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– J’ai rempli un emploi de laquais?
– Pire que cela. Tu as été un parasite, c'est-à-dire un laquais bénévole. Nous sommes paresseux, mais si nous n’aimons pas le travail, nous aimons bien l’argent. À présent elle-même comprend tout cela; du moins elle m’en a terriblement raconté sur toi. Ce que j’ai ri, mon cher, en lisant les lettres que tu lui écrivais! C’est vilain sans doute. Mais c’est que vous êtes si corrompus, si corrompus! Il y a dans l’aumône quelque chose qui déprave à tout jamais, – tu en es un frappant exemple!
– Elle t’a montré mes lettres!
– Toutes. Sans cela, comment donc les aurais-je lues? Oh! combien de papier tu as noirci! Je crois que j’ai bien vu là plus de deux mille lettres… Mais sais-tu, vieux? Je pense qu’il y a eu un moment où elle t’aurait volontiers épousé. Tu as fort bêtement laissé échapper l’occasion! Sans doute je parle en me plaçant à ton point de vue, mais après tout cela eût encore mieux valu que de consentir pour de l’argent à épouser les «péchés d’autrui».
– Pour de l’argent! Elle-même dit que c’était pour de l’argent! fit douloureusement Stépan Trophimovitch.
– Et pour quoi donc aurait-ce été? En lui disant cela, je t’ai défendu, car tu n’as pas d’autre excuse. Elle a compris elle-même qu’il te fallait de l’argent comme à tout le monde, et qu’à ce point de vue, dame! tu avais raison. Je lui ai prouvé clair comme deux et deux font quatre, que vos relations étaient de part et d’autre fondées exclusivement sur l’intérêt: tu avais en elle une capitaliste, et elle avait en toi un bouffon sentimental. Du reste, ce n’est pas pour l’argent qu’elle est fâchée, quoique tu l’aies effrontément exploitée. Si elle t’en veut, c’est seulement parce que vingt a
Stépan Trophimovitch se leva brusquement.
– Est-il possible que tu la lui aies montrée? demanda-t-il épouvanté.
– Comment donc! certainement; je n’ai rien eu de plus pressé. C’est la lettre où tu m’informes qu’elle t’exploite et qu’elle est jalouse de ton talent; tu parles aussi là des «péchés d’autrui». À propos, mon ami, quel amour-propre tu as pourtant! J’ai joliment ri. En général, tes lettres sont fort e
– Scélérat! monstre! vociféra le père.
– Ah! diable, avec toi il n’y a pas moyen de causer. Écoute, tu vas encore te fâcher comme jeudi dernier?
Stépan Trophimovitch se redressa d’un air menaçant:
– Comment oses-tu me tenir un pareil langage?
– Que reproches-tu à mon langage? N’est-il pas simple et clair?
– Mais dis-moi donc enfin, monstre, si tu es ou non mon fils?
– Tu dois savoir cela mieux que moi. Il est vrai que sur ce point tout père est porté à s’aveugler…
– Tais-toi! tais-toi! interrompit tout tremblant Stépan Trophimovitch.
– Vois-tu, tu cries et tu m’invectives, comme jeudi dernier tu as voulu lever ta ca
– Encore un mot, et je te do
– Voilà les gens! observa Pierre Stépanovitch en s’adressant tout à coup à moi. – Vous voyez, ce sont là les rapports que nous avons ensemble depuis jeudi. Je suis bien aise qu’aujourd’hui, du moins, vous soyez ici, vous pourrez juger en co
– Oh! je parlais de cela alors dans un sens élevé! Oh! tu ne m’as pas compris, pas du tout!
– Mais tu en disais beaucoup plus que je n’en dis, conviens-en. Vois-tu, si tu veux, cela m’est égal. Je me place à ton point de vue; quant à ma manière de voir, sois tranquille: je n’accuse pas ma mère; que je sois ton fils ou le fils du Polonais, peu m’importe. Ce n’est pas ma faute si vous avez fait un si sot ménage à Berlin, mais pouvait-on attendre autre chose de vous? Eh bien, n’êtes-vous pas des gens ridicules, après tout? Et ne t’est-il pas égal que je sois ou non ton fils? Écoutez, continua-t-il en s’adressant de nouveau à moi, – depuis que j’existe, il n’a pas dépensé un rouble pour moi; jusqu’à l’âge de seize ans, j’ai vécu sans le co
Il se leva et prit son chapeau.
– Je te maudis! fit en étendant la main au-dessus de son fils Stépan Trophimovitch pâle comme la mort.
– Peut-on être aussi bête que cela! reprit d’un air éto