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– Qu’avez-vous donc? cria avec une sorte de rage Nicolas Vsévolodovitch.

Mais la frayeur de Marie Timoféievna ne dura qu’un instant; un sourire sceptique et désagréable fit grimacer ses lèvres.

– Prince, levez-vous, je vous prie, et entrez, dit-elle tout à coup d’un ton ferme et impérieux.

– Comment, entrez? Où voulez-vous que j’entre?

– Pendant ces cinq a

Nicolas Vsévolodovitch grinçait des dents et grommelait à part soi des paroles inintelligibles.

– Assez, dit-il en frappant sur la table. – Je vous prie de m’écouter, Marie Timoféievna. Tâchez, s’il vous plaît, de me prêter toute votre attention. Vous n’êtes pas tout à fait folle! laissa-t-il échapper dans un mouvement d’impatience. – Demain je rendrai public notre mariage. Jamais vous n’habiterez un palais, détrompez-vous à cet égard. Voulez-vous passer toute votre vie avec moi? seulement ce sera fort loin d’ici. Nous irons demeurer dans les montagnes de la Suisse, il y a là un endroit… Soyez tranquille, je ne vous abando

Elle avait écouté avec une attention extraordinaire et réfléchit longtemps en silence.

– Tout cela me paraît invraisemblable, dit-elle enfin d’un ton sarcastique. – Ainsi je passerai peut-être quarante ans dans ces montagnes.

Elle se mit à rire.

– Eh bien, oui, nous y passerons quarante ans, répondit en fronçant le sourcil Nicolas Vsévolodovitch.

– Hum… pour rien au monde je n’irai là.

– Même avec moi?

– Mais qui êtes-vous donc pour que j’aille avec vous? Quarante a

Le visage de Nicolas Vsévolodovitch s’assombrit.

– Pourquoi m’appelez-vous prince et… et pour qui me prenez-vous? demanda-t-il vivement.

– Comment? Est-ce que vous n’êtes pas prince?

– Je ne l’ai même jamais été.

– Ainsi vous-même, vous avouez carrément devant moi que vous n’êtes pas prince!

– Je vous répète que je ne l’ai jamais été.

Elle frappa ses mains l’une contre l’autre.

– Seigneur! Je m’attendais à tout de la part de ses e

Stavroguine fit un saut en arrière.

– Pour qui me prends-tu? dit-il; ses traits étaient affreusement altérés, mais il était difficile en ce moment de faire peur à Marie Timoféievna, elle poursuivit avec un accent de triomphe:

– Qui le co

Il la saisit avec force par le bras; elle lui rit au nez:

– Quant à lui ressembler, ça, oui, tu lui ressembles beaucoup, tu pourrais même être son parent, – homme fourbe! Mais le mien est un faucon à l’œil perçant et un prince, tandis que toi tu es une chouette et un marchand! Le mien ne se laisse pas marcher sur le pied; toi, Chatouchka (il est bien gentil, je l’aime beaucoup!), Chatouchka t’a do

– Oh! Idiote, fit en grinçant des dents Nicolas Vsévolodovitch qui lui serrait toujours le bras.

– Hors d’ici, imposteur! ordo

– De mon couteau?

– Oui, de ton couteau. Tu as un couteau dans ta poche. Tu pensais que je dormais, mais je l’ai vu: quand tu es entré tout à l’heure, tu as tiré un couteau!

– Que dis-tu, malheureuse? De quels rêves es-tu le jouet cria Nicolas Vsévolodovitch, et il repoussa Marie Timoféievna d’une façon si rude que la tête et les épaules de la folle heurtèrent violemment contre le divan. Il s’enfuit, mais elle courut après lui et, tout en boitant, le poursuivit jusque sur le perron. Lébiadkine, effrayé, la ramena de force dans la maison; toutefois, avant que le visiteur eût disparu, elle put encore lui jeter à travers les ténèbres cette apostrophe accompagnée d’un rire strident:

– Grichka Ot-rep-ieff, a-na-thème!

[14] Pièce de deux kopeks.