enfin; la lettre a été adressée à Kiriloff à l’étranger… Est-ce que vous ne le saviez pas? Tenez, ce qui me vexe, c’est que peut-être vous faites l’ignorant vis-à-vis de moi, alors que vous êtes depuis longtemps instruit de tout ce qui concerne ces vers! Comment donc se trouvent-ils sur votre table? Vous avez bien su vous les procurer! Pourquoi me mettez-vous à la question, s’il en est ainsi?
Il essuya convulsivement avec son mouchoir la sueur qui ruisselait de son front.